L’effritement
financier d’octobre 2008 n’est pas l’effet d'un phénomène économique cyclique.
C’est un aboutissant calculé de la politique du gouvernement des États-Unis,
orchestré par le Trésor américain et le Federal Reserve Board. C’est la plus grave
crise économique de l'histoire.
Source : http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=10982
16 novembre 2008
Le « plan de
sauvetage » (« The Bailout ») proposé par le Trésor américain ne
constitue pas une « solution » à la crise. C’est en fait tout le
contraire : il provoque davantage de débâcle. Il crée une concentration de
richesses sans précédent, qui à son tour contribue à creuser les inégalités
économiques et sociales, au sein des nations et entre les nations.
Le niveau
d'endettement est monté en flèche. Poussées à la faillite, les corporations
industrielles sont rachetées par les institutions financières mondiales. Le
crédit, c’est-à-dire l'offre de prêts de financement, qui constitue la bouée de
sauvetage de la production et de l'investissement, est contrôlé par une poignée
de conglomérats financiers.
Avec le « plan
de sauvetage », la dette publique a dérapé. Les États-Unis sont le pays le
plus endetté de la planète. Avant le « renflouage », leur dette
publique était de l'ordre de 10 billions de dollars. Cette dette libellée en
dollars US se compose de bons du Trésor et d’obligations en souffrance,
détenues par des particuliers, des gouvernements étrangers, des entreprises et
des institutions financières.
« Le plan de
sauvetage » : le gouvernement des États-Unis finance son propre
endettement
Ironiquement, les
banques de Wall Street bénéficiaires de l'argent du plan de sauvetage sont
aussi les courtiers et les assureurs de la dette publique des États-Unis. Bien
que les banques ne détiennent qu’une partie de la dette publique, elles font
des affaires et du commerce dans le monde entier avec les titres de la dette
publique libellés en dollar.
Dans une conjoncture
déplaisante, les banques sont bénéficiaires d’une aumône de plus de 700
milliards de dollars, et agissent en même temps à titre de créanciers du
gouvernement.
Nous avons affaire à
un cercle vicieux absurde : pour financer le plan de sauvetage Washington
doit emprunter à des banques qui bénéficient du plan de sauvetage.
Le gouvernement des
États-Unis finance ses propres dettes
Les administrations
fédérales, étatiques et municipales sont de plus en plus paralysées, sous
strict contrôle des conglomérats financiers mondiaux. Les créanciers réclament
de plus en plus au gouvernement le lancement d’une réforme.
Le plan de sauvetage
incite à la consolidation et à la centralisation du pouvoir bancaire, ce qui à
son tour produit des retombées sur l'activité économique réelle, conduisant à
une série de faillites et au chômage de masse.
Le gouvernement Obama
inversera-t-il la tendance ?
La crise financière
fait suite à la déréglementation du système financier.
Obama a déclaré sans
équivoque sa volonté de s'attaquer aux échecs politiques du gouvernement Bush,
et de « démocratiser » le système financier étasunien. Barack Obama,
le président élu, affirme être déterminé à inverser la tendance :
« Rappelons-nous
que si cette crise financière nous a appris quelque chose, c'est que nous ne
pouvons avoir une Wall Street prospère pendant que le commun des mortels
souffre. Dans ce pays, nous nous élevons ou chutons en tant que nation, en tant
que peuple. » (Président élu Barack Obama, 4 novembre 2008, souligné par
l’auteur)
Avec désinvolture,
les démocrates reprochent au gouvernement Bush la débâcle financière d’octobre.
Obama a fait savoir
qu'il établira un programme politique tout autre, qui servira les intérêts du
commun des mortels :
« Demain, vous
pourrez tourner la page sur les politiques qui poussent à la cupidité et à
l'irresponsabilité de Wall Street devant le dur labeur et le sacrifice des
hommes et des femmes de la rue. Demain, vous pourrez choisir les politiques qui
investissent dans notre classe moyenne, créent de nouveaux emplois et
accroissent cette économie, de sorte que tout le monde ait une chance de
réussir, du directeur général à la secrétaire et au concierge, du propriétaire
de l'usine aux hommes et femmes qui y travaillent. » (Barack Obama,
campagne électorale, 3 novembre 2008. Souligné par l’auteur.)
Obama est-il engagé
dans le « domptage de Wall Street » et dans la « neutralisation
des marchés financiers ? »
Ironiquement, cette
politique de « cupidité et d'irresponsabilité » fut instaurée sous le
gouvernement Clinton.
La Financial Services
Modernization Act (FSMA ou loi de modernisation des services financiers) de
1999 a incité à abroger la Glass-Steagall Act de 1933. La Glass-Steagall Act,
ce pilier du « New Deal » du président Roosevelt, fut instaurée en
réponse au climat de corruption, de manipulation financière et de « délit
d'initié » qui mena à la faillite de plus de 5 000 banques dans les
années qui suivirent le krach de Wall Street en 1929.
Dans le cadre de la
Financial Services Modernization Act de 1999, le contrôle effectif de
l'ensemble du secteur des services financiers des États-Unis (incluant les
compagnies d'assurance, les fonds de pension, les titres, etc.) a été cédé à
une poignée de conglomérats financiers et à leurs associés, les fonds
spéculatifs (hedge funds).
Les instigateurs du
désastre financier
Qui sont les artisans
de cette débâcle ?
Ironie amère,
l’équipe de transition du président élu Barack Obama songe à présent aux
instigateurs du désastre financier pour le poste de secrétaire au Trésor :
Lawrence Summers a
joué un rôle clef dans le lobbying au Congrès pour l'abrogation de la
Glass-Steagall Act. Sa nomination opportune au poste de secrétaire au Trésor
par le président Clinton en 1999 a permis de forcer l'adoption de la Financial
Services Modernization Act en novembre 1999. Au terme de son mandat à la tête
des Finances, il est devenu président de l'université de Harvard (2001-2006).
Paul Volker était
président de la Réserve fédérale dans les années 1980 de l'ère Reagan. Il a
joué un rôle central dans la mise en œuvre de la première phase de déréglementation
financière, qui a favorisé la foule de faillites, fusions et acquisitions
menant à la crise financière de 1987.
Timothy Geithner est
directeur général de la Banque de la Réserve fédérale de New York (FRBNY), la
plus puissante institution financière privée d’Amérique. Il est aussi ancien
fonctionnaire des Finances du gouvernement Clinton. Il a travaillé pour
Kissinger Associates et fut aussi en poste au FMI. La FRBNY joue un rôle en
coulisses dans la mise au point de la politique financière. Geithner agit pour
le compte de puissants financiers derrière la FRBNY. Il est en plus membre du
Council on Foreign Relations (CFR).
Jon Corzine,
aujourd’hui gouverneur du New Jersey, est un ancien directeur énéral de
Goldman Sachs.
Au moment de la
rédaction de cet article, le favori d’Obama pour le poste de secrétaire au
Trésor était Larry Summers.
Lawrence Summers,
professeur d'économie à l'université de Harvard, a servi d’économiste en chef à
la Banque mondiale (1991-1993). Il a contribué à la conception des réformes
macro-économiques imposées à nombre de pays émergents endettés. Dans le cadre
du programme d'ajustement structurel (PAS), parrainé par le FMI et la Banque
mondiale, l'impact social et économique de ces réformes a été dévastateur,
entraînant une extrême pauvreté.
La période de Larry
Summer à la Banque mondiale coïncidait avec l'effondrement de l'Union
Soviétique et l'imposition de la « médecine économique » mortelle du
FMI et de la Banque mondiale en Europe de l'Est, dans les anciennes républiques
soviétiques et dans les Balkans.
En 1993, Summers est
passé au Trésor des États-Unis. Il a d'abord occupé le poste de sous-secrétaire
au Trésor pour les affaires internationales et, plus tard, secrétaire d’État
adjoint. En liaison avec ses anciens collègues du FMI et de la Banque mondiale,
il a joué un rôle clef dans l'élaboration du « traitement de choc »
économique lié au train de réformes imposées à la Corée du Sud, à la Thaïlande
et à l’Indonésie, lors de l’apogée de la crise asiatique de 1997.
Les accords de plan
de sauvetage négociés avec ces trois pays ont été coordonnés au Trésor par
Summers, en liaison avec la Banque de la Réserve fédérale de New York et les
institutions de Bretton Woods à Washington. Summers a travaillé en étroite
collaboration avec le directeur général adjoint du FMI, Stanley Fischer, nommé
ensuite gouverneur de la Banque centrale d'Israël.
Larry Summers est
devenu secrétaire au Trésor en juillet 1999. C’est un protégé de David
Rockefeller. Ce fut l'un des principaux artisans de l'infâme Financial Services
Modernization Act, qui, purement et simplement, légitima le délit d’initié et
la manipulation financière.
Larry Summers et
David Rockefeller
« Mettre le
renard à la garde du poulailler »
Summers est
aujourd’hui consultant pour Goldman Sachs et directeur général de DE Shaw
Group, un organisme de fonds spéculatifs. En tant que gestionnaire de fonds de
spéculation, ses contacts avec les Finances ainsi que Wall Street lui procurent
de précieuses informations privilégiées sur le mouvement des marchés
financiers. Sous la gouverne de Larry Summers, et en conséquence directe de la
crise financière, le DE Shaw Group a fait des bénéfices records. À la fin
octobre 2008, à l’apogée de la crise financière, le DE Shaw Group a annoncé 7
milliards de dollars de revenu, en augmentation de 22 pour cent sur l'année
précédente, « avec près de trois fois plus d'argent dans la main qu’il y a
un an » (2theadvocate.com 31 octobre 2008).
Mettre un
gestionnaire de fonds de spéculation (ayant des liens avec l’establishment
financier de Wall Street) en charge des Finances équivaut à placer le renard à
la garde du poulailler.
Le Consensus de
Washington
Summers, Geithner,
Corzine, Volker, Fischer, Phil Gramm, Bernanke, Hank Paulson, Rubin, sans
oublier Alan Greenspan, et autres, sont des copains. Ils jouent au golf
ensemble ; ils ont des liens avec le Council on Foreign Relations et les
Bilderberg ; ils agissent de concert conformément aux intérêts de Wall
Street ; ils se rencontrent à huis clos ; ils sont sur la même
longueur d'onde ; ils sont démocrates et républicains.
Bien qu'ils puissent
être en désaccord sur certaines questions, ils sont fermement attachés au
consensus Washington-Wall Street. Ils sont absolument impitoyables dans la
gestion de leurs opérations économiques et financières. Leurs actions sont
motivées par le profit. En dehors de leur strict intérêt envers le
« rendement » des « marchés », ils sont peu concernés par
la « vie des êtres humains », par l’impact de l’éventail
d’implacables réformes macro-économiques et financières sur la vie des gens,
réformes qui poussent à la faillite des secteurs entiers de l'activité
économique.
Le raisonnement
sous-jacent au discours économique néolibéral est souvent cynique et méprisant.
À cet égard, le discours économique de Lawrence Summers se distingue. Il est
connu chez les écologistes pour avoir proposé de déverser les déchets toxiques
dans les pays du Tiers Monde, car, là-bas, les gens ont la vie plus courte et
le coût de main-d'œuvre est extrêmement bas, ce qui signifie essentiellement
que la valeur de marché des gens du Tiers Monde est très inférieure. Selon
Summers, cela rend l’exportation des matières dangereuses vers les pays pauvres
beaucoup plus « rentable ». En 1991, une note de service controversée
de la Banque mondiale, signée par l’économiste en chef Larry Summers, indique
ce qui suit (extraits, souligné par l’auteur) :
Date : 12
décembre 1991 – Pour : Distribution – De : Lawrence H. Summers –
Objet : GEP [GEP signifie Bonnes Pratiques Environnementales, ndt]
"Industries
« sales » : Juste entre vous et moi, la Banque mondiale ne
devrait-elle pas encourager DAVANTAGE la migration des industries sales vers
les pays les moins développés ? Je pense à trois raisons :
1) La mesure du coût
de la pollution altérant la santé dépend des gains prévus de l'augmentation de
la morbidité et de la mortalité. De ce point de vue une quantité donnée de
pollution affectant la santé doit être faite dans le pays ayant les coûts les
plus faibles, qui sera le pays dont les salaires sont les plus bas. Je pense
que la logique économique derrière le déchargement de déchets toxiques dans le
pays aux salaires les plus bas est irréprochable et nous devons la regarder en
face.
2) Le coût de la
pollution est susceptible d'être non linéaire, car l’augmentation initiale de
pollution a sans doute un coût très bas. J'ai toujours pensé que les pays
sous-peuplés d'Afrique sont infiniment peu pollués, la qualité de leur air est
sans doute considérablement peu rentable par rapport à Los Angeles ou Mexico.
Ce qui empêche l’amélioration du bien-être mondial du commerce de la pollution
de l'air et des déchets, c’est le seul fait déplorable que tant de pollution
soit produite par des industries non négociables (transport, production d'électricité),
et que le coût unitaire du transport des déchets solides soit si élevé.
3) La demande d’un
environnement propre pour des raisons esthétiques et de santé est susceptible
d'avoir une très grande élasticité de revenus. [La demande augmente avec le
niveau de revenu]. L'inquiétude à propos d’un agent ayant une chance sur un
million de provoquer le cancer de la prostate est de toute évidence beaucoup
plus élevée dans un pays où les gens survivent au cancer de la prostate que
dans un pays où le taux de mortalité des moins de 5 ans est de 200 pour
mille..."
www.globalpolicy.org/socecon/envronmt/summers.htm
L’attitude de Summers
sur l'exportation de la pollution vers les pays émergents a eu un impact marqué
sur la politique environnementale des Etats-Unis :
"En 1994, pratiquement tous les pays du monde se sont dissociés des réflexions de
« logique économique » de M. Summers formé à Harvard, sur le
déversement des poisons des pays riches chez leurs voisins plus pauvres, et ils
ont décidé d'interdire l'exportation des déchets dangereux de l'OCDE vers les
pays [émergents] non membres de l'OCDE dans le cadre de la Convention de Bâle.
Cinq ans plus tard, les États-Unis sont l'un des rares pays n'ayant toujours ni
ratifié la Convention de Bâle ni l'Amendement d'Interdiction de la Convention
de Bâle sur l'exportation des déchets dangereux de l'OCDE vers les pays hors
OCDE". (Jim Valette, La guerre contre la Terre de Larry Summers, Counterpunch,
non daté)
Crise asiatique de
1997 : répétition générale des choses à venir
Au cours de l’année
1997, la spéculation monétaire, instrumentée par de grandes institutions
financières et dirigée contre la Thaïlande, l'Indonésie et la Corée du Sud, a
favorisé l'effondrement des monnaies nationales et le transfert de milliards de
dollars des réserves des banques centrales entre les mains de financiers
privés. Plusieurs observateurs ont signalé la manipulation délibérée du marché
des actions ordinaires et des devises par des banques d’affaires et des
sociétés de courtage.
Bien que les accords
de plan de sauvetage asiatiques étaient négociés officiellement par le FMI, les
grandes banques de commerce de Wall Street (dont Chase, Bank of America,
Citigroup et JP Morgan), ainsi que les « cinq grandes » banques
d'affaires (dont Goldman Sachs, Lehman Brothers, Morgan Stanley et Salomon
Smith Barney) ont été « consultées » sur les clauses à inclure dans
ces accords.
Le Trésor des
États-Unis, en lien avec Wall Street et les institutions de Bretton Woods, ont
joué un rôle central dans la négociation des accords de sauvetage. Larry
Summers et Timothy Geithner, ont participé activement au nom du Trésor des
États-Unis au sauvetage de la Corée du Sud en 1997 :
[En 1997] MM Summers
et Geithner s’activaient à persuader M. Rubin de soutenir l'aide financière à
la Corée du Sud. M. Rubin se méfiait de pareille mesure, s’inquiétant du fait
que fournir de l'argent à un pays en situation désespérée pourrait être une
affaire perdue d’avance... (WSJ, 8 novembre 2008)
Ce qui est arrivé en
Corée du Sud du fait des conseils du secrétaire adjoint au Trésor Larry Summers
et des autres, n'a rien à voir avec l’« aide financière. »
Le pays a été
littéralement mis à sac. Le sous-secrétaire des Finances, David Lipton, a été
envoyé à Séoul en début décembre 1997. Des négociations secrètes ont été
engagées. Washington a exigé le congédiement du Ministre des Finances de Corée
du Sud et l’acceptation sans réserve du « sauvetage » du FMI.
Aussitôt après sa
nomination, le nouveau secrétaire au Trésor, qui était un ancien fonctionnaire
du FMI et de la Banque mondiale, est parti précipitamment à Washington pour des
« consultations » avec son ancien collègue Stanley Fischer, directeur
général adjoint du FMI.
« Le corps
législatif coréen s’est réuni en sessions extraordinaires le 23 décembre. La
décision finale, concernant le marché de 57 milliards de dollars, a été prise
le lendemain, le 24 décembre, lors du réveillon de Noël, après les heures de
bureau à New York. Les plus hauts financiers de Wall Street, de Chase
Manhattan, Bank America, Citicorp et JP Morgan, ont été convoqués pour une
réunion à la Banque de la Réserve fédérale de New York. C’est aussi dans la
salle du réveillon de Noël où se retrouvaient les représentants des cinq
grandes banques d’affaires de New York, notamment Goldman Sachs, Lehman
Brothers, Morgan Stanley et Salomon Smith Barney. Et à minuit, au réveillon de
Noël, recevant le feu vert des banques, le FMI a accordé à la hâte 10 milliards
de dollars à Séoul pour répondre à l'avalanche de dettes à court terme venant à
échéance.
Les coffres de la
Banque centrale de Corée du Sud ont été mis à sac. Les créanciers et les
spéculateurs attendaient anxieusement pour toucher leur butin. Ces mêmes
institutions, qui spéculaient contre la victoire coréenne, ont encaissé
l’argent du plan de sauvetage du FMI. C’était une escroquerie. » (Voir
Michel Chossudovsky, The Recolonization of Korea, publié par la suite en
chapitre de The Globalization of Poverty and the New World Order, Global
Research, Montréal, 2003)
Cette
« puissante médecine économique » est la prescription du Consensus de
Washington. « Souffrance à court terme pour gains à long terme »
était la devise de la Banque mondiale durant la période où Lawrence Summers
était économiste en chef. (Voir IMF, World Bank Reforms Leave Poor Behind, Bank
Economist Finds, Bloomberg, 7 novembre 2000)
Nous avons affaire à
tout un « réseau de vieux copains » fonctionnaires et conseillers du
Trésor, de la Réserve fédérale, du FMI, de la Banque mondiale, des groupes de
réflexion de Washington, qui sont en lien permanent avec les principaux
bailleurs de fonds de Wall Street.
Quel qu’il soit,
celui que choisira l’équipe de transition d’Obama fera partie du Consensus de
Washington.
La Financial Services
Modernization Act de 1999
Ce qui est arrivé en
octobre 1999 est décisif.
À la suite de longues
négociations à huis clos dans les salles de réunion de Wall Street, dans
lesquelles Larry Summers joua un rôle central, le cadre réglementaire
contrôlant les puissants conglomérats bancaires de Wall Street fut abrogé
« d’un trait de plume ».
Larry Summers
travaillait en étroite collaboration avec le sénateur Phil Gramm (1985-2002),
président du comité sénatorial des banques, qui fut l'artisan législatif de la
Gramm-Leach-Bliley Financial Services Modernization Act, promulguée le 12
novembre 1999. (Pour le texte complet voir sur le site du Congrès des
Etats-Unis : Pub.L. 106-102). En tant que sénateur du Texas, Phil Gramm
fut étroitement associé à Enron.
En décembre 2000, en
fin du mandat de Clinton, Gram présenta un deuxième projet de loi appelé
Gramm-Lugar Commodity Futures Modernization Act (FSMA), qui ouvrait la voie à
l'attaque spéculative dans les produits de base, notamment le pétrole et les
denrées alimentaires.
« Cette loi,
a-t-il déclaré, permettrait de s'assurer que ni la SEC ni la Commodity Futures
Trading Commission (CFTC) ne pouvaient contrôler les affaires des produits
financiers modernes appelés swaps, et donc « protégerait les institutions
financières de la sur-réglementation » et la « positon de leader
mondial de notre secteur des services financiers dans le nouveau siècle. »
(Voir David Corn, Foreclosure Phil, Mother Jones, juillet-août 2008)
Phil Gramm était le
premier choix de McCain pour le poste de secrétaire au Trésor.
Dans le cadre des
nouvelles règles de la FSMA, ratifiée par le Sénat américain en octobre 1999 et
approuvée par le Président Clinton, les banques commerciales, sociétés de
courtage, fonds spéculatifs, investisseurs institutionnels, fonds de pension et
compagnies d'assurance, peuvent investir librement dans toute autre entreprise,
ainsi que regrouper entièrement leurs opérations financières.
Un « supermarché
financier mondial » a été créé, ouvrant la voie à une énorme concentration
de puissance financière. L'un des personnages-clefs à l’origine de ce projet
fut le secrétaire au Trésor Larry Summers, en coopération avec David
Rockefeller. Summers décrivait la FSMA comme « le fondement législatif du
système financier du 21ème siècle ». Ce fondement législatif est l'une des
principales raisons de la débâcle financière de 2008.
Désarmement financier
Il ne peut y avoir de
solution constructive à la crise, sauf réforme majeure dans le système
financier, ce qui implique, entre autres, le gel du négoce spéculatif et la
« neutralisation des marchés financiers ». Le projet de
neutralisation des marchés financiers fut proposé pour la première fois dans
les années 40 par John Maynard Keynes, comme un moyen d’instaurer un système
monétaire international multipolaire. (Voir JM Keynes, Activities 1940-1944, Shaping
the Post-War World: The Clearing Union, The Collected Writings de John Maynard
Keynes, Royal Economic Society, Macmillan et Cambridge University Press, Vol. XXV, Londres 1980, p. 57).
Le commun des mortels
contre Wall Street
Où sont « les
candidats du Main Street » retenus par Obama ? C’est-à-dire, ceux qui
obéissent aux intérêts des gens des quatre coins des États-Unis. Aucun leader du
milieu communautaire ou représentant des travailleurs n’est sur la liste des
postes clefs d’Obama.
Le président élu
désigne les artisans de la déréglementation financière.
Aucune réforme
financière constructive ne peut être adoptée par des fonctionnaires nommés par
Wall Street et agissant en son nom.
Ceux qui en 1999 ont
incendié le système financier, sont rappelés pour éteindre le feu.
La
« solution » du « sauvetage » proposée pour la crise
provoque davantage de débâcle économique.
Il n'y a aucune solution
politique à l'horizon.
Les conglomérats
bancaires mènent le bal. Ils décident de la composition du gouvernement Obama.
Ils ont aussi choisi l'ordre du jour du sommet financier de Washington (15
novembre 2008), prévu pour jeter les bases de la création d'un nouveau
« système financier mondial ».
Le plan de Wall
Street a déjà été discuté derrière les portes closes : le programme secret
est d'établir un système monétaire international unipolaire, dominé par la
puissance financière des États-Unis, qui à son tour serait protégée et
sécurisée par la supériorité militaire du pays.
Le néolibéralisme à
« visage humain »
Rien n'indique
qu’Obama rompra les ponts avec ses commanditaires de Wall Street, qui ont
largement financé sa campagne électorale.
Goldman Sachs, JP
Morgan Chase, Citigroup, Microsoft de Bill Gates sont parmi ses principaux
donateurs de la campagne.
Au nombre des
individus les plus riches du monde, Warren Buffett n’a pas fait que soutenir la
campagne électorale de Barak Obama, il est membre de son équipe de transition,
jouant un rôle clef dans la formation de ses ministères.
Warren Buffett
À moins d’un
bouleversement majeur dans le système des nominations politiques aux postes
clefs, un ordre du jour économique alternatif de Barack Obama axé sur la lutte
contre la pauvreté et la création d'emplois est grandement improbable.
Ce à quoi nous
assistons est la continuité.
Obama procure un
« visage humain » au statu quo. Ce visage humain sert à tromper les
Étasuniens sur la nature de l'économie et de l’action politique.
Les réformes
économiques néolibérales restent inchangées.
L’essentiel de ces
réformes, dont le « plan de sauvetage » des plus importantes
institutions financières étasuniennes, détruit en fin de compte l'économie
réelle, tout en forçant à la faillite des régions entières du secteur
manufacturier et de l'économie des services.
Original : Who are the Architects of Economic Collapse ? Will an Obama Administration Reverse the
Tide ?, publié le 9 novembre 2008.
Traduction libre de
Pétrus Lombard. Révisée par Julie Lévesque pour Mondialisation.ca
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Michel Chossudovsky est directeur du Centre de recherche sur la mondialisation
et professeur d'économie à l'Université d'Ottawa. Il est l'auteur de Guerre et
mondialisation, La vérité derrière le 11 septembre et de la Mondialisation de
la pauvreté et nouvel ordre mondial (best-seller international publié en 11
langues).