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Irak
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Dans la zone verte A propos du livre de Rajiv Chandrasekaran publié par le Centre de recherche sur la mondialisation (Global Research) Le 22 février 2007 Aux Etats-Unis, les démocrates se
gardent bien de couper les fonds à l’administration Bush, alors que « nos
soldats sont là-bas en train de gagner la guerre », selon les dires du
sénateur républicain Lindsey Graham. Que 63 % des Américains souhaitent un
retrait des troupes d’ici 2008 ne compte pas, y compris pour la majorité
démocrate. D’ailleurs, n’a-t-elle pas voté en faveur du changement intervenu à
la tête des troupes d’occupation, à l’occasion de la nomination du général
David Petraeus. Plus significatif, le nouveau
budget militaire face auquel les démocrates restent cois. Les dépenses des
Etats-Unis s’élèveront à 623 milliards de dollars en 2008, ce qui inclut le
budget « ordinaire » du Pentagone et le « surcoût » de la
guerre en Irak. Depuis 2001, les dépenses ont
augmenté de 62 %. Toutefois, elles ne calment pas les revendications des
chefs d’état-major des trois armes. Avec l’appui des grandes firmes du complexe
militaro-industriel – telles que Lockeed Martin, Boeing Company, Northrop
Grumman, General Dynamics, Raytheon Company – ils revendiquent des rallonges
budgétaires. La hausse des dépenses militaires à l’échelle mondiale, telles que la relève le SIPRI (Stockholm International Peace Research Institute), est provoquée à hauteur de 80 % par dépenses d’armement des Etats-Unis. Les dépenses américaines pour la
guerre d’occupation en Irak participent d’une « course aux
armements » plus ample qui s’intègre à une fuite en avant
politico-militaire propre et suscitée par les éléments profonds de la crise
pathologique qui frappe l’économie et la société américaine. Comparées aux
dépenses de la Russie de Poutine, qui atteignent 18 milliards de dollars, ou à
celles de l’Iran (4,5 milliards) ou encore à celle de la Chine (40 milliards,
même si ces statistiques sont moins fiables), les scores étatsuniens en la
matière dépassent tous les « espoirs » diffusés en 1989. Cette
année-là, en dollars constants, les Etats-Unis avaient un budget militaires de
450 milliards de dollars. Or, il était encore dopé par le « renouveau de
la guerre froide ». Pour 2008, les dépenses d’autres
puissances impérialistes telles que la France (41 milliards), le Japon (45
milliards), le Royaume-Uni (50 milliards) démontrent que, bien que gnomes en
comparaison des Etats-Unis, elles engagent des dépenses militaires bien
supérieures à ce qui est présenté comme une « nouvelle puissance
mondiale » : l’Inde. Son budget d’armement atteint 22
milliards ; il va certainement augmenter sous l’impulsion des Etats-Unis. On ne peut cesser de faire la
comparaison entre ces dépenses militaires et les exigences répétées (vainement)
de financement par des organisations internationales telles que l’OMS
(Organisation mondiale de la santé). Cette dernière estime à 25 milliards de
dollars les « investissements » à effectuer pour éradiquer la malaria
et les maladies analogues pour lesquelles une vaccination serait efficace,
ainsi que pour mener une véritable campagne contre l’extension du Sida. Pour
assurer une fourniture d’eau aux habitants de la planète, un programme de 15
milliards par an serait suffisant selon l’ONU. Comparez ces sommes à celles du budget
militaire de 623 milliards de dollars pour la seule année 2008 ; un
montant qui peut encore être augmenté selon les « évolutions en Irak et
internationalement ». Placée sous cet éclairage, la
description que nous livrons ci-dessous de la Zone Verte établie par les
Etats-Unis au centre Bagdad met encore plus en relief les traits forts de cette
occupation coloniale de l’Irak. Nous n’avons pas effectué une traduction de ce texte au sens strict du terme. Nous avons paraphrasé les bonnes feuilles du livre de Rajiv Chandrasekaran, intitulé Imperial Life in the Emerald City (Vie impériale dans la ville d’émeraude), produites par le quotidien anglais The Guardian du 19 février 2007. Au mois de mars 2007, les Editions Bloomsbury publieront cet ouvrage. Ces bonnes feuilles, éditées par The Guardian, décrivent, entre autres, la vie des occupants coloniaux dans la Zone Verte (Green Zone). Espérons que ce livre trouve vite un éditeur français. (Ed. À l'encontre) Alors que les Irakiens survivent
et se débattent dans le chaos de Bagdad, les Américains envoyés pour
reconstruire la nation vivent une existence de jeunes gens protégés, dans le
centre de la capitale, dans des villas luxueuses où vivaient les protégés du
dictateur Saddam Hussein. Ils le font avec à disposition des hot dog, de la
bière, etc. Nous résumons ici quelques
éléments fournis dans cet extrait du livre de Rajiv Chandrasekaran dont on peut
espérer qu’une traduction française sera faite prochainement. A la différence de partout
ailleurs à Bagdad, vous pouvez, dans la Zone Verte, dîner à la cafétéria qui se
trouve dans le Palais de la République et ne jamais manger un kebab d’agneau ou
du pain sans levain. Le Palais de Saddam était le siège de la CPA (Autorité
provisoire de la coalition), c’est-à-dire l’administration de l’occupant
impérialiste. La nourriture a toujours été américaine, avec un parfum du sud
des Etats-Unis. Le buffet de la cafétéria comporte tout ce qu’un Américain a
besoin pour une nourriture très riche en calories et extrêmement grasse. Vous ne trouverez aucune des
tomates excellentes ou des concombres cultivés en Irak et qui composent la
salade servie dans un bar irakien. Le gouvernement étasunien a émis une
réglementation qui impose que toute chose, même l’eau dans laquelle les hot dog
cuisent, soit envoyée par bateau sous contrôle de firmes d’autres nations,
enregistrées par l’administration. Le lait et le pain étaient envoyés par
camions depuis le Koweït au même titre que les carottes ou les petits pois en
boîte. Les céréales pour le petit-déjeuner arrivaient par avion depuis les
Etats-Unis. Une fois les Américains là, des
ingénieurs ont reçu l’ordre de transformer le palais de Saddam en centre
opérationnel pour l’occupation américaine. C’est la firme Halliburton – dont
les liens avec le vice-président Dick Cheney sont aujourd’hui connus de tout le
monde – qui obtint le contrat de gestion de l’ensemble du palace. Sept jours
par semaine les Américains mangent sous les chandeliers de cristal de Saddam,
car la grande salle de réunion du dictateur pendu a été transformée en cantine.
Une peinture murale orne une des entrées : elle représente le World Trade
Center. Sur cette peinture, chaque corps de l’armée américaine, l’infanterie,
les forces aériennes, les forces navales, a droit à son emblème. Il y a aussi
les emblèmes de la police de New York et des pompiers au sommet des tours
représentées avec le slogan : « Remercions Dieu pour les forces de
la coalition et pour les combattants de la liberté à la maison [les
Etats-Unis] et à l’étranger. » A l’une des trois entrées se
trouvait un panneau avec les inscriptions suivantes : « études
bibliques, mercredi à 19h » ; « ressentez-vous un stress ?
venez nous rendre visite à la clinique combattant le stress » ; « caméra
perdue, récompense offerte ». Dans la cantine règne une sorte de
séparation d’ordre tribal, à peu près comme dans celle d’un collège. Les aides
irakiens restent de leur côté, les soldats et les mercenaires se retrouvent en
groupe séparé. Au même titre que ceux de la coalition des volontaires :
les Britanniques, les Australiens, les Polonais, les Espagnols et les Italiens.
Les civils américains qui
travaillaient pour le gouvernement des occupants avaient leur propre
organisation en cliques : les représentants politiques de haut niveau ;
les fraîchement sortis de l’université ; les vieux chevronnés arrivés les
premières semaines de l’occupation. Lors des conversations à table, un
protocole non explicite était observé. Il était toujours adéquat de rendre
hommage à « la mission », c’est-à-dire la campagne de
l’administration Bush pour transformer l’Irak en une démocratie pacifique moderne et séculière, qui conviendrait à
chacun, quelle que soit l’ethnie ou la confession à laquelle il appartient. Les
tirades sur la façon dont Saddam avait ruiné le pays et les descriptions sur
comment on allait le ressusciter étaient aussi les bienvenues. Mais, à moins
que vous connaissiez véritablement et véritablement bien quelqu’un, vous ne
vous risquiez jamais de remettre en question la politique américaine à
l’occasion d’un repas. Par contre, si vous aviez une réclamation à faire à
propos de la gestion de la cafétéria, il fallait rencontrer Michael Cole. Il
était l’homme de liaison des services de Halliburton et pouvait vous expliquer
pourquoi la salade n’était pas un produit irakien et pourquoi le porc
continuait à apparaître à tous les menus. Cole, qui avait 22 ans, qui était
sorti du College, avait été le jeune aide secrétaire d’un membre républicain du
Congrès venant de Virginie. Col fut contacté par Halliburton
et sa mission pouvait se résumer ainsi : maintenir l’air dans la bulle
afin d’assurer que les Américains qui avaient quitté la maison afin de
travailler pour l’administration de l’occupant se sentent à l’aise. La
nourriture faisait partie de cela. Mais, de même, les films, les matelas ou le
service de blanchisserie. D’avril 2003 à juin 2004, la CPA
dirigea le gouvernement irakien. Elle édicta des lois, imprima de la monnaie,
collecta des impôts, déploya des forces de police et dépensa les revenus issus
du pétrole. A son plus haut point, la CPA comptait plus de 1 500 employés
à Bagdad, la majorité Américains. Elle était dirigée par le vice-roi américain
Lewis Paul Bremer III qui portait toujours un costume bleu et des bottes
de combat. Même durant l’été lorsque les Irakiens succombaient à la chaleur. Bremmer était entouré de gardes du
corps lourdement armés, où qu’il aille, même dans les toilettes du palace. Ce
palace qui était le Versailles de Saddam sur le fleuve Tigre. Tout ce qui pouvait être
sous-traité l’était. Par exemple, le travail de mettre en place des conseils de
gestion des villes a été sous-traité à une firme de Caroline du Nord pour la
somme de 236 millions de dollars. Le job consistant à garder le vice-roi était
attribué à des gardes privés dont chacun touchait 1 000 dollars par jour.
Pour ce qui a trait à la gestion du palace : cuisines, changer les
ampoules, blanchisserie, etc., Halliburton a reçu des millions de dollars. La Zone Verte a la petite Amérique
(Little America) de Bagdad. Tous ceux qui travaillaient là vivaient là, soit
dans des camions roulottes, soit dans l’hôtel Al Rachid. Des centaines
d’employés de firmes privées, y compris Bechtel, General Electric et
Halliburton, devaient loger dans des roulottes au même titre que des légions de
gardes privés ayant pour contrat de surveiller ces derniers. Les seuls Irakiens
qui pouvaient pénétrer dans la Zone Verte étaient ceux qui travaillaient pour
les Américains ou ceux qui pouvaient fournir la preuve qu’ils y résidaient avant
la guerre. Saddam avait entouré cette région d’un petit mur de briques. Il n’y
avait que trois points d’entrée. La seule chose que les militaires devaient
faire était de placer des tanks à chaque entrée. Les Américains qui tournaient dans
cette région en 4x4 (GMC Suburbans) respectaient les vitesses imposées par la
CPA. Lorsqu’ils circulaient, la climatisation était à son maximum et ils se
mettaient sur la bande FM 107.7, Freedom Radio, une station américaine qui
passait de la musique classique… rock et des messages répétitifs. Toutes les
deux semaines, les véhicules étaient nettoyés dans un centre de lavage géré par
Halliburton. Des navettes circulaient à
intervalle de 20 minutes dans toute la Zone Verte s’arrêtant devant des cabines
en bois, afin de transporter ceux qui ne disposaient pas de voiture et ne
voulaient pas marcher. Le courrier était distribué tous les jours. Un système
de générateurs assurait l’électricité en permanence. Si les plats servis à la
cafétéria ne vous plaisaient pas, vous pouviez trouver des restaurants chinois
avec des plats à emporter. La firme de nettoyage chimique Halliburton, en trois
jours, enlevait de votre uniforme kaki la sueur et la poussière. Une affichette
indiquait qu’il fallait enlever la munition des poches avant de remettre les
habits. Les lois et les traditions
irakiennes ne s’appliquaient pas au sein de la Zone Verte. Des femmes faisaient
du jogging en short et en tee-shirt. Un magasin d’alcool vendait de la bière,
du vin et des alcools forts importés. Des jeunes hommes vendant des DVD près du
parking du palace avaient une parole secrète : « Monsieur, vous
voulez du porno ? » La majorité du staff de la CPA
n’avait jamais travaillé en dehors des Etats-Unis. Plus de la moitié, selon des
estimations, avait obtenu leur premier passeport pour voyager en Irak. S’ils
voulaient survivre à Bagdad, ils avaient besoin de la même bulle protectrice
que les compagnies pétrolières américaines ont construite en Arabie Saoudite,
au Nigeria ou en Indonésie. Mark Schroeder me disait lorsque
nous étions un après-midi au bord d’une piscine, buvant une bouteille d’eau,
dans les Emirats arabes unis « Je le ressens comme une Petite
Amérique », faisant allusion à la Zone Verte. Schroeder, qui
travaillait pour un membre du Congrès républicain à Washington, avait 24 ans
lorsqu’il a entendu que la CPA avait besoin de plus d’employés. Il a envoyé son
CV (curriculum vitae) au Pentagone. Quelques mois après, il se trouvait dans le
Palace de la République. Mark Schroeder jouait le rôle d’un
un analyste important dans un service spécialisé. Il effectuait des synthèses
pour des rapports hebdomadaires remis à Bremer, avec des graphiques et des
courbes qui démontraient les progrès accomplis par la CPA dans des secteurs
décisifs. Schroeder vivait dans une caravane avec trois autres collègues et
mangeait régulièrement dans la cantine. Dans les deux mois et demi après
être arrivé à Bagdad, il n’avait quitté la Zone Verte qu’une seule fois ;
et cela pour aller à Camp Victory, le quartier général étatsunien, près de
l’aéroport. Lorsqu’il avait besoin d’acheter
quelque chose, il se rendait au PX (le supermarché de l’armée) situé près du
Palais. Là, il pouvait acheter des Fritos, des Cheetos, des Dr Pepper, des
protéines en poudre, etc. S’il n’y trouvait pas ce qu’il voulait, il ,pouvait
se rendre dans le bazar de la zone verte, une allée piétonnière avec quelque 70
magasins tenus par des Irakiens vivant dans la zone verte. Ce bazar avait été construit afin
que les Américains ne doivent pas quitter la Zone verte lorsqu’ils veulent
acheter des babioles ou des divers articles. Divers magasins vendent des
téléphones mobiles, des DVD. D’autres sont spécialisés dans des produits
irakiens : des anciens uniformes de l’armée, des billets de banques avec
le portrait de Saddam, des drapeaux irakiens avec l’inscription « Dieu
est grand », avec la calligraphie de Saddam. Mon magasin préféré était
le JJ Store, une boutique pour photos,
du type de celle que l’on trouve à Disneyland, avec imitation du Far
West : vous pouviez vous faire photographier avec une djellaba et un
turban. La Zone Verte assure aussi les
loisirs. La CPA a un « officier pour le moral » qui organise des
leçons de salsa, de cours de yoga, passe des films. Vous trouviez aussi des
salles de musculation et de fitness, avec un appareillage similaire à ce qu’il
y a de mieux aux Etats-Unis… De l’intérieur de la Zone Verte,
le Bagdad réel – les points de contrôle, les bâtiments détruits par les bombes,
les embouteillages – aurait pu être dans un autre monde…La fumée âcre d’une
voiture ayant explosé ne remplissait par l’air. La misère subsaharienne,
l’univers sans loi ni ordre qui s’est emparé d’une des plus anciennes villes du
monde se déployaient autour du mur ; mais à l’intérieur dominait la
stérilité d’un département des Etats-Unis. [Après avoir assisté à l’explosion
d’une voiture piégée et vu des dizaines de cadavres déposés devant la morgue,
pourrissant au soleil, l’auteur] rencontra un groupe de membres de la CPA dans
la Zone Verte. Personne ne fit mention des explosions… J’ai demandé s’ils
étaient au courant de ce qui se passait ? Savaient-ils que des dizaines de
personnes étaient mortes. « Oui. J’ai vu quelque chose à ce sujet à la
télévision » m’a répondu un homme à ma droite. « Mais je n’ai
pas regardé tout le reportage. J’étais trop occupé à travailler pour mon projet
démocratique. » Source : www.mondialisation.ca/index.php?context=viewArticle&code=CHA20070222&articleId=4896 |
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