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Le
Conseil d’orientation
des retraites vient de rendre son rapport. Ce conseil, qui rassemble
des « spécialistes » (la France étant un pays qui
regorge de « spécialistes », quelle que soit la
« spécialité »), prévoit un déficit des caisses de
retraite de 100 milliards d’euros d’ici à 2050. Ce conseil ne
voit pas d’autre solution que d’allonger la durée des
cotisations… Pour le MEDEF, ces prévisions seraient même bien en
dessous de la réalité. Sa présidente exige d’ores et déjà un
recul de l’âge du départ à la retraite à 65 ans…
Des
« chiffres aléatoires »
D’une
part, ces
chiffres ne sont absolument pas crédibles. Comment croire que l’on
peut faire des prévisions économiques et démographiques valables
sur 40 ans ? C’est escompter que le système économique
français va obligatoirement rester identique. Rien n’est moins
sûr. C’est aussi escompter que les réalités démographiques
actuelles ne seront pas modifiées d’ici 40 ans : c’est tout
simplement ridicule. Il n’y a rien de moins prévisible que les
comportements en matière démographique. D’où la sentence émise
par la CGT : ces chiffres sont aléatoires.
Le
gouvernement est en
pleine offensive idéologique. Pour forcer la population à accepter
l’inacceptable, on martèle des chiffres invérifiés et
invérifiables, on prédit la « faillite » du
système :
en un mot, on fabrique le « consentement ». En
mettant en
avant un déficit éventuel de 100 milliards d’euros (rappelons que
l’Etat français a renfloué les banques à hauteur de 800
milliards en 2008-2009 sans se plaindre), il s’agit de faire
accepter l’allongement de la durée de cotisation et l’abaissement
du niveau des retraites.
C’est
d’autant plus
scandaleux que les décisionnaires politiques savent pertinemment que
passé 55 ans, les salariés au chômage n’ont pratiquement plus
aucune chance de retrouver du travail. C’est donc un choix délibéré
qui consiste à maintenir dans la précarité toute une fraction de
la population, et même à allonger le temps de la précarité.
Les
retraités de plus en plus
précarisés
Actuellement,
les
retraités sont parmi les couches les plus fragilisées de la
population. Un ouvrier qui a travaillé toute sa vie, qui a cotisé
sans interruption, touche à peine 800 euros mensuels. Lesquels ne
sont jamais « revalorisés » au niveau de
l’augmentation
du coût de la vie. De plus en plus de retraités sont contraints de
solliciter des aides sociales auprès des collectivités et de faire
appel à la générosité des associations caritatives pour se
nourrir ou s’habiller. Bel exemple de civilisation en vérité !
D’autre
part, jamais la
question du financement des retraites n’est posée. Depuis 1982, la
part de la valeur ajoutée dégagée par le travail au profit des
salariés a diminué de 10 %, pour se reporter sur les profits
des détenteurs du capital (conclusions du rapport Cotis de mai
2009). Il n’est pas étonnant que les caisses de la sécurité
sociale soient vides : le déficit, créé par les fameuses
« exonérations de charges », est totalement
artificiel.
Il s’explique par ce transfert de la plus value des salaires vers
les dividendes versés aux actionnaires. Les caisses de retraites
sont bien évidemment impactées. Si on veut les renflouer, il suffit
de taxer les profits du capital. Avec les milliards de bénéfices
réalisés par les grandes entreprises françaises chaque année, il
ne faudrait pas grand chose pour rééquilibrer les caisses de
retraite.
Une
politique de casse cohérente
Comme
actuellement en
Grèce, où les spéculateurs veulent faire payer leurs errements au
peuple, le gouvernement français cherche, sous couvert de
« sauvetage » du régime des retraites, à accentuer
l’exploitation et la précarité. C’est toute une société que
l’on tire délibérément vers le bas avec un ensemble de mesures
très cohérentes : casse de la sécurité sociale, casse du
droit du travail, accentuation de la précarité des salariés, casse
de la fonction publique, casse du régime des retraites.
Il
faudrait se pencher
sur cette société capitaliste mortifère. Après tout, si la grande
majorité de la population âgée de plus de 60 ans est réduite à
la misère, c’est le système tout entier qui en subira les
conséquences. Des retraites décentes pour tous, cela signifie une
consommation intérieure importante. Le problème se pose dans les
mêmes termes avec les salariés : si les salaires suffisent à
peine à faire face aux dépenses quotidiennes nécessaires et
qu’aucun excédent ne peut être dégagé pour la consommation,
c’est le marché intérieur qui en fait les frais.
Nous
nous retrouvons donc
à la croisée des chemins. La question des retraites est centrale.
C’est une question de civilisation : voulons-nous voir des
personnes âgées précarisées, contraintes à travailler au delà
de 60 ans, obligées d’avoir recours à la charité publique pour
joindre les deux bouts ? Ou voulons-nous une société qui
traite correctement les hommes et les femmes qui ont travaillé et
cotisé toute leur vie, et qui ont droit à une retraite décente et
sereine ?
Voulons-nous
continuer à
nous faire tondre par le grand capital ou sommes-nous capables de
réagir, de nous battre, de conserver nos acquis ? La bataille
ne fait que commencer.
Avril
2010
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