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Lettre n° 31

Octobre 2008
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La crise financière qui secoue la planète révèle crûment la nature du capitalisme. Elle confirme les analyses que faisait déjà Marx : le capitalisme, ce système qui a pour objectif permanent la recherche du profit maximum pour quelques uns, et à court terme, ne peut qu’engendrer régulièrement désordres et crises. Et ce sont les peuples qui payent la note. 

Pourquoi cette crise ?

Contrairement à ce qu’on nous raconte aujourd’hui, la crise n’est pas due à des « excès » commis par quelques banquiers soudain devenus fous… Ce n’est pas une dérive du système ; c’est son produit logique. Au fond, ce qui explique la crise, c’est la réussite même du système, sa sacro-sainte « efficacité », ce sont les profits fabuleux, obtenus depuis plus de vingt ans, en ponctionnant les ménages et les entreprises, c'est-à-dire le Travail, et qui ont abouti à une accumulation démentielle de capital exigeant un taux de rentabilité toujours plus élevé.

Dans les années soixante, la masse monétaire et financière en circulation (monnaie sous ses différentes formes, crédits, titres, actions et obligations…) représentait une fois et demie la masse des richesses produites dans le monde. Elle est aujourd’hui cinq fois supérieure aux richesses réelles. Ces capitaux accumulés ont favorisé les effets de « bulle », dûs aux spéculations, sur l’internet, le pétrole, l’immobilier, les monnaies ou les produits alimentaires (avec pour conséquence, par exemple, les émeutes de la faim de la dernière période). Or l’exploitation des travailleurs et des peuples qui rend possible les profits est aussi la limite qui fait plonger le capitalisme dans les contradictions.

Cela est clairement démontré par l’événement déclencheur de la crise : l’affaire des subprimes aux USA. Les banquiers se sont enrichis en accordant des prêts immobiliers à taux variables à des familles modestes, de plus en plus confrontées à la précarité. Et les gens étant de plus en plus nombreux à ne plus pouvoir rembourser, les créances des banques ont vu leur valeur s’effondrer… Résultat des courses : l’administration Bush s’est portée au secours des banquiers, mais 2,5 millions d’Américains ont été expulsés de chez eux ! Et des millions ont vu leurs retraites par capitalisation partir en fumée…

Faillite du capitalisme et de l’idéologie du « libéralisme »

Il est assez extraordinaire de voir comment les chantres du libéralisme capitaliste (à droite, mais aussi à gauche) qui ne juraient que par la « liberté du marché  », le « moins d’Etat » et les privatisations, confrontés à leur propre faillite, subitement se sont convertis au recours à l’Etat et à l’argent public pour renflouer leurs caisses. Les républicains américains et les socialistes britanniques, adversaires résolus des nationalisations, sont obligés de nationaliser pour sauver le système !

Les gens ordinaires (ceux qui ne spéculent pas et ont de plus en plus difficultés à boucler leurs fins de mois) sont à juste titre profondément choqués par l’énormité des sommes mobilisées par les gouvernements occidentaux pour voler au secours des banquiers. Alors que Sarkozy et Fillon nous disaient que les caisses étaient vides… Il n’y aurait pas d’argent pour lutter contre la pauvreté et la misère… mais il y a de l’argent pour sauver la Bourse !

Le directeur de la FAO, (l’organisme de l’ONU chargé de l’alimentation), Jacques Diouf, n’en revient pas non plus. Les Etats, qui ne trouvent pas les 30 milliards de dollars par an nécessaires pour en finir avec la faim dans le monde… là, ont su trouver rapidement l’argent.

Aux Etats Unis : 730 milliards de dollars pour racheter des créances douteuses des banques. Plus 250 milliards pour intervenir dans le capital de neuf banques d’affaires.

En Europe : 1 700 milliards d’euros pour le refinancement des banques ou des nationalisations partielles.

En France, 320 milliards pour garantir les prêts interbancaires et 40 milliards pour conforter les fonds propres des banques en difficulté.

(Par comparaison, cela permettrait de construire 3,5 millions de logements sociaux ou de combler 36 fois le déficit de la sécurité sociale en 2008 !)

Qui va payer ? Au bout du compte, ce sont les pauvres et les gens modestes, qui sont les plus nombreux. Il y a aura moins d’argent pour les dépenses d’intérêt public, (la santé, l’école…), moins d’argent pour le crédit à la consommation, moins d’argent pour financer la production et l’emploi.

Le FMI (Fonds monétaire international) qui avait été créé au lendemain de la Deuxième guerre mondiale pour aider à la reconstruction et au développement économique (et qui est aujourd’hui présidé par le socialiste Dominique Strauss Kahn, mis en place avec le soutien de Sarkozy) s’avère incapable de faire face à la crise du système. Notamment parce qu’il refuse de remettre en cause le droit de veto des USA et la suprématie du dollar.

Quelle solution ?

Tant que le capitalisme continuera de faire la pluie et le beau temps, les peuples seront à la merci de ses crises. A terme, il n’y a pas d’autre solution qu’un changement révolutionnaire : la transition vers une société socialiste qui n’est rien d’autre que la maîtrise démocratique, collective et consciente, par les peuples, de leurs ressources naturelles et des richesses qu’ils produisent. Qu’il y ait eu des erreurs dans les expériences socialistes du XXème siècle (qui ont en général eu lieu dans des pays peu développés) ne doit pas conduire les communistes et les vrais militants anticapitalistes à renoncer à la perspective d’un socialisme démocratique autogestionnaire pour le XXIème siècle.

Dans l’immédiat, quelle attitude face aux plans Sarkozy, Fillon et consorts ? Faut-il faire l’union sacrée face à la crise ? Nous, nous ne tombons pas dans ce panneau. A l’Assemblée nationale, (contrairement aux socialistes qui se sont abstenus) les communistes ont voté contre ce qu’il faut bien appeler le « hold up du siècle ». Il n’est pas acceptable que l’argent des épargnants et des contribuables permette aux financiers de tout poil de reprendre leurs affaires comme si de rien. Et à la Bourse de crier victoire…

  • L’apport en capital de l’Etat doit avoir pour contrepartie la prise de contrôle publique des banques.
  • Il faut nationaliser la totalité du système bancaire !

Pas comme en 1981, sous Mitterrand. Il faut de vraies nationalisations, sans indemnisations pour les responsables de la crise et ceux qui en ont tiré profit. Des nationalisations qui soient de vraies socialisations. Non seulement les dirigeants des principales banques qui ont failli doivent être changés, (et leur rémunérations ramenées à un niveau décent), mais surtout il faut que s’exerce un véritable contrôle public sur l’usage du crédit, afin que celui-ci ne serve pas à relancer la spéculation ou à engraisser les actionnaires, mais qu’il aille, grâce à un système de taux d’intérêts sélectifs, au soutien de la production, à la création d’emploi, à la consommation populaire, à l’aide au développement.

  • Pour cela, doivent siéger dans les conseils d’administration des banques des représentants de l’Etat, des collectivités locales, des salariés, des associations d’usagers…
  • Dans le même temps, pour éviter que la crise financière entraîne une crise économique, il faut une politique de relance, qui passe prioritairement par le relèvement des bas salaires. Devant la menace de récession, l’Etat doit prendre des mesures contre le risque de fermetures d’entreprises et aider, dans chaque secteur, à la constitution de pôles publics.
  • Une telle politique est évidemment contraire aux critères de Maastricht. Il est donc nécessaire de s’affranchir du Pacte de stabilité et de la tutelle de la Banque centrale européenne. Les Etats et les peuples doivent retrouver leur souveraineté et pouvoir décider de leur politique économique, monétaire, sociale et culturelle.

C’est avec le capitalisme qu’il faut en finir !