![]() |
||||||||||||
| Retour page d'accueil |
Afrique
|
|||||||||||
|
Congo : conflit interne ou intervention étrangère ?
Tonny Busselen 17 novembre 2008 Solidaire, source : http://www.michelcollon.com La guerre dans l’est
du Congo fait rage. Intervention rwandaise, dit Kinshasa. Problèmes internes
congolais rétorque Kigali. Pourquoi cette guerre ? Pourquoi
maintenant ? Laurent Nkunda, un rebelle ? Quels intérêts défendent
les protagonistes ? Va-t-on vers une nouvelle guerre régionale ? En
attendant ce sont les civils qui trinquent. Depuis que les
troupes du seigneur de guerre Laurent Nkunda ont relancé la guerre le 28 août,
250 000 civils ont été chassés de leurs maisons. Le 28 octobre, les
nkundistes ont lancé une offensive à partir de la région de Virunga et depuis
le camp de réfugiés à Mugunga. La MONUC (la force de l’ONU au Congo, ndlr) a
reconnu que cette opération a provoqué en une journée le déplacement de
45 000 personnes. Une partie vers Goma au sud et une autre partie à Rutshuru
et Kiwanja au nord. Les nkundistes ont
utilisé ces flots de réfugiés comme bouclier humain pour se rapprocher de Goma
et occuper le centre de Rutshuru et la ville de Kiwanja. Les 30 000
habitants de Kiwanja ont été les témoins de l’arrivée des troupes de Nkunda.
Des villageois contactés par téléphone témoignent que le noyau dur des forces
nkundistes sont des soldats et des mercenaires rwandais et étrangers bien
équipés, qui peu après la conquête de la ville ont continué leur avancée
laissant derrière eux des soldats de Nkunda même. Des jeunes du village ont
voulu se défendre et se sont attaqué aux nkundistes avec des armes prises au
bureau de la police locale. Mais les casques bleus casernés à Kiwanja auraient
dispersé les jeunes laissant libre cours aux exactions des nkundistes. À Kiwanja vivent de
nombreux membres de l’ethnie commerçante des Banande, installés dans la région
depuis une génération ou plus longtemps. Ils sont originaires de la région de
Butembo au Nord. Ils ont été la cible privilégiée des obus des nkundistes. Le
seul hôtel du village, l'hôtel Grefamu, propriété d'une famille de l’ethnie des
Nande, a été détruit avec ses occupants. Cinq milles personnes ont alors trouvé
refuge auprès des casques bleus et 15 000 dans la paroisse du village.
D'autres se sont enfuis dans la forêt. Un premier bilan du massacre fait état
de 217 cadavres comptés à l'hôpital, mais personne ne peut estimer pour le
moment la réelle ampleur de ce massacre. Des témoins rapportent que le 13 novembre,
les gens rentrant chez eux retrouvent au fur et à mesure des cadavres
dissimulés à la vue des journalistes. Presque toutes les
familles Banande qui ont pu échapper au massacre se sont enfuies vers leur
région d’origine de Butembo. Mais les Banyabwisha (Hutus congolais) qui vivent
ici depuis toujours, n'ont nulle part où aller. Les nkundistes les ont
rassemblés de force sous les yeux de la MONUC et des caméras de la presse
internationale au stade local pour les faire chanter « la gloire du CNDP » (le
mouvement de Laurent Nkunda, ndlr). Laurent Nkunda, le
pion du Rwanda Laurent Nkunda est un
Tutsi congolais engagé dans l'armée de Paul Kagame (actuel président du Rwanda,
ndlr) en 1994 dans sa lutte contre les génocidaires Hutus. En 1998, il rejoint
au Congo la « rébellion » pro-rwandaise, le RCD (Rassemblement congolais pour
la démocratie, ndlr), comme officier. Il a commis plusieurs crimes de guerre,
entre autres en mai 2002 à Kisangani et en juin 2004 à Bukavu. Il a ensuite été
intégré dans l'armée congolaise, selon les accords appliqués à partir de 2003.
Mais, en 2004, il entreprend une mutinerie contre le gouvernement congolais. Le
Rwanda nie appuyer Nkunda. Pourtant de nombreuses preuves, confirmées par des
journalistes, par l’organisation américaine de défense des droits de l’homme,
Human Rights Watch, et le Ministre des affaires étrangères burundais
contredisent Kigali. Laurent Nkunda est financé par des hommes d'affaires
proche de Paul Kagame telle que les frères Alexis et Modeste Makabuza et
l'homme le plus riche du Rwanda, Tribert Rujugiro. Il est approvisionné en
hommes et en matériel par l'armée rwandaise à travers l'Ouganda, allié du
Rwanda durant la guerre d'agression contre le Congo en 1998-2003. L'Ouganda a
d'ailleurs menacé, récemment encore, de relancer la guerre à cause d'un
différent sur l'exploitation du pétrole au lac Albert. L'intervention du
Rwanda et de l'Ouganda sont en contradiction avec la chartre de l'ONU et les
règles des relations internationales qui demandent un respect de la
souveraineté et de l'intégrité territoriale de chaque pays membre de l'ONU. Le
Rwanda et l'Ouganda sont les alliés préférés des États-Unis et de la
Grande-Bretagne dans la région. La République
Démocratique du Congo et la SADC Lors des élections,
la majorité des Congolais a voté pour Joseph Kabila, l'actuel président.
L'armée congolaise est « en construction » depuis 2003, selon un
système de brassage des différentes milices qui se sont battues pendant la
guerre de 1998-2003. Ce brassage a été imposé par l'Occident et fait que
l'armée congolaise reste affaiblie par la division et la corruption. Depuis
1997, sous Laurent Kabila, père de l'actuel président, le Congo est devenu
membre de la SADC (Communauté de développement d’Afrique australe). La SADC est
l’un des organes de coopération régionale les plus importants d’Afrique. Parmi
ses membres : l’Angola, le Zimbabwe, le Mozambique et l’Afrique du Sud. Les
membres de la SADC ont un accord d'entre aide en cas d'agression d'un de leurs
membres. Ce qui rend une intervention de troupes des pays membres de la SADC à
côté de l'armée congolaise parfaitement légale et justifiée. Dire qu'avec une
telle intervention, le conflit deviendrait une guerre internationale, n'est pas
juste puisque c'est le Rwanda qui a agressé le Congo. Les richesses locales
du Kivu permettent aux milices, au Rwanda et à l'Ouganda de financer
l'instabilité et l'agression qui plongent des millions de Congolais dans
l’insécurité. Cette situation n'est possible que grâce à la complicité tacite
de la MONUC, des États-Unis et des états membres de l'Union européenne. La question clé pour
comprendre cette guerre est la suivante : d'où vient cette attitude
complaisante des États-Unis vis-à-vis de l'agression du Rwanda et de l'Ouganda
ainsi que l'hostilité de certains hommes politiques belges comme Karel De
Gucht, ministre des Affaires étrangères, envers le gouvernement congolais ? La
réponse est claire. Le gouvernement congolais et le président Joseph Kabila
sont en contradiction avec les intérêts des multinationales et des
gouvernements américains et européens. Il y a trois points de discorde. Le Congo est beaucoup
trop important pour les multinationales, pour le laisser se développer en
dehors d'une tutelle occidentale. Les Etats-Unis et l’Europe n’acceptent pas
que Joseph Kabila ait constitué un gouvernement sur base d'une majorité
parlementaire sans représentant des anciens rebelles pro-rwandais et pro-ougandais.
Or Américains et Européens avaient voulu un gouvernement plus hybride, composé
de diverses forces opposées les unes aux autres au sein desquelles les diverses
grandes puissances pourraient recruter leurs pions. La signature d'un
contrat avec la Chine sur l'échange d'infrastructures contre du cuivre et du
cobalt pour un total de 9 milliards de dollars a été très mal accueillie par
les multinationales et les gouvernements américains et européens. Il s'agit
d'un tremblement de terre dans ce qui était jusque-là la chasse gardée de
l'Occident. Le gouvernement
congolais a décidé de revoir les termes des 60 contrats miniers les plus
importants. Inacceptable pour les multinationales occidentales. L'état
congolais fait face à la plus grande multinationale active dans le secteur du
cuivre : Freeport McMoran. Selon le gouvernement congolais, Freeport a
obtenu indûment la majorité des actions dans la société minière congolaise
Tenke Fungurume. D’obscures machinations ont réduit les parts de la société
congolaise Gécamines de 48 à 14 %. Kinshasa donne le choix :annuler ou
revoir le contrat. Un blasphème dans l'église du néo-colonialisme. Comment en finir avec
les génocidaires rwandais ? Sur base de l'idéologie
raciste des colonisateurs, l'idéologie ethno-raciste a été créée au Rwanda
pendant la colonisation en encourageant et en développant des conceptions et
des pratiques discriminatoires qui existaient dans la culture pré-coloniale.
Ensuite ces idées ont été exportées au Congo après son indépendance. C'est une idéologie
qui, depuis 1959, a rendu possible des massacres de civils Tutsis au nom de
l'autodéfense des Hutus et des massacres de civils Hutus au nom de
l'autodéfense des Tutsis. Cette idéologie génocidaire a été employée dans les
années 90 par les États-Unis et la France pour mener une guerre, par forces
africaines interposées, pour le contrôle de l'Afrique centrale. Washington
s'appuyait sur les Forces Patriotique Rwandaises (FPR) de Paul Kagame (actuel
président du Rwanda, ndlr) et la France appuyait l'armée de l’ancien président
rwandais Habyarimana et les milices Interahamwe responsables du génocide en
1994. En deux décennies,
cette guerre par Africains interposés entre la France et les États-Unis a coûté
la vie à plus de 6 millions d'Africains au Rwanda, au Burundi et au Congo. Sous
la direction du président du Rwanda, Paul Kagame, le FPR est devenu l'allié
principale de l'impérialisme américain dans la région. La haine raciste
entre Tutsis et Hutus forme la base du pouvoir de Paul Kagame. Comment peut-il
prétendre défendre les Tutsis en organisant le massacre de civils Hutus au
Rwanda et au Congo et en causant la mort de millions de Congolais ? Tant que les
Africains s'entre-tuent, ce ne sont que les intérêts des puissances
néo-coloniales qui sont servis. L'opposition démocratique rwandaise demande un
dialogue inter rwandais. Un tel dialogue peut isoler les extrémistes
propagateurs de l'idéologie raciste au sein des FDLR (Forces démocratiques de
libération du Rwanda, parmi lesquelles se trouvent des anciens génocidaires
hutus, ndlr) comme au sein du FPR de Paul Kagame. Les Rwandais seuls ne
pourront probablement pas réaliser ce dialogue et mettre fin au carnage. Ils
auront besoin de l'aide des forces nationalistes congolaises et africaines. Les
Européens démocrates et anti-coloniaux ont le devoir d'appuyer l'Afrique dans
cette réconciliation. Un programme pour la
paix Il faut exiger des
gouvernements belge, français, américain et britannique et de l'Union
Européenne : 1. Qu'ils condamnent
le gouvernement du Rwanda pour violation répétée de l'intégrité territoriale de
la République Démocratique du Congo (RDC) et pour violation des règles du droit
international en ce qui concerne les relations entre états souverains. 2. Qu'ils
reconnaissent et soutiennent le droit du gouvernement légitime du Congo de
défendre sa souveraineté et son intégrité territoriale, de renforcer son armée
et de faire appel à ses alliés. 3. Qu'ils
reconnaissent le droit du peuple rwandais à un dialogue de réconciliation
nationale. |
|||||||||||