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Questions transversales
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Une nouvelle colonisation ? Francis ARZALIER Parlons Clair n° 60, septembre 2009 L’impérialisme sévit toujours, de l’Asie à l’Afrique, mais avec plus de difficulté à réaliser ses fins, car le rapport mondial des forces change, à son corps défendant, au début du siècle nouveau. L’énorme puissance militaire étasunienne ne permet plus d’imposer sa loi à tous les continents, quand la Chine dépasse un milliard et demi d’habitants, et que l’Occident « blanc » se dépeuple chaque jour un peu plus. Les idéologues du marché capitaliste, pris à leur propre jeu, n’ont pu empêcher la flambée des prix des matières premières et sources d’énergie, qui se raréfient alors que la boulimie des industries mondiales s’accroît avec démesure. Dès lors, Chine, Russie, Brésil, Inde, Iran et quelques autres, forts de leur pétrole, de leurs mines ou de leurs masses de main d’œuvre, sont à même de refuser les diktats de Washington, Londres ou Paris, et vont parfois jusqu’à jouer les concurrents en Afrique par exemple. Pire encore pour les tenants de l’impérialisme, les subsides pétroliers ou miniers engrangés par les États vénézuélien et bolivien permettent à Chavez et ses amis « indiens » de développer un véritable courant révolutionnaire en Amérique, au nez et à la barbe de leurs ex- maîtres yankees. Est-ce à dire que dans ce rapport de force nouveau, tout progresse dans le sens de la libération des peuples, qu’ils ne sont plus menacés de main mise coloniale et peuvent espérer le développement industriel et agricole qui leur a manqué jusqu’à présent ? Ne nous berçons pas d’illusions : l’impérialisme occidental, même en butte à des difficultés accrues, n’a pas changé de nature avec le bon sourire d’Obama. Même si ce dernier est disposé à plus de réalisme que les illuminés de Bush, les concessions qu’il se dispose à faire avec les « intégristes modérés » en Iran, en Égypte, en Palestine, en Afghanistan peut-être, se feront au détriment des peuples, en aucun cas au profit d’un développement autonome des pays concernés : les règles inflexibles du marché mondial capitaliste demeurent, comme au temps de la traite esclavagiste. Il peut arriver, et c’est tant mieux, que tel ou tel pays africain, Angola, Congo ou autre, profite de la nouvelle concurrence planétaire dans l’accès aux matières premières, pour arracher un contrat de troc favorable au développement endogène, quelques usines de transformation, routes et voies ferrées et des milliers d’emplois grâce à l’appui chinois. Mais en contrepartie, la vieille logique impériale prévaut quand les marchés africains sont inondés de marchandises asiatiques à bas prix, ruinant les quelques productions locales. Et on ne peut qu’être inquiet de voir se déployer de véritables projets coloniaux à l’échelle du globe, dans les deux domaines notamment de l’alimentation et de l’énergie : la hausse des prix des produits agricoles, les pénuries alimentaires qui se dessinent, amènent les investisseurs capitalistes et certains états très peuplés à acheter par millions d’hectares les terres arables des pays pauvres, pourvus de dirigeants dont le souci premier n’est pas l’indépendance de leur peuple. Ainsi la Corée du Sud a acquis plus de deux millions d’hectares à Madagascar, au Soudan, Mongolie, Argentine et Indonésie ; l’Arabie Saoudite et les Émirats Arabes pétroliers, près de trois millions d’hectares en Indonésie, Soudan, Pakistan, Philippines et en Algérie (plus de 1500 ha achetés par des sociétés émiraties). Selon certaines ONG, Ukraine et Roumanie auraient aussi bradé des étendues considérables de terres à céréales. Faut-il souligner que cette main mise sur les terres engage d’autant plus l’avenir des peuples concernés que les famines y furent fréquentes au 20ème siècle, du Soudan à la Roumanie ? Ce nouveau colonialisme alimentaire, proche de celui pratiqué par les colons israéliens en Palestine, ne peut qu’entraîner dans le siècle qui vient pénuries et famines. D’autant que la ruée sur les terres se double d’une quête effrénée des ressources en eau, au détriment des peuples démunis des technologies nécessaires. Mécanismes impérialistes du 21ème siècle ? Certes. Encore faut-il bien noter qu’ils ne sont pas simplement l’appendice des firmes transnationales privées, exportatrices de capitaux, au sens que leur donnait Lénine, mais aussi le fait de puissants États nationaux qui par ailleurs se proclament héritiers de Marx, comme la Chine : celle-ci aurait acheté environ deux millions et demi d’hectares de terres cultivables en Russie, Kazakhstan, Philippines, Mexique, Cameroun, Tanzanie, Laos… L'Europe n’est pas avare non plus de nouveaux projets coloniaux suscités par la soif de profits et la peur de manquer de sources d’énergie. C’est ainsi qu’en juillet 2009, une douzaine d’entreprises allemandes ont publié un grand projet d’énergie solaire estimé à 400 milliards d’euros d’investissements sur 40 ans. Il s’agit de disséminer des paraboles solaires géantes sur l’ensemble du Sahara, du Maroc à l’Arabie. L’électricité ainsi produite par le soleil africain (au prix de quel désastre écologique ?) ne serait en rien destinée à permettre l’industrialisation des pays riverains : elle a pour objectif d’assurer 15% des besoins en électricité de l’Europe, en 2025 ! En même temps, Hillary Clinton parcourt l’Afrique Noire pour capitaliser la popularité d’Obama,…et continue d’y discourir sur la nécessité de mieux gouverner, de moraliser la vie publique si l’on veut obtenir crédits et contrats. Décidément, l’impérialisme change de tenue, mais persiste en ses fondements ! | ||||||||||||