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Grèce : seismes précurseurs
Carnet de notes d'un anthropologue en Grèce Panagiotis GRIGORIOU mondialisation.ca 26 janvier 2012 Un jour de mai 2010, le Fond Monétaire International, l'œil de l'Union Européenne et la Banque centrale Européenne ont fait irruption dans notre vie quotidienne. La Troïka et les "Troïkans" modifient nos existences et nos comportements. Il y a un avant et un après. Comme lors d'une entrée en guerre ou d'une occupation. Un vent mauvais, un poison ambiant, une mise à mort de nos petites et grandes habitudes une mutation collective rapide, suspendue à la perte de nos repères. Désormais on plonge, y compris dans les quartiers chics ... dans les poubelles .... Ces derniers jours Santorin tremble. Une vingtaine de secousses de faible
intensité certes, depuis hier, ainsi les habitants se disent inquiets. On
rapporte que par endroits, la mer devient rouge, signes que le volcan en face
dans la baie, se réveille. Les scientifiques aux centres de recherche athéniens
se disent rassurants, mais qui les écoute vraiment ? Papandréou, Papadémos, et bien d'autres, nous rassurent depuis deux ans. Les tenants de la zone euro en font de même, sommet après sommet. Bruxelles, Paris, Cannes et Berlin. Qui peut encore croire ? Les dépêches incessantes sur les négociations sur la dette nous fatiguent de plus en plus. Et toutes les autres nouvelles annoncent des catastrophes. L'hypoglycémie du bonheur devenant chronique, nous rend alors nerveux ou amorphes. Même la plus forte éruption solaire depuis 2005 de ce mardi est commentée comme il se doit, dans le bus : «Qu'elle brûle tout sur terre, il y' en a marre...». Mais entre
temps, certains travaillent encore, payés ou pas, se demandant si ils arriveront
au travail sains et saufs. Le système automatisé d'aiguillage, de notre seule
ligne de RER n'a pas attendu le soleil pour se désintégrer. Les derniers
cheminots sur place, ont reçu l'ordre de leur direction d'évacuer les lieux.
Retour à l'ancien système, aiguillage manuel, crayons et petits bouts de papier.
Trois incidents cette dernière semaine, ont fini par emporter notre dernier
modernisme en la matière. Le déraillement d'une rame à la gare de
Métamorphosis ne s'est pas … métamorphosé en accident seulement grâce au
sang froid du machiniste. Manque de moyens, manque de personnel, vols à
répétition sur le cuivre du réseau ferré et voilà comment, un investissement qui
a coûté 20 millions d'euros au contribuable grec et …. euro-unionnais se perd,
au détriment des tous. Selon le reportage du journal To Vima (www.tovima.gr),
ce système automatisé d'aiguillage comportait également une autre faille, et
ceci dès le départ. Lors de certains travaux effectués par Alstom, un câble –
fibre de très haute technologie posé par Siemens et lié au télécommandent, a été
percé par erreur, il y a un moment déjà. La société Alstom a proposé sa
réparation, mais Siemens a refusé catégoriquement toute intervention sur ses
acquis technologiques, menaçant même de poursuites. La vraie réparation n'a
jamais eu lieu, contribuant ainsi à la vulnérabilité du système. Tout vient de
loin nous semble-t-il, car on vient d'apprendre que «Alstom figure mardi
après-midi parmi les plus fortes baisses du CAC 40, chutant de 4,5% à 28,3 euros
dans le sillage de son concurrent allemand Siemens, dont le titre cède plus de
3% à 75,9 euros à Francfort» (www.tradingsat.com/actu-bourse-214256-ALO.html). En
France, avant que «la politique européenne de la France, fondée plus que
jamais sur l'axe franco-allemand mais renégociée, à entendre François Hollande,
[n'] ouvrira une nouvelle
page» (Philippe Bilger, www.marianne2.fr/Francois-Hollande-operation-Bourget-reussie_a214830.html
– 23/01/2012), il conviendrait de faire un petit tour du côté des câblages à
l'automatisation du RER athénien, et de ses … désaxés franco-allemands. C'est
bien connu. Tout système devient tôt ou tard vulnérable. Notre Acropole a en a
vu tellement, sous ses remparts. Là justement, où un vieux monsieur handicapé
fait la manche, recroquevillée dans son fauteuil roulant et dans l'indifférence.
Cette dernière aussi en effet, tend à devenir systémique. Au marché central de
la ville, entre volaille, poisson et autres têtes d'agneau vendues cinq euros
les quatre, il y a deux restaurants bon marche, ouverts 24h sur 24, et en plus,
excellents. «Non monsieur, notre chiffre d'affaires n'est pas en baisse car
nous servons de la qualité populaire comme toujours, établissement existe ici
depuis 1898. Seulement voilà … nous servons de plus en plus de repas gratuits à
ceux qui viennent et qui ont faim. Ne pensez pas aux clochards, non, ce sont des
gens comme vous et moi, dignes mais affamés … nous n'avons pas le droit de ne
rien faire, nous vivons tous une catastrophe», explique le patron du
restaurant. Dans toute
agglomération, nous voyons se multiplier ces ombres humaines, les pousse-caddies
de l'après consommation, caddies pleins d'un amas hétéroclite dans la
récupération. Chaque dimanche surtout; ce qui n'est pas vendu au recyclage est
proposé, tantôt au centre ville, tantôt à la périphérie, voire sur le Pirée. Une
économie de la crise émerge davantage, cohabitant encore avec le temps des
soldes. Souvent, la marchandise est volée et de temps à autre, la police
intervient comme dans un laboratoire. Un échantillon alors suffit.Sur la place
de la Constitution sans indignés, les correspondants de la presse posent leurs
cameras et laissent couler le temps. Tout comme ce nouveau mendiant, devant le
passage piéton. À l'intérieur de la station centrale du métro, sous la même
place, on a installé des stands temporaires où des producteurs locaux vendent
comme ils peuvent, faisant la promotion directe de leur denrées de qualité.
Parmi les passants, certains goûtent sans acheter, d'autres en achètent
heureusement. «La situation est difficile désormais pour nous, nous sommes
présents ici, pour nous faire connaître durant ces quatre jours, mais
pratiquement la moitié de notre gain ira à la location des stands», souligne
une dame, représentant Gardiki et sa coopérative féminine, une localité
montagnarde de la région de Trikala au centre du pays. Préoccupé par la
situation mais souriant, un poly-producteur de Leros, nous fait voyager sur son
île, rien que par le goût, car nous ne pouvons plus lui rendre visite sur
l'archipel si facilement. Il le sait. Les nouvelles normes euro-maritimes sur la
teneur en souffre du gasoil des navires, risque d'apporter le coup de grâce à
nos lignes Égéennes. Pour une fois, tout le monde semble tomber d'accord avec
les armateurs. D'autres encore, ironisent sur nos … pauvres armateurs, mais de
toute façon, les soucis sont bien réels. Les paquebots rapides, genre F/B Nissos
Mykonos, ont été remplacés par des navires plus lents et vieux. En arrière
toute. De surcroit, notre pétrole vient en bonne partie d'Iran, et l'embargo sur
ce pays n'arrangera pas nos affaires économiques, bientôt le SP 95 sera à deux
euros, préviennent les professionnels de la branche, pompistes en tête, ce matin
à travers la presse.
Simitis, le
Premier Ministre (P.S.) de l'euro, du banquier Papadémos, de The Goldman
Sachs Group, Inc. et du scandale Siemens (ces millions d'euros, versés par
la compagnie à ses ministres et autres serviteurs de la politique grecque), eh
bien, cet homme, vient de déclarer depuis Berlin que le Mémorandum fut … une
erreur politique fatale. Invité lors d'un colloque à la fondation Heinrich
Boll, tout comme Daniel Cohn-Bendit, Simitis s'est fait huer comme toujours
désormais, à chaque déplacement de sa caste dirigeante. «Traitres, votre
heure arrive» peut-on lire sur la pancarte accompagnant une potence, apparue
il y a quelques récemment à Gerakas, dans la banlieue
d'Athènes. En
effet la décomposition chez les politiques est en cours. Anna Diamantopoulou,
depuis son Ministère d'ex-Education Nationale, souhaite «transformation du
cabinet Papadémos en gouvernement de salut national, sans date de
péremption». Au même moment presque, Maria Alifrangi, enseignante du
Primaire titulaire, vient de déposer sa lettre de démission, la rendant publique
à travers internet (www.kafeneio.gr). «Je ne veux plus servir un
gouvernement et un régime de traitres qui assassinent notre peuple. Mon mari a
été ainsi assassiné par ces gouvernants, il est au chômage».Chrysochoidis, ministre P.S. parmi les papandroides, déclare à la
presse qu'il n'a pas lu le Mémorandum … car il n'a pas eu le temps, mais il l'a
tout de même approuvé au «Parlement». Loverdos, autre ministre
serviteur de la Troïka, se dit inquiet, car on commence à divulguer des
informations sur la famille Papandréou, les tenants et les
aboutissants, les entreprises du
frère Nikos (frère de Georges Papandréou), de l'enrichissement présumé du clan
Papandréou, supposé lié à sa haute trahison, c'est à dire surtout, la
machination qui a emmené le FMI en Grèce. «Si on
touche à Papandréou, je crains alors qu'il y aura un vrai massacre à travers la
Grèce» (www.mega.gr).
On prétend
alors depuis deux heures que Georges Papandreou, depuis le Costa Rica où il se
trouve dans le cadre institutionnel de l'internationale «socialiste» (sorte
d'ONG semble-t-il, bien financée), se dit aussi ignorant du Mémorandum car
«étant alors premier Ministre, [il n'a] pas eu le temps de lire le
Mémorandum non plus» (www.pitsirikos.net), un comble si c'est vrai. Mais nous
ne sommes plus à notre premier … comble. Nos jeunes comédiens exercent leurs
talents dans la rue, et nos vieux politiciens à la Vouli, le «Parlement».
Seulement quelqu'un a voulu rayer de notre topographie symbolique, la rue du
Parlement, utilisant un spray rouge. Rouge, comme la mer à proximité du volcan
de Santorin. Séismes précurseurs ? |
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