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En avril dernier, lorsque
la direction nationale a imposé le lancement d'un « congrès
d'étape » à marche forcée, j'étais de celles et ceux qui
pensaient que ce congrès arrivait trop vite après les élections
régionales et qu'il ne permettrait pas aux communistes de réfléchir
et de débattre comme il l'aurait fallu. Un appel signé par sept
secrétaires fédéraux en demandait le report, demande qui est
restée lettre morte.
Curieusement, ce 35e
congrès a été très intéressant. Par bien des aspects, les débats
ont échappé à la direction nationale, qui a été clairement mise
en cause sur la stratégie du Front de gauche.
Évidemment, tout était
réglé d'avance, l'adoption d'un texte d'orientation et de
« transformation », tout comme l'élection de Pierre
Laurent comme secrétaire national en remplacement de Marie-George
Buffet.
Mais soit que les
délégations aient été moins filtrées que dans un congrès
normal, soit que le mécontentement dans les fédérations soit
arrivé à un niveau où même les secrétaires fédéraux ne sont
plus capables de l'étouffer, on a entendu dans ce congrès des
critiques et des mises en cause radicales des orientations de la
direction nationale.
Première critique, la
mise en cause de la stratégie du Front de gauche. Elle est venue de
plusieurs fédérations, de manière récurrente, tout au long du
congrès.
D'abord, plusieurs
fédérations ont pointé la perte d'élus communistes au profit de
membres du Parti de gauche ou de la Gauche unitaire, non
représentatifs, parfois même totalement inconnus dans la région où
ils ont été élus. Ces candidatures ont été imposées aux
communistes dans le cadre de négociations régionales ou nationales.
Certaines fédérations ont ainsi perdu le seul élu régional
qu'elles avaient, au profit des partenaires du Front de gauche, avec
les conséquences politiques et les conséquences financières que
l'on devine.
Deuxième critique très
souvent formulée, le risque que le Front de gauche se transforme en
un nouveau parti politique. Pierre Laurent a eu beau monter au
créneau, la déclaration de Marie-George Buffet à l'issue de la
réunion du 9 juin avec le PG et la GU a dessillé de nombreux
camarades. Les critiques se sont faites tellement fortes que la
direction a pris l'engagement de refuser les adhésions directes au
Front de gauche, et la constitution de la fameuse association des
Partisans du Front de Gauche. Respectera-t-elle ses engagements,
c'est une autre histoire... Le tour de passe-passe de Pierre Laurent
lors de la discussion sur la résolution, expliquant qu'il n'y a
avait pas besoin d'écrire que le Pcf refusait les adhésions
directes au Front de Gauche puisque tout le monde en était d'accord,
n'est pas pour rassurer sur ses intentions.
Enfin, l'attitude de
Jean-Luc Mélenchon a été régulièrement mise en cause : dans leur
grande majorité, les communistes refusent de faire la campagne
présidentielle d'un candidat auto-proclamé. L'idée avancée par la
direction nationale d'une candidature du Front de gauche qui ne soit
pas forcément communiste n'est pas passée. La fédération du Nord
a proposé un amendement sur l'élection présidentielle qui prenne
acte de la volonté des communistes de désigner un candidat issu de
leurs rangs le plus tôt possible. Pierre Laurent est intervenu pour
empêcher que cet amendement soit retenu.
Plusieurs délégués,
sous l'égide de Daniel Cirera, ont déposé une contribution
alternative qui demandait une analyse critique des résultats du
Front de gauche et une discussion approfondie sur la stratégie. Elle
a recueilli plus d'une centaine de voix.
Jacky Hénin a présenté
sa candidature comme secrétaire national afin de lancer un débat
dans le congrès. Sa candidature a suscité des discussions parfois
houleuses dans la commission des candidatures, qui ne l'a pas
retenue. Moyen en quoi, malgré une approche politique différente
manifeste entre Jacky Hénin et Pierre Laurent, aucun débat de fonds
n'a pu avoir lieu dans le congrès.
Le congrès a permis
l'élection de Pierre Laurent, qui a obtenu 81% des suffrages, contre
19% de blancs et nuls, et une soixantaine de camarades qui n'ont pas
pris part au vote. Ce n'est donc pas une victoire écrasante.
L'ampleur de la mise en
cause de la stratégie du Front de Gauche, souvent comparée à celle
des collectifs anti-libéraux, est très symptomatique d'un manque de
crédibilité de la direction nationale. Ce manque de crédibilité
est pour le moment estompé par l'élection d'un nouveau secrétaire
national. Gageons que si Pierre Laurent continue sur les brisées de
Marie-George Buffet, s'il n'entame pas un virage dans les
orientations politiques et la stratégie qui prenne en compte les
aspirations profondes des communistes, cela se terminera comme en
2007, par du découragement et de nouveaux départs.
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