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Histoire
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Fernand Loriot Communiste, le premier en France, dès 1917 Jean Jacques KARMAN octobre 2010 Pourquoi s’intéresser aujourd’hui à la vie militante de Fernand Loriot, mort à Paris le 12 octobre 1932 ? Pour plusieurs raisons : la première, c’est qu’il fut l’un des premiers, si ce n’est le premier communiste (marxiste) en France. Et qu’il prit une part des plus importantes de l’action pour la création du Parti communiste français SFIC (Section Française de l’Internationale Communiste) en 1919, 1920 et 1921. Il fut aussi le premier à dénoncer les idées sociales-démocrates qui persistaient à la direction de la SFIC. Puis il a refusé tous compromis avec le processus de stalinisation qui toucha le PCF à partir de 1924 après la mort de Lénine et il se retira du PCF fin 1926. Fernand Loriot avait un pseudonyme, comme beaucoup de révolutionnaires de l’époque, qui était Berthelin. Certains textes sont signés Berthelin, d’autres Loriot. Il est né le 10 octobre 1870 à Céton (Orme), il était de la génération de Rosa Luxemburg et sans l’avoir jamais rencontrée, leur marxisme était proche. Il l’a citée plusieurs fois dans ses écrits. Le nom de Fernand Loriot est inséparable du Bulletin Communiste comme du Comité de la 3° Internationale qui fut le noyau de la réelle naissance du Parti communiste en France. De profession instituteur (à Aubervilliers en 1900), il est l’un des dirigeants nationaux de son syndicat, puis secrétaire de la Fédération de l’enseignement de la CGT. Il intervient souvent dans les congrès de la CGT sur la base de positions révolutionnaires en s’opposant à la direction confédérale, en particulier au premier d’entre eux, le réformiste Léon Jouhaux, lui aussi un ancien d’Aubervilliers (voir son intervention au congrès de la CGT à Lyon en septembre 1919 où il appelle, en termes très marxistes, à la révolution prolétarienne). Son action au Syndicat des Instituteurs lui a valu plus d’une fois des « mesures administratives » et des déplacements. Dès le début de la guerre de 1914, dans la CGT, une minorité, dont Fernand Loriot, refuse le ralliement à l’Union sacrée qu'opère la majorité confédérale menée par Léon Jouhaux. Le 1er mai 1915, le journal de la Fédération des métaux publie un numéro spécial expliquant la guerre comme un conflit inter-impérialiste. En réponse, Léon Jouhaux convoque une conférence nationale des Fédérations et Unions de la CGT, qui se tient le 15 août 1915. La motion minoritaire dénonçant l'Union sacrée reçoit 27 voix dont celle de Fernand Loriot, contre 79 pour la motion majoritaire de Jouhaux. Mais cette minorité se divise entre plusieurs comités, le Comité pour la reprise des relations internationales dirigé par Fernand Loriot, le Comité de défense syndicale, les anarcho-syndicalistes, et le Comité de défense du socialisme international (très modéré). Parallèlement, Fernand Loriot est militant de la SFIO (Section française de l’Internationale ouvrière) c'est-à-dire du « Parti Socialiste » dont il est membre depuis 1901 (certains disent 1896). Il s'oppose dès 1915 à la participation du Parti Socialiste au gouvernement de guerre, alors que la direction du parti collabore avec celui-ci, y compris Marcel Cachin. Membre de la direction du Comité pour la reprise des relations internationales, il rédige avec Léon Trotsky une brochure Les socialistes de Zimmerwald et la guerre. Il est nommé secrétaire du Comité pour la reprise des relations internationales. En 1919, lors de la fondation du Comité de la 3° Internationale, il en devient le secrétaire. Aux côtés de ses camarades Merrheim et Bourderon, plus ferme qu’eux sur les principes marxistes, il est le leader de la lutte, qui aboutit à la fondation du Parti communiste en décembre 1920 à Tours, en passant par les étapes importantes des conférences internationales des socialistes internationalistes à Zimmerwald (Suisse) en septembre 1915 et à Khiental (1916), où il se rapproche des positions de Lénine. En mars 1917, il se rend en Suisse pour assister à une réunion internationale. Après le passage clandestin de la frontière, Loriot participe à Berne à la réunion au cours de laquelle les révolutionnaires russes décident des conditions de leur retour en Russie. Lénine avait déjà engagé des pourparlers avec les autorités allemandes à la suite du refus de passage des gouvernements de l'Entente. Finalement, un protocole fixant les conditions du voyage fut signé le 7 avril par des membres de différents partis socialistes dont Loriot. Il a, à ce moment, un premier entretien avec Lénine avant son retour en Russie (avril, calendrier russe). Leader de la « gauche zimmerwaldienne », c’est lui qui présente la motion pour l’adhésion à la III° Internationale au congrès de la SFIO de Strasbourg en 1919, le dernier congrès avant celui de Tours. Après le Congrès de Strasbourg, il est l’objet d’une information aux fins de révocation de l’enseignement. Il est incontestablement le représentant le plus autorisé de la fraction de gauche qui s’appellera plus tard « la Gauche Communiste ». Dans son Histoire du PCF André Ferrat, en 1931 décrit ainsi l’action de Fernand Loriot pour la création du PCF : « Le groupe (le mot tendance est interdit) Loriot,… utilise pour ses publications et pour la défense de ses idées l’organe des anarchistes sympathisants à la IIIème Internationale, intitulé la Plèbe, … Il appelle à se grouper autour de lui tous ceux qui restent fidèles à l’internationalisme et à la révolution. En même temps il multiplie la publication et la diffusion illégale de certains écrits de Lénine et de documents soviétiques. … au Conseil national du Parti socialiste qui s’est tenu au début de 1917, la somme des voix longuettistes et zimmerwaldiennes donne une majorité de 17 voix contre les social-chauvins. Mais Loriot, suivant la tactique juste de Lénine, n’a pas fusionné dans ce vote avec les longuettistes. Il a mené la lutte comme fraction indépendante. Les longuettistes (dont Cachin et d’autres…) en profitent pour mener une campagne acharnée contre Loriot… Les 28 et 29 juillet 1918 a lieu le Conseil national du Parti socialiste. C’est le groupe centriste de Longuet qui, par 1544 voix bat le groupe Renaudel (droite) avec 1172 voix. Le groupe Loriot en a 152. Dans la préparation du congrès, dans la Seine, les social-patriotes ont 2811 voix, mais les longuettistes les battent à plate couture avec 5999 voix. Un groupe centriste se constitue, entre Longuet et les droitiers, le groupe Cachin-Blum, avec 845 voix et les zimmerwaldiens loriotistes en ont 922. » Au congrès d’octobre 1918, Loriot est seul à refuser de s’associer au geste petit bourgeois pacifiste d’un message de félicitations au président Wilson. Dans le but de faire revivre la IIème Internationale, dans le but de l’innocenter de ses trahisons et crimes, les social-chauvins convoquent à Berne une conférence internationale début 1919. Loriot y assiste afin de se servir de cette tribune pour démasquer les agents de l’impérialisme dans les rangs des partis socialistes. Il déclare qu’il assiste à cette conférence non pour participer à ses travaux, mais pour montrer que ses organisateurs sont en réalité ceux qui veulent, au nom du socialisme, justifier la guerre, justifier l’intervention en Russie et innocenter les meurtriers de Karl Liebknecht et de Rosa Luxemburg. « Nous venons à cette tribune, dit-il, seulement pour l’utiliser et entraîner les socialistes sincères qui peuvent être encore derrière vous. » Alors que Loriot fait ce travail indispensable, des « socialos » de droite comme Renaudel et Albert Thomas travaillent pour l’intervention contre la révolution russe. En mai 1920, en liaison avec la grande grève des cheminots, Fernand Loriot est emprisonné pour son militantisme révolutionnaire et inculpé de « complot contre la sûreté de l’Etat » avec Boris Souvarine, Gaston Monmousseau et d’autres syndicalistes. Il ne peut, de ce fait, participer au 2ème Congrès de la IIIème Internationale. Loriot et Souvarine postent, de leur prison, une lettre à l’adresse du congrès et ils rédigent, toujours en prison, la motion qui l’emporte au congrès de Tours, bien qu’absents à ce congrès. Elle est présentée au congrès par Paul Vaillant-Courturier, lui aussi membre du comité pour la IIIème internationale. Lors du congrès de Tours, Loriot est élu membre du premier comité directeur et secrétaire international de la SFIC. Libéré en mars 1921, après dix mois de prison préventive, Fernand Loriot concoure activement à la naissance du PCF. Il enchaine rencontres et réunions, défendant les positions communistes, dans un parti où beaucoup continuent à porter des positions sociale-démocrates. Il part à Moscou pour participer aux III° Congrès de l’IC (mi-1921 où Lénine déjeuna seul avec lui). A son retour, Loriot est présent, au 1er congrès du PCF à Marseille (du 25 au 31 décembre 1921), juste un an après le congrès de Tours. Ce congrès se termine par un drame. Il se transforme en une sorte de congrès de Tours à l’envers, à tel point que quelques mois après, Lénine dit à Gaston Monmousseau et Pierre Sémard : « Il n’y a pas de parti communiste en France, voulez-vous en créer un ? » La question de la démocratie interne du parti est au centre du débat du 1er congrès. La gauche du parti est présentée par le centre et la droite comme dictatoriale parce qu’elle demande l’application des orientations de l’Internationale Communiste. Loriot en France et Souvarine de Moscou (car il est membre de la direction de l’IC) se battent pour l’application des 21 conditions d’adhésion à l’Internationale Communiste. A la demande de l’IC, ils veulent la création d’un « bureau politique » de 5 membres, qui serait une vraie direction collective. Le centre, Cachin (directeur de l’Huma) et Frossard (le secrétaire général), freine des deux pieds. le congrès de Marseille a en sous-titre « 19ème congrès du Parti socialiste ». Toutes les tendances, à l’exception de la gauche, sont contre les orientations de l’IC, en particulier sur la question du « Front unique ». Le « drame » intervient à la fin du congrès, au moment de l’élection des 24 membres de la direction (le comité directeur). La gauche est minoritaire. Elle a plusieurs élus dont Loriot, mais, Souvarine, membre de la direction de l’IC, n’est pas élu. Immédiatement, Loriot, scandalisé, demande la parole et annonce qu’il ne peut accepter cette sanction. Il présente sa démission du comité directeur, suivi par l’ensemble des membres de la tendance de gauche. Toutes les tendances, sauf celle de gauche, sont contre la tactique du « Front unique » décidée par l’IC. A la première réunion de la direction qui suit le congrès, à Aubervilliers, en avril 1922, la motion contre le « Front unique » recueille 3 370 voix et la motion pour seulement 627 voix. Début 1922, Loriot critique l’état du parti dans une brochure de 16 pages : « Un an après Tours ». Ensuite, pendant quelques mois, aux dires de Souvarine, Loriot écœuré, lève le pied pour des raisons personnelles. Il aurait ouvert une librairie à Paris (une couverture ?). Mais dès la mort de Lénine en janvier 1924 et suite à l’annonce de la bolchévisation (stalinisation) des sections nationales de l’IC, il rejoint l’opposition et en devient l’un de ses dirigeants, sans jamais se déclarer trotskyste. Il revient au combat en animant l’opposition interne, après le Vème congrès de l'IC (juillet-août 1924) qui officialise la « bolchévisation », notamment au congrès de Clichy du PCF (17-21 janvier 1925), où il prend la parole pour dénoncer les exclusions et rejette l'accusation qui le visait de constituer la « droite » du parti. Le 9 janvier 1925, il rédige le « Schéma de résolution sur la situation internationale ». Il repousse le projet de thèse sur la situation internationale présenté dans les Cahiers du Bolchévisme, sous la signature d’Albert Treint, un ancien de la gauche du Parti devenu secrétaire du Parti comme zinoviéviste (Zinoviev dirige maintenant l’IC en accord avec Staline), aligné sur la nouvelle orientation de l’internationale depuis la mort de Lénine. Il écrit : « Le Parti dans lequel on exige une obéissance aveugle est un appareil de dictature mais de dictature uniquement, comme fin et comme moyen, de dictature qui craint l'idée même dans ses propres partisans. Un tel instrument peut, dans des circonstances exceptionnelles et passagères, répondre à un besoin, il ne saurait être le modèle de la constitution des Partis communistes. Le Parti français actuel est issu, non de la situation politique et économique de notre époque, mais d'un conflit spécifiquement russe ». En octobre 1925, il signe la lettre dite des « 250 » adressé au Comité exécutif de l’Internationale communiste, lettre protestant contre l’autoritarisme de la direction du Parti communiste, ses méthodes de fausse « bolchevisation » et fustigeant les méfaits de la bureaucratie. Devant le comité central il lit une déclaration cinglante. A la conférence d’Ivry et dans l’Huma, il dénonce la « bolchévisation bureaucratique ». Il quitte définitivement le parti communiste en 1926. Il participe alors à la revue Contre le Courant, de l'opposition communiste (trotskysante). Résultat il est sanctionné lors du 7ème plénum élargi de l'exécutif de l'IC. Le 1er décembre 1927, l’Huma annonce l'exclusion de Maurice Paz, l’un des fondateurs de Contre le Courant, mensuel tiré à 2000 exemplaires du 20 nov.1927 au 22 oct.1929. Fernand Loriot appartient au comité de rédaction dès son le numéro 1 (20 novembre 1927). Il, y signera qu’un article, dans le n° 2 « La campagne contre l’opposition ». Gardant son indépendance d'esprit, il en vient, dès 1928, à s'opposer aux conceptions générales du groupe, en particulier sur le rôle attribué aux syndicats. Il signe une tribune syndicale dans le numéro 10 de L’Unité Syndicale qui marque sa rupture avec Contre le Courant. Puis il rejoint la rédaction du journal La Révolution Prolétarienne. Il rédige une dernière brochure très prophétique Les problèmes de la révolution prolétarienne. Puis malade, il cesse le militantisme actif et meurt à Paris le 12 octobre 1932 sans avoir renié ses idées. Il avait avant sa mort réadhéré à la CGT (réformiste), jugeant qu’il pourrait y propager plus facilement ses idées révolutionnaires, puisque la CGTU était totalement stalinisée, à tel point que le PCF et la CGTU ont eu un moment une direction unique. Dans la Critique sociale (n°7, janvier 1933), Boris Souvarine, devenu trotskiste à cette date, consacre à la mémoire du camarade disparu les lignes suivantes, qui complètent parfaitement ce résumé de sa vie : « On ne saurait pourtant sans arbitraire classer le Loriot des dernières années dans un courant bien défini, car il cherchait sa voie d’une façon très personnelle. Ses affinités n’avaient rien d’exclusif : sa dernière lettre au Bulletin communiste, accompagnant une souscription, exprimait un accord que n’a pas démenti sa position ultérieure en dépit de divergences indiquées dans ses derniers articles de la Révolution prolétarienne. Si l’on admet que les actes ont plus d’importance que les mots, il importe de noter son adhésion à la CGT, attitude plus proche de la tactique des marxistes du Cercle communiste démocratique que de celle des syndicalistes révolutionnaires obstinés à « redresser » une C.G.T.U. domestiquée. Personne ne peut dire avec certitude comment Loriot eût évolué dans une nouvelle phase du mouvement. Ce qui est sûr, c’est qu’il se décidait toujours après mûre réflexion, de lui-même et sans préjugé, pour tenir ensuite très ferme sur ses convictions. Cette fermeté de caractère et la droiture de son esprit ont été les traits distinctifs de sa personnalité. Sa mort a été très douloureusement ressentie par ses anciens compagnons d’armes, dispersés et isolés après la déchéance ignominieuse de la III° Internationale. » Depuis son départ du PCF, les directions successives du PCF ont caché aux militants le rôle admirable qui fut le sien pour la naissance du PCF. Il a purement et simplement été effacé de l’histoire du Parti Communiste. Pourtant, il est resté fidèle toute sa vie à ses idées. Il n’a été ni zinoviéviste, ni trotskyste, ni boukharinien, ni même souvarinien. S’il n’a jamais critiqué Lénine, il était plutôt un communiste d’une certaine lecture du marxisme, comme l’a été Rosa Luxemburg.
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