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Lettre n° 16
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GRIPPER
LA MACHINE A BROYER La victoire du 29 Mai a été sans conteste l’expression d’un rejet populaire massif des politiques libérales menées depuis 25 ans. Il s’agit d’un véritable vote de classes : 80 % des ouvriers ont voté NON. A contrario, les villes bourgeoises, à commencer par Paris, ont voté majoritairement OUI. Le lobby pro-européen a pris une claque magistrale, renforcée par le rejet du traité constitutionnel par la Hollande quelques jours plus tard. Nos adversaires n’ont évidemment pas désarmé. Certains proposent de ne pas tenir compte du résultat. D’autres veulent « ré-expliquer » le traité constitutionnel aux Français pour les faire voter à nouveau ! Le résultat du 29 Mai n’a pas provoqué le chaos. Il n’a pas stoppé non plus les politiques libérales et anti-sociales. Pire, le gouvernement de Villepin se dépêche de faire adopter les mesures que Raffarin n’a pas eu le temps de prendre : c’est l’instauration du Contrat nouvelle embauche (CNE) qui permet à un patron de licencier un salarié dans un délai de deux ans sans avoir à justifier sa décision ; c’est la privatisation des autoroutes qui provoque des remous même à droite ; c’est la mise en chantier de la privatisation d’EDF après celle de GDF ; c’est l’annonce de la suppression de 5 000 postes de fonctionnaires en 2006 ; c’est le projet de suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) ou la réforme de l’impôt sur le revenu qui sont autant de cadeaux aux plus riches… Sans compter les augmentations du prix du gaz (2,6 % à l’automne), de l’essence, etc. Cette politique a des conséquences très concrètes. La grande majorité de la population s’appauvrit. Cinq millions de personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté. Dans le même temps, une fraction de très riches voit leurs revenus s’accroître et leur capital se renforcer grâce aux exonérations d’impôts sur les sociétés, aux profits boursiers, aux délocalisations. On nous annonce des conflits sociaux pour la rentrée. Personne ne peut les prévoir. Mais le résultat du 29 Mai montre que notre peuple n’est pas amorphe, qu’il rejette les mécanismes économiques dont il souffre – délocalisations, pression sur les salaires, attaques contre les acquis sociaux – et qu’il n’a pas l’intention de se laisser faire. La grogne monte : on voit des mouvements sociaux se développer dans des secteurs jusque-là peu revendicatifs comme les services, la grande distribution, l’agriculture, etc. Le vote du 29 Mai n’a pas trouvé de traduction politique. Ni le Parti communiste, ni la LCR, ni ATTAC ne réussissent à entraîner derrière eux les électeurs du NON. Le Pcf, principale force politique de gauche à s’être positionnée pour le NON, est discrédité par la participation gouvernementale entre 1997 et 2002. Et le récent rapprochement entre M-G. Buffet et Laurent Fabius – le Premier ministre de l’austérité, le responsable du scandale du sang contaminé – ne permet pas de penser que la direction du Parti s’engage sur la voie d’une politique communiste. Reste que seul le peuple a la capacité de gripper la machine à broyer du libéralisme. Alors, surveillons bien la rentrée…
Octobre 2005
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