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Etats-Unis
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Aux Etats-Unis,
la peine de mort est en sursis Colette BERTHES Le Grand Soir 6 avril 2010 Hank Skinner, un procès plus que douteux Hank Skinner, probablement innocent du meurtre de trois personnes – sa compagne et ses deux fils – aurait dû être exécuté le 24 février 2010, à Hunstville, Texas. Il a reçu un sursis de la Cour Suprême une heure à peine avant son exécution. Actuellement, la Cour réfléchit pour savoir si elle instruira ou non son dossier. Depuis son procès, des témoins à charge sur qui la police avait fait pression, se sont rétractés ; des témoins à décharge n’ont jamais été entendus par le tribunal. Des tests ADN partiels conduits à la demande du professeur de journalisme David Protess (qui avec ses étudiants rouvre des enquêtes douteuses) ont montré que les cheveux trouvés entre les doigts de la victime n’appartenaient pas à Hank. Par ailleurs, Hank Skinner avait, avant son arrestation, des démêlés avec le shérif local car il défendait les droits des prisonniers du Comté et dénonçait la façon dont ils étaient traités par les autorités. Ses avocats actuels demandent, depuis des années, que toutes les pièces à conviction leur soient données afin de faire conduire des tests ADN qui l’innocenteraient. Jusqu’à présent l’avocat général de Gray County a toujours refusé. Malgré tous les doutes, toutes les irrégularités, Hank Skinner risque toujours l’exécution. Quelques chiffres pour commencer…En ce début 2010, quelques 3 300 condamnés à mort, femmes et hommes, attendent leur exécution dans les couloirs de la mort des Etats-Unis, certains depuis vingt ans ou plus. Ils passent en moyenne dix ans dans les couloirs avant d’être exécutés. Au 1er janvier 2010, 1 188 condamnés avaient été exécutés depuis 1976, date de la reprise des exécutions après un moratoire de plusieurs années décrété par la Cour Suprême. Le Texas à lui seul en a exécuté 447 ! Depuis 1973, 139 de ces condamnés à mort ont été reconnus innocents et libérés, des centaines d’autres ont vu leur peine cassée et ont été condamnés à la prison à vie grâce à l’action d’avocats, d’enquêteurs, de journalistes, de comités de soutien, de bénévoles souvent réunis dans des Projets Innocence (qui agissent aussi auprès de condamnés à des peines diverses). La pauvreté et l’ignorance mènent au Couloir Au-delà de ces chiffres, impressionnants et terribles, il y a des hommes et des femmes dont le profil est presque toujours le même : milieu modeste ou pauvre, voire misérable, familles disloquées, violences familiales, viols et/ou prostitution, scolarité tôt arrêtée, etc. Et derrière ces chiffres, il y a aussi les addictions aux drogues, l’alcool, les armes si faciles à acquérir ou à voler et la violence inouïe de la société américaine. Une société qui criminalise la misère et les pauvres, où le tout répressif remplace le social – tolérance zéro, qui préconise la punition de tout acte délictueux même minime et ce, quel que soit l’âge, « théorie du carreau cassé » qui veut que la répression des petits délits empêche les crimes, travail forcé (chaînes aux pieds dans certains Etats), augmentation des effectifs de police et du nombre de prisons très souvent privées, etc. Les américains aiment de moins en moins les exécutions Pourtant tous les observateurs américains le constatent : la peine de mort recule peu à peu aux Etats-Unis. En 2009, seulement 52 exécutions ont eu lieu contre le double il y a dix ans et dans 11 Etats seulement alors que 35 l’ont dans leur législation. Le nombre des condamnations à mort est au plus bas depuis 1976 : 106 en 2009 contre 324 il y a 15 ans. Récemment deux nouveaux Etats ont aboli la peine de mort, le New Jersey et le Nouveau Mexique, portant à quinze le nombre des Etats sans peine de mort. Parmi les 35 qui peuvent la pratiquer, plusieurs n’ont pas exécuté depuis des années. Alors la population et les hommes (et femmes) politiques US se sont-ils convertis majoritairement à l’abolition ??? Pas vraiment. La population est encore très pro peine de mort, surtout dans les Etats du sud et de l’ouest et le fait que la police elle-même déclare, sur son site, que cette peine est classée dans les dernières causes qui peuvent faire baisser la criminalité ne fait pas bouger l’opinion de ceux qui la défendent. Mais les actions des divers comités, avocats abolitionnistes, Defense Project commencent à porter leurs fruits : enquêtes bâclées par la police mises à jour, procès iniques, condamnés mal défendus par des avocats nommés d’office incompétents ou surchargés d’affaires, racisme, témoins « achetés », etc. et surtout l’utilisation des tests ADN… quand ils sont possibles, que la police n’a pas détruit les preuves ou qu’elle consent à les fournir . Les diverses erreurs judiciaires largement médiatisées influent sur la frange la moins dure des pro peine de mort et donne du courage aux militants abolitionnistes, plus nombreux, plus visibles et mieux écoutés. La crise est abolitionniste ! Cela ne suffirait pas à faire reculer la peine de mort au niveau des Etats ni de ses défenseurs les plus acharnés, mais il y a la crise ! Et si elle se poursuit ou s’aggrave, la peine de mort risque bien de disparaître ! Condamner à mort coûte suivant les Etats de 3 à 5 fois plus cher que condamner à la prison à vie : procès plus longs, plus chers, nombreux appels, couloirs de la mort ultra sécurisés, gardiens plus nombreux, etc. Ainsi la Californie dépense chaque année quelques 137 millions de dollars pour ses 690 condamnés à mort ! Les élus et les contribuables renâclent de plus en plus devant ces dépenses ! Quant au président Obama, s’il s’est déclaré pour la peine de mort, il a aussi œuvré en tant que sénateur de l’Illinois à faire promulguer des lois qui encadrent sévèrement la condamnation à cette peine et qui rendent très difficiles une exécution. Il a par ailleurs nommé un abolitionniste au Ministère de la Justice, Eric Holder. Alors la peine de mort US bientôt au musée ??? Pas tout de suite, mais ça vient…Heureusement il restera longtemps (toujours ???) un Etat différent, celui à « l’étoile solitaire » pour qui les abolitionnistes, ceux qui les soutiennent et la plupart des citoyens des Etats du nord et d’Europe sont de dangereux libéraux, voire des révolutionnaires, voire des communistes… le Texas où 88 % environ de la population est pour la peine de mort… La loi du talion a encore quelques beaux jours devant elle. Colette
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