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Lettre n° 39
 janvier 2010
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Le PCF est-il soluble dans le Front de Gauche ?

A deux mois des élections régionales, un point d’étape s’impose.

La stratégie du Parti communiste français est de participer aux élections régionales sous l’étiquette du Front de gauche, un Front de gauche plus large qu’aux Européennes. A y regarder de près, ce Front de gauche nouvelle manière s’est très peu élargi. Il agrège au Parti de gauche et à la Gauche unitaire (minoritaires du Npa en rupture de ban), les Alternatifs, la Fase… en résumé, les participants des collectifs anti-libéraux.

Pour la Gauche communiste, le principe même d’alliance électorale ne pose pas de problème. Dans la longue histoire du Parti communiste, rechercher des alliances électorales est une tradition bien établie. A condition de s'allier sur un programme clair.

Or, le Parti s’est une fois de plus lancé à corps perdu dans la recherche d’alliances à toutes fins, sans accord ni sur la stratégie du 2e tour, ni sur un programme. Ne caricaturons pas : il existe quelques lignes directrices progressistes et généreuses. De celles qui sont inapplicables parce qu’elles ne correspondent à aucune réalité de terrain, à aucun rapport de forces permettant de les imposer.

L’essentiel de ce qui se déroule sous nos yeux depuis des semaines se réduit à des tractations d’appareil, des négociations sur les places, des chantages plus ou moins publics pour obtenir plus et mieux.

Dans un quart des régions, les communistes se présentent sur les listes du Parti socialiste dès le premier tour. On nous explique que c’est un problème de réalisme politique, que nous appliquons cette stratégie pour maintenir des élus communistes dans les conseils régionaux. Mais le problème est-il vraiment-là ? N’est-ce pas plutôt parce beaucoup de communistes acceptent comme un principe intangible le leadership du Parti socialiste ? N'est-ce pas également une adhésion sans réserve à la lutte des places ?

Dans les trois quarts restants, les situations sont contrastées. Selon Pierre Laurent, futur secrétaire national, le Parti aurait mené des négociations fructueuses. Le Parti de gauche, qui n’a jamais été seul devant les électeurs et dont personne ne connaît le réel poids politique (certainement proche de pas grand chose, à l’exception de la personnalité de Jean-Luc Mélenchon), obtient des têtes de liste dans 5 régions : l’Aquitaine, la Franche-Comté, le Languedoc-Roussillon, les Pays-de-Loire et Rhône-Alpes, et dans dix-neuf départements.

Pour qui sont-elles fructueuses, ces négociations ?

Dans plusieurs départements, alors que les communistes avaient désigné leurs candidats en fonction d’un rapport de forces local connu, la direction nationale a imposé des candidats du Parti de gauche, de la Gauche unitaire, des Alternatifs... au nom des accords nationaux, mais au mépris des réalités de terrain. Avec le risque de dégoûter les camarades et qu’ils ne fassent pas campagne.

Alors certes, le courant refondateur du Parti estime que l’on ne va pas assez loin, que « la forme parti doit être dépassée ». En d’autres termes, nous n’avons pas l’élégance de nous effacer et de faire campagne pour faire élire tous les représentants de tous les groupuscules tellement plus pertinents que nous…

D’autres voient dans le Front de gauche une première étape de la recomposition d’une force de type Die Linke. Les militants du Parti de gauche ne font d’ailleurs pas mystère de leur volonté d’OPA sur le Parti communiste. Mais entre vouloir et pouvoir, il y a une marge.

Et si la réalité se situait entre les deux, dans l’absence de ligne politique de la direction ? Faute de mieux, sans volonté de se battre, ne se complait-elle pas dans les tractations électorales pour maintenir l’appareil, sans contenu ni projet ?

Quant aux récentes déclarations de Jean-Luc Mélenchon, qui estime qu’au 2e tour, il faudrait rechercher une fusion de listes avec Europe Ecologie (qui elle, recherche des alliances avec le Modem…), elles posent un sérieux problème politique. La direction nationale du Pcf fera-t-elle comme aux municipales, acceptant l’inacceptable, ie de siéger dans une majorité comprenant la droite ?

Les communistes eux, en tout cas, refuseront de se laisser croquer par le petit poucet du Parti de gauche. Des alliances, peut être. A notre détriment, certainement pas ! Si nous acceptions des fusions de listes avec Europe Ecologie et le Modem, nous rendrions encore plus incompréhensible une stratégie déjà complètement incohérente. Mais notre direction nationale n’est pas à un grand écart près !


62 rue Montmartre : la Fédération de Paris dans les murs

Depuis janvier 2009, la Fédération de Paris tente de faire main basse sur le local de la section des 1er et 2e arrondissements de Paris, 62, rue Montmartre. Acheté par le bais d’une société civile immobilière il y a 39 ans, ce local a été cédé à un prix symbolique à la Société anonyme Rochechouart, qui détient les biens immobiliers du Parti à Paris.

Ces deux entités, la politique et l’affairiste, n’ont reculé devant aucune bassesse pour expulser la section de son local et le récupérer. Changement de serrures, pressions diverses, procès contre la secrétaire de section, fausse assemblée générale pour désigner un secrétaire bidon, refus de remettre leurs cartes aux adhérents des 1er et 2e. On se croirait face à des patrons.

Suite à un jugement favorable en première Instance, la Fédération de Paris a fait des pieds et des mains pour obtenir l’exécution du jugement avant l’appel intenté par la section. Ce qui lui a permis de changer, légalement cette fois, les serrures et de mettre nos camarades dehors.

Interrogée publiquement au Conseil national du 15 janvier par Pasquale Noizet, membre du CN et du CD parisien, Marie-George Buffet a estimé que ce n’était « pas le lieu » d’en discuter. Quant au très courageux Patrice Bessac, secrétaire fédéral, il n’a pas daigné s’exprimer. Il doit être fier de lui. En tout cas, ces méthodes de mafieux témoignent de la dérive de la direction nationale du Parti.


5e Internationale : Le Pcf ne participera pas au Comité préparatoire

Ainsi en a décidé le responsable aux questions internationales du Pcf, Jacques Fath. Selon lui, l’initiative émane du seul Hugo Chavez et ne mérite pas d’être prise en considération. Dans une intervention au Conseil national, Jacques Fath a fait siennes les contre-vérités de la presse de caniveau, qui, du Figaro à Libération en passant par Charlie Hebdo, trouve qu’un dirigeant qui améliore le niveau de vie moyen, la santé, l’éducation… de la population n’est jamais qu’un sale populiste.

Pour étayer son argumentation, il a dénoncé les relations entre le Venezuela et l’Iran, allant jusqu’à prétendre qu’Hugo Chavez avait sollicité l’Iran pour participer à la 5e Internationale ! Que l’Iran et le Venezuela, deux pays producteurs de pétrole qui refusent de brader leurs ressources aux compagnies pétrolières internationales, deux pays dans la ligne de mire des Etats-Unis qui projettent de les attaquer militairement (et on connaît le résultat de ce type d’opérations), aient des relations diplomatiques ne paraît a priori pas scandaleux. Sauf pour le responsable aux questions internationales du Pcf qui y voit une preuve supplémentaire qu’Hugo Chavez est infréquentable.

Le Venezuela est un des seuls pays au monde qui, ces dix dernières années, a mis en place d’un régime progressiste, se revendiquant du socialisme, et qui a fait des émules dans l’arrière-cour même des États-Unis. Il faut croire que ce n’est pas suffisant pour les communistes français. Il est vrai que la direction nationale du Pcf a abandonné depuis longtemps toute idée de révolution !


Choses vues

Lors du dernier Conseil national, une camarade de l'Aisne élue sur la liste du Réseau « Faire vivre et renforcer le Pcf » a été l'objet d'une attaque en règle de la part de Brigitte Dionnet, membre de la garde rapprochée de Marie-George Buffet. L'objet de cette attaque ? Notre camarade se présente sur la liste « Colère et espoir » dirigée par Maxime Grémetz en Picardie.

Grâce à la gestion intelligente de la crise survenue en Picardie entre communistes il y a quelques années par la direction nationale, les communistes de Picardie sont aujourd'hui écartelés en cinq. Les élus sortants, qui ont profité des largesses socialistes à la région, ont choisi de se présenter sur les listes du Parti socialiste : ça a le mérite de la clarté. Maxime Grémetz a maintenu un courant, et présente une liste sous le nom de « Colère est espoir ». La majorité des communistes restés dans le Parti a imposé des listes Front de gauche. Quelques communistes ont opté pour une participation sur les listes Europe Écologie. Quelques autres ont préféré la liste estampillée NPA.

Une fois de plus, nous pouvons tirer notre chapeau à la direction nationale : elle a véritablement contribué à entretenir une situation de conflit à un rare niveau d'incohérence. Peut-être est-elle adepte des théories darwiniennes : seuls les mieux adaptés à leur milieu survivront...

En tout cas, si les membres du Conseil national ont des reproches à faire, ce n'est ni à Robert Hue ni à Jean-Claude Gayssot.