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Lettre n° 35
avril 2009
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Criminaliser la résistance des travailleurs

Depuis quelques semaines, les salariés d’entreprises et d’usines menacées de « plans sociaux » ie en français dans le texte de licenciements, ont développé une nouvelle forme de lutte : ils retiennent les cadres et les dirigeants. Les journalistes – toujours aux ordres – ont inventé un nouveau terme : le « boss-napping ». Entendez la « séquestration » des patrons. Si on y regarde de près, il n’y a pas de quoi fouetter un chat : ici, ce sont deux ou trois cadres retenus une nuit, là Pinault retenu une heure dans un taxi par des salariés de la Fnac et de Conforama, ou encore trois cadres de Faurecia retenus cinq heures.

Bien entendu, le patronat et la presse aux ordres trouvent beaucoup plus grave de bloquer quelques heures des cadres et des dirigeants pour imposer des négociations, que de licencier à tour de bras des salariés avec les conséquences que chacun connaît.

Que reproche-t-on aux ouvriers et aux salariés ? De ne pas accepter d’être sacrifiés sur l’autel des profits. Car on nous le serine : c’est la crise. Vous ne voudriez tout de même pas que Parisot et ses amis soient obligés de réduire leurs profits boursiers, leurs salaires mirobolants, leurs retraites dorées, leurs parachutes et leurs stock-options ! C’est tout bonnement inenvisageable. Cette élite arrogante, cette petite caste qui se prend pour une nouvelle noblesse, n’a pas l’intention d’en rabattre. Elle sait parfaitement ce qu’est la lutte de classes. Et s’il n’y a pas demain de nouveaux sans-culottes et de nouvelles guillotines pour les forcer à plier, elle n’a pas l’intention de relâcher la pression contre le monde du travail.

Il faut bien que quelqu’un paye la crise. Et ce quelqu’un est tout trouvé : c’est nous, qui n’avons que notre force de travail pour vivre. Nous les « privilégiés » qui bénéficions d’une sécurité sociale, en déficit grâce aux « exonérations de charges » ie en bon français aux cadeaux que l’Etat fait au grand patronat. Nous qui « bénéficions » de retraites après 42 ans et demi de travail salarié (quand nous avons eu la « chance » de travailler). Nous qui bénéficions (encore) d’un code du travail, de tribunaux de prud’hommes, de l’Inspection du Travail, de la médecine du travail (que le Médef veut démanteler)… En clair, nous qui mettons du sable dans les rouages parce que nous sommes héritiers et défenseurs des acquis sociaux arrachés par les luttes depuis le 19e siècle.

Le capital est en difficulté parce qu’il engendre, à chaque étape de son développement, des contradictions. Pour maintenir son taux de profit, tout est bon. Il a donc décidé de profiter de la crise actuelle pour restructurer l’outil de production afin de maintenir, voire d’augmenter ses marges de profits. Les licenciements annoncés dans toutes les branches d’activités n’ont pas d’autres causes. Et pour y parvenir, il faut annihiler les résistances. Il faut criminaliser l’action syndicale. Que des manants osent retenir des patrons pour imposer des négociations, l'élite ne saurait l’admettre, elle qui prévoit déjà à 5 ans, à 10 ans, un taux chômage exponentiel.

Le « boss-napping », dont la presse nous rabat les oreilles, n’a pas d’autre objet que d’édicter des lois répressives contre l’action syndicale pour casser les mouvements sociaux. Elles viendront compléter celles qui existent déjà dans tant d’autres domaines et que nous découvrons au fur et à mesure : les fameuses lois anti-terroristes qui permettent de retenir des jeunes parfaitement inoffensifs sous couvert d’un complot terroriste fantasmé, les lois contre le « téléchargement » qui permettront de poursuivre les internautes qui refusent la marchandisation, le « délit de solidarité » qui s’exerce contre ceux qui refusent la criminalisation des sans-papiers, etc. Sans parler au quotidien de toutes ces intimidations et de tous ces abus contre les militants politiques, syndicaux, associatifs. Car la répression d’Etat va de pair avec la crise. Pour maintenir le système, nos élites politiques et économiques n’hésiteront pas à « donner du bâton ».


Il y a dix ans, l’agression contre la République fédérale de Yougoslavie

En mars 1999, les troupes de l’OTAN ont lancé une agression militaire d’une violence inouïe contre la République fédérale de Yougoslavie. Le prétexte, c’était l’« épuration ethnique » soi-disant exercée contre les Albanais du Kosovo. Dix ans plus tard, la population d’origine yougoslave représente moins de 10 % de la population au Kosovo, et la province ne survit que grâce à la perfusion financière des instances internationales. Mais l’OTAN a obtenu ce qu’elle cherchait : la Yougoslavie est démantelée, sa population vit sous coupe réglée du capitalisme, et les crimes commis durant cette sale guerre – bombardements contre des objectifs civils, utilisation d’armées prohibées, catastrophes écologiques… – ne seront jamais poursuivis par un quelconque tribunal pénal. Une nouvelle illustration de la loi du plus fort. Quant au Kosovo, il serait paraît-il, devenu un « Etat » « indépendant ».


Gaza : silence, on referme le couvercle

Après l’agression militaire subie par la population gazaouie, les organisations internationales venues sur place sont formelles : Israël a utilisé des armes prohibées, munitions à uranium appauvri, bombes au phosphore et DIME (dense inert metal explosive). Quant aux crimes commis par l’armée israélienne durant l’offensive terrestre, ils sont reconnus par les militaires eux-mêmes, notamment les assassinats de femmes et d’enfants.

Qu’en est-il de l’après agression ? Israël empêche l’arrivée de l’aide médicale et humanitaire aux civils. Que faudra-t-il pour que la fameuse « communauté internationale » si prompte à intervenir dans certaines régions du monde, fasse respecter les normes internationales en matière de protection des populations civiles ?


Quand l’armée du Sri-Lanka massacre en silence

Certains conflits sont plus médiatiques que d’autres. Depuis janvier, l’armée du Sri Lanka a lancé une offensive militaire meurtrière contre les Tigres de libération de l’Eelam tamoul, avec l'objectif assumé d'éradiquer ce mouvement. Des dizaines de milliers de civils sont pris en otage par l’armée du Sri Lanka sans que cela émeuve le moins du monde la « communauté internationale ». Quant au bilan humain, il est catastrophique. Mais là, contrairement au Soudan, on n'entend ni les « organisations humanitaires », ni les « défenseurs des droits de l'homme ». On peut donc en conclure qu'il n'y a pas de pétrole, ni de gaz naturel, ni aucune ressource pouvant intéresser la « communauté internationale ».


La Corée du Nord a-t-elle droit à la technologie ?

De même que certains sont plus égaux que d’autres, la Corée du Nord n’a pas le droit à la technologie. C’est du moins l’avis des Etats-Unis, du Japon et de la Corée du Sud, qui ont tenté d’obtenir une condamnation du Conseil de sécurité de l’ONU contre la Corée du Nord accusée, jusqu’ici sans preuve, d’avoir lancé un missile de longue portée. Les Coréens du Nord, eux, disent avoir voulu mettre en orbite un satellite de communication.


Mumia Abu-Jamal

Le 6 avril dernier, la Cour Suprême des Etats-Unis a refusé un nouveau procès à Mumia Abu-Jamal. Ce journaliste et militant politique, animateur de radio, est accusé en 1981 d'avoir assassiné un policier. Il est condamné à mort en 1982 dans le cadre d'un procès à charge où sa culpabilité n'a pas pu être prouvée. Depuis, il se bat avec un collectif d'associations et ses avocats pour obtenir un nouveau procès. Malgré les aveux d'un ancien tueur à gages en 1999, Mumia Abu-Jamal est toujours dans le couloir de la mort. Son exécution a été empêchée à deux reprises, en 1995 et 1999. Mumia Abu-Jamal risque de finir ses jours dans le couloir de la mort si aucune mobilisation ne s'organise autour de ce prisonnier politique américain.


Le « complot » de Tarnac

Le jeune Julien Coupat, emprisonné depuis décembre 2008 pour des attentats fantômes, reste en prison sur décision du juge d’instruction. Le dossier d’instruction est vide, ses co-accusés ont été relâchés les uns après les autres, avec interdiction de revenir dans le village de Tarnac. Leur crime ? Refuser la société de consommation, vivre selon un mode de vie alternatif. Pour le reste, rien n’a pu être retenu contre eux. Mais n’est-ce pas une forme de preuve ? Gageons que le sieur Sarkozy et ses petits camarades de la Justice et de l’Intérieur vont légiférer : « Quand il n’y a pas de preuve, c’est une preuve ».


Menaces sur la Médecine du Travail

Le Médef est toujours là où on ne l’attend pas… forcément. On pourrait croire que la Médecine du Travail ne représente pas un enjeu majeur. Que nenni ! Le Médef vient de proposer que les visites médicales de la Médecine du Travail soient espacées de quatre ans ! Salariés, évitez de tomber malades… Et pour faire face aux départs à la retraite des médecins, il propose que les consultations puissent être assurées par des infirmiers… et que les visites soient remplacées par des entretiens avec des assistants ou conseillers de santé « médico-professionnels ». Louons le Médef qui sait se montrer si créatif. A quand des visites médicales effectuées par des vétérinaires ? Après tout, quand on sait soigner un cheval…


Universités : ça ne s’arrange pas

Valérie Pécresse a du se féliciter des vacances de Pâques. Pour une fois qu’un dirigeant de l’UMP ne s’en prend pas aux congés payés… Il faut dire que la gestion du conflit avec les enseignants-chercheurs relève vraiment de l’incompétence totale : universités en grève, enseignants-chercheurs en colère, présidents d’universités solidaires… N’importe qui de censé chercherait une solution pour sortir de ce conflit. Pas Valérie Pécresse, qui s’acharne. Vivement la rentrée : elle devrait être mouvementée !


Licenciements : ne soyons pas « pessimistes »…

Difficile d’être exhaustif face aux vagues de licenciements qui sévissent dans l’industrie, les commerces, les services, etc. Mais un commentateur avisé, économiste à l’Union européenne, a dit l’autre jour qu’il ne fallait pas être pessimiste. Qu’en étant pessimiste, on aggravait la crise. Nous aimerions tout simplement que ce monsieur travaille au SMIC depuis 20 ans dans la même entreprise et apprenne que cette dernière va fermer. On verrait s’il y a lieu ou non d’être pessimiste. Et tant qu’on y est, on voudrait que Laurence Parisot vive avec le SMIC. Ça, ça serait jubilatoire !


Ça fait toujours plaisir !

-Le saviez-vous, l’Etat détient 17 % du capital de BNP-Paribas. Et pourtant, il n’a pas voix au chapitre dans les conseils d’administration de la banque…

-Les bonus des dirigeants des grandes entreprises sont soi-disant encadrés jusqu’en 2010. Même Sarkozy a préféré faire semblant de légiférer devant le scandale des rémunérations des patrons.

-Daniel Bouton, dirigeant de la Société Générale, va toucher une « retraite surcomplémentaire » de 723 750 euros par an. C’est dommage que Sarkozy n’ait pas pensé à « encadrer » les retraites…

-Evidemment, ça ne vaut pas Daniel Bernard, le PDG de Carrefour, qui quitte l'entreprise avec 39 millions d'euros.