|
Lors du 34e congrès, les communistes de gauche
ont présenté aux adhérents du Pcf un texte commun, « Faire vivre et
renforcer le Pcf, une exigence de notre temps ». Ce texte a obtenu
24 % des votes des communistes. Globalement, 40 % des adhérents du
Parti ont rejeté la base commune présentée par la direction sortante, pour lui
préférer une ligne clairement marxiste, combattive, de lutte de classe.
Durant le congrès, la direction sortante, drapée dans son
sectarisme et ses batailles d’appareil avec les refondateurs, les huistes et la
sensibilité de Nicolas Marchand, a tenté de nous marginaliser. Avec la liste
alternative dirigée par André Gérin, nous avons obtenu 17 élus au Conseil
national. Comme au 33e congrès, les filtres successifs font qu’au
niveau du CN, notre représentation est honteusement réduite.
Lors du 1er conseil national, nous avons demandé
des représentants à l’exécutif. La direction a refusé, tout en intégrant à
l’exécutif les promoteurs de la ligne droitière... La direction nationale a été
sanctionnée : seuls 60 % des présents au 1er CN ont
approuvé la nouvelle direction. C’est un désaveu comme jamais une direction
nationale n’en a connu auparavant.
Face à cela, que faire ? Tout d’abord, il faut
continuer, partout où nous sommes, à travailler dans le parti. De nombreux
camarades, déçus par les résultats du vote sur les textes, ont quitté le Pcf et
appelé à le quitter. On peut le comprendre, et il faut respecter leur choix.
Mais la politique de la chaise vide n’a jamais fait avancer les choses. Au
contraire, il n’y a aucune raison de quitter le parti alors qu’objectivement,
nous avons progressé depuis le dernier congrès. Progressé en influence directe
comme le montre le vote, mais progressé surtout au niveau des idées.
Il faut partout, sur toutes les questions d’actualité,
défendre un positionnement communiste. Deux grandes batailles s’ouvrent à
nous : celle de la crise du capitalisme, et celle – électorale – des
européennes.
La direction nationale sous-estime la gravité de la crise du
capitalisme. Sa réponse est en deçà des exigences du moment. Ce n’est pas avec
des pôles publics que l’on combat le capitalisme. Tout au plus, le parti défend
la cautère sur une jambe de bois. Non, ce qu’il faut, c’est un programme ambitieux,
proposant des nationalisations dans tous les secteurs d’activité du pays :
les banques et la finance, les assurances, la santé, l’éducation, l’eau, les
transports, l’énergie, l’industrie pharmaceutique, etc.
Demain, après-demain, des millions d’hommes et de femmes
vont se retrouver licenciés, au chômage partiel, encore plus précarisés. Notre
pays compte déjà des millions de personnes sous le seuil de la pauvreté. Avec
la crise du capitalisme, la situation va encore s’aggraver. Et personne ne peut
prédire jusqu’où la crise peut aller. Nous pouvons nous retrouver dans une
situation analogue à celle de l’Argentine. Les propositions du Pcf, pour le
moment, ne sont pas à la hauteur des enjeux et de la situation. Nous devons
proposer des solutions crédibles et des perspectives politiques.
Deuxième combat, celui des élections européennes. Assez
curieusement, personne n’évoque la responsabilité de l’Union européenne dans la
crise. Comme si la construction européenne, dès ses prémisses en 1951, n’avait
pas eu pour objectif d’être le facilitateur du capitalisme, le rouage
économique et politique permettant au grand patronat d’étendre sa domination
sans limite sur le prolétariat européen. La dérégulation des transports, celle
de l’énergie ? Connaît pas. Les attaques contre le droit du travail, le
rétablissement du travail de nuit des femmes (au nom de l’égalité des sexes…),
l’op-out, la directive Bolkenstein ? Connaît pas. Le recul de l’âge de la
retraite, le travail des plus de 65 ans ? Connaît pas. Pas plus que l’abaissement
de l’âge légal du travail à 14 ans.
Et qu’allons-nous défendre lors de ces élections
européennes ? Le parti va-t-il encore se draper dans l’inatteignable
Europe sociale ? Là encore, il faut être incisif. Bien entendu, il est
utile d’avoir des parlementaires communistes dans les instances européennes.
Même si nous n’en avons que deux, cela permet de savoir ce qui s’y passe. En
soit, c’est important. Mais tenter de faire croire aux électeurs et aux
électrices que notre perspective, c’est l’Europe sociale, cela relève de la
plus parfaite mauvaise foi. D’abord, il faudrait que le parlement européen soit
autre chose qu’une chambre d’enregistrement. Rappelons que ce parlement, même
s’il réussi parfois à bloquer momentanément certaines mesures antisociales, n’a
aucun contrôle sur les organes décisionnels de l’UE. Et il n’a aucun rôle de
proposition en matière législative. Ce n’est donc pas à partir de cette
instance qu’il y a possibilité de s’opposer à l’UE. Qui plus est, il faudrait
pouvoir y créer un rapport de forces favorable aux intérêts du monde du
travail. Là encore, le but est inatteignable.
Le seul moyen d’enrayer la machine européenne, c’est un
large mouvement des peuples. Les NON français et hollandais au traité
constitutionnel de 2005 ont été une première. Le rejet du Traité de Lisbonne
par le peuple irlandais a, lui aussi, grippé la machine. Mais ce n’est pas
suffisant. Si nous voulons durablement enrayer la machine européenne, il faut
passer un cap supplémentaire. Notre peuple, majoritairement, sait qu’il n’y a
rien à attendre de l’UE. Majoritairement, il sait que l’UE est responsable de
la situation qu’il subit à l’heure actuelle. Le Pcf ne doit pas être à la
remorque de ce sentiment majoritaire. Avec une direction nationale qui prétend
être le « parti des gens », qui refuse d’être une
« avant-garde », nous allons nous retrouver à fermer la marche !
Nous devrions au contraire mener une campagne d’information sur les méfaits de
l’UE, et proposer la sortie de la France du Traité de Maastricht.
Enfin, en tant qu’opposants de gauche à la direction
nationale, nous avons un troisième chantier. La direction nationale va mettre
en route une commission de transformation. Composée de membres du CN, de
responsables de sections et de fédérations, cette commission est chargée de
« réformer » le parti. En clair, les trublions que nous sommes
devraient se voir interdire, in fine, d’exister et d’être représentés dans les
instances du parti. Nous devons de toutes nos forces nous y opposer, car ce serait
l’amorce d’un déclin irréversible, pour nous, mais surtout pour le Parti. Car
sans une opposition de gauche, il n’y aura plus d’opposition à la liquidation
rampante.
Nous devons réfléchir à comment nous organiser pour être le
plus efficace possible, à tous les niveaux du parti. Certains avancent l’idée
d’un réseau, d’autres d’une coordination. Quelle que soit la forme que nous
déterminerons ensemble, nous devons nous atteler à travailler, et à construire
dans le parti. Nous avons pu le constater au moment des votes sur la base
commune, les communistes qui veulent un parti véritablement communistes sont
nombreux. Nous devons les fédérer, leur redonner des perspectives pour éviter
qu’ils ne partent, sur la pointe des pieds, comme des milliers l’ont fait
depuis les années 90. Il y va de notre crédibilité, mais surtout de l’avenir du
Pcf.
|