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Histoire
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Christian LANGLOIS, Marguerite,
Biographie de Marguerite Buffard-Flavien (1912-1944) Voici un livre tout à fait intéressant consacré à une figure totalement oubliée de la Résistance, Marguerite Buffard-Flavien. Internée dans les camps français de La Lande, près de Tours, puis de Mérignac, pour appartenance au Parti communiste, elle s'évade en 1943, entre dans la résistance à Lyon, et se défenestrera après avoir été torturée par la Milice en juin 1944. Née en 1912 dans le Jura, de parents instituteurs, Marguerite Buffard est l'archétype d'une génération. Élève douée, poussée par ses parents à poursuivre ses études, elle devient interne au lycée de Lons-le-Saunier en 1924. Tentée par la médecine, elle se dirige finalement vers la philosophie : ses parents la poussent dans cette voie, persuadés que la médecine n'est pas un métier pour une femme. Elle part pour Versailles où elle intègre khâgne au lycée La Bruyère. Puis elle réussit le concours d'entré à l'École normale supérieure de Sèvres en 1932. C'est à l'ENS de Sèvres qu'elle commence à s'investir en politique, d'abord comme représentante des élèves de l'École normale, puis en créant une section du groupe Vigilance voué à la lutte contre le fascisme. Après avoir réussi le Certificat d'aptitude à l'enseignement secondaire, elle est nommée professeur de philosophie à Colmar à la rentrée 1935. C'est là qu'elle adhère au Parti communiste, comme toute une génération d'hommes et de femmes sensibilisés à la lutte contre la fascisme. Elle s'investit énormément dans le militantisme, écrit pour L'Humanité de Strasbourg, organise des manifestations pour la paix et, à partir de 1937, joue un rôle de premier plan. A la rentrée 1937, elle est nommée au lycée de jeunes filles de Caen. Comme elle l'avait fait en Alsace, elle s'investit à fonds dans le militantisme, et participe au renouveau du Parti communiste dans le Calvados. Elle travaille également à l'accueil et au soutien matériel des réfugiés espagnols. Elle est élue secrétaire régionale du Calvados fin 1937, mais renonce à cette fonction à la demande du Parti qui préfère un ouvrier de la région. Elle redevient secrétaire régionale en 1938 à cause de la défaillance du camarade nommé à sa place. Mais un dirigeant national du Parti, membre de la Commission centrale de contrôle politique, émet des réserves sur le fonctionnement de Marguerite Buffard, qu'il juge autoritaire, accaparant la parole et le travail, et ne permettant pas l'émergence de camarades ouvriers. Aux avants-postes de la grève du 30 novembre 1938 contre les accords de Munich, Marguerite Buffard fait l'objet d'un rapport du préfet auprès du ministère de l'Éducation. Ses collègues lui évitent de peu la révocation, à condition qu'elle accepte d'être nommée dans une autre région. Elle est alors nommée à Grenoble. Mais en février 1939, elle prend finalement un poste au lycée de jeunes filles de Troyes (Aube) pour remplacer une collègue qui refuse cette affectation. A Troyes, le Parti communiste connaît de graves problèmes. Roger Roucaute, instructeur du Comité central, adresse en 1938 un rapport au Comité central qui fait état de « relations dégradées » entre les camarades, de conflits de personnes, etc. En décembre 1938, le secrétaire régional, Parigaux, est démis de ses fonctions et remplacé par Jean Flavien, un agriculteur de 31 ans, investi dans le syndicalisme et le mutualisme paysan. Entre Marguerite Buffard et Jean Flavien, c'est le coup de foudre. Ils se marient le 12 août 1939, deux semaines avant la signature du parte germano-soviétique. Début septembre, Jean Flavien est mobilisé et envoyé en Alsace. Il est remplacé au poste de secrétaire régional par Maurice Romagnon. Dans l'Aube, malgré l'interdiction du Parti communiste le 26 septembre 1939, les militants continuent leurs activités. Ils sont très rapidement réprimés par la police. Pour Marguerite Buffard-Flavien, la répression va se traduire par la révocation sans traitement, qui est prononcée le 17 décembre. Elle a en effet refusé de condamner le Pacte germano-soviétique. En janvier 1940, elle trouve un emploi dans une usine de bonneterie. Pour cette femme qui ne connaît pas la réalité du travail en usine, c'est une dure période. Elle découvre l'épuisement physique, la concurrence entre les ouvriers organisée par le mode de production, mais aussi solidarité du monde ouvrier. Et elle trouve un appui dans la belle-famille qui l'accueille dans leur ferme de Voué le week-end. Mi-janvier 1940, alors que la police poursuit le harcèlement des communiste par une série d'arrestations, Marguerite Buffard-Flavien est exclue du Parti sur décision de ses camarades de l'Aube. Pour quelles raisons ? Malgré la guerre et malgré la répression, les problèmes de personnes qui existaient en 1938 ont continué à s'envenimer. Marguerite Buffard-Flavien en fait les frais. Son mari, à qui elle raconte les événements, lui conseille de faire profil bas et d'attendre que la situation se tasse. Pour une communiste aussi dévouée et aussi convaincue que Marguerite Buffard-Flavien, cette exclusion est un véritable drame. Elle quitte Troyes pour s'installer à Voué dans la ferme de ses beaux-parents où elle devient ouvrière agricole. En mai 1940, elle est arrêtée est incarcérée à la prison de Dijon pour appartenance au Parti communiste. Fidèle à son engagement, elle ne dit pas qu'elle est exclue. Sur ces entre-faits, les troupes allemandes pénètrent en France. Marguerite Buffard-Flavien profite de la débâcle pour fuir la prison de Dijon et rentrer à Voué. Jean, son mari, est fait prisonnier le 22 juin dans les Vosges. Il sera envoyé en Poméranie (Pologne) comme prisonnier de guerre dans une ferme où il restera jusqu'à la Libération. Si dans l'Aube, les communistes reprennent l'activité clandestine, Marguerite Buffard-Flavien reste à l'écart de toute action à cause de son exclusion. En juillet 1941, le préfet de l'Aube ordonne une grande opération contre les communistes. Les principaux responsables du Parti, notamment Romagon, sont emprisonnés. Marguerite Buffard-Flavien en informe son mari dans ses lettres en langage codé. Romagon sera fusillé avec quatre autres camarades en mars 1942. Depuis son exil à Voué, Marguerite Buffard-Flavien a repris contact avec ses anciens collègues de Troyes, auxquels elle apporte un soutien matériel par l'envoi de colis de nourriture. Elle en fait aussi profiter le professeur Paul Langevin, assigné à résidence à Troyes, qui l'a connue à Sèvres lorsqu'elle était élève. Le 24 septembre 1942, Marguerite Buffard-Flavien est arrêtée à Voué et emprisonnée à la prison de Troyes comme « communiste, susceptible de menées antinationales ». Elle est envoyée au camp de La Lande, à Monts, près de Tours. Le 2 octobre arrivent par convois 227 femmes, la plupart étiquetées comme communistes, en remplacement des internés juifs déportés à Drancy de juillet à septembre 1942. Pour Marguerite Buffard-Flavien, il s'agit d'un renouveau. Éloignée bien involontairement de la lutte politique, elle retrouve une raison d'exister à travers l'organisation de la résistance dans ce camp d'internement. Elle joue un rôle-clé dans l'organisation des détenues, à travers l'aide matérielle – grâce notamment aux colis de nourriture qu'elle reçoit et qu'elle partage avec ses codétenues, l'organisation de cours de littérature, de philosophie, d'histoire, pour empêcher le désœuvrement et le désespoir, et l'organisation de distractions collectives pour soutenir le moral de ces femmes arrachées à leurs familles, dont les maris sont souvent déportés ou emprisonnés. Les revendications sont liées aux conditions matérielles, principalement à la nourriture. Marguerite Buffard-Flavien et ses codétenues n'hésitent pas à organiser des grèves de la faim pour obtenir un meilleur ordinaire, et à travers ces revendications, maintenir l'esprit de résistance collective. Lors de ce premier internement, Marguerite Buffard-Flavien tente d'obtenir sa réintégration dans le Parti. Elle réfléchit à la manière de s'évader et d'intégrer un réseau de résistance. Elle en avertit son mari et sa belle-famille à mot couverts. Les autorités du camp ne s'y trompent pas. Au matin du 29 août 1943, alors que Marguerite Buffard-Flavien et ses codétenues mènent depuis plusieurs jours une action de protestation, 26 « meneuses » sont littéralement enlevées par une escouade de 200 policiers et envoyées au camp de Mérignac près de Bordeaux. A l'automne 1943, les événements militaires ont changé la donne. Même internées, les prisonnières politiques ont des nouvelles régulières et le retournement de la situation militaire permet tous les espoirs. Pour Marguerite Buffard-Flavien, l'évasion et l'intégration dans la résistance devient une obsession. D'autant que la déportation devient une menace bien réelle : Marguerite Buffard-Flavien a vu des convois entiers d'internés juifs être envoyés à Drancy. Le 16 décembre 1943, avec une autre détenue, Jeannette Bruschwig, Marguerite Buffard-Flavien s'évade. Elle arrive à Paris trois jours plus tard et se réfugie chez des amis. Elle n'y reste pas, change d'identité, et trouve un emploi dans une compagnie d'assurances. En avril 1944, elle quitte Paris pour Lyon où elle intègre les Francs Tireurs et Partisans comme agent de renseignement. Elle aurait ensuite intégré l'état-major de l'inter-région H1 en restant dans la structure de renseignement des FTP. Mais son agent de liaison, un dénommé Pierre Bruchon, est un agent infiltré, collaborateur et pro-fasciste. Il donne le réseau dont les membres sont arrêtés à partir du 6 juin 1944. Marguerite Buffard-Flavien est arrêtée le 10 juin et emmenée directement au siège de la Milice, 10, rue Sainte-Hélène à Lyon. Le 13 juin, certainement après une séance de tortures, Marguerite Buffard-Flavien enfermée dans un cagibi, réussit à se défenestrer. Elle est emmenée à l'hôpital où elle meurt neuf jours plus tard. Elle a simplement donné son nom, Buffard, à une infirmière, ce qui permettra à son frère Pierre de retrouver son lieu d'inhumation en octobre 1944. Marguerite Buffard-Flavien n'a pas parlé sous la torture. En novembre 1944, Madame Flavien, sa belle-mère, écrit à Marcel Cachin, pour demander la réhabilitation de sa belle-fille. Elle l'obtiendra, sous la forme d'une courte lettre, en décembre. Jean Flavien, son mari, libéré par l'armée soviétique, rentrera en France en 1945. Il reprend son métier d'agriculteur, et reste au Parti communiste sans sans redevenir secrétaire régional. Sollicité en 1947 par Waldeck Rochet pour participer à la section agraire du Parti, il refuse, puis intégrera cette section dont il deviendra un des principaux animateurs. Le corps de Marguerite Buffard-Flavien est transféré en 1948 du cimetière de Lyon à celui de Chilly-le-Vignoble à l'initiative de ses parents et de son frère. L'occasion d'organiser un hommage où plusieurs résistants communistes prennent la parole pour rappeler l'engagement de Marguerite Buffard-Flavien. Ce livre est d'autant plus intéressant qu'il fait appel à des archives privées inédites, principalement la correspondance entre Marguerite Buffard-Flavien et son mari, heureusement conservée et mise à disposition de Christian Langeois pour réaliser cet ouvrage. Si la correspondance privée est largement (parfois trop) utilisée, Christian Langeois réalise un véritable travail d'historien en mettant en perspective les réactions des principaux acteurs en fonction des événements historiques. Alors qu'il aurait pu donner lieu à une interprétation très anticommuniste, cet ouvrage est au contraire intelligemment mené, l'auteur n'hésitant pas à faire part de ses hypothèses, parfois de ses interrogations. C'est un témoignage vivant et émouvant sur le quotidien de ces milliers de militants communistes malmenés par la deuxième guerre mondiale, qui ont mis de côté leurs interrogations, sacrifié leur vie personnelle avec courage, pour combattre le fascisme, en sachant parfaitement qu'ils risquaient leur vie dans ce combat. A travers l'engagement de Marguerite Buffard-Flavien, c'est la mémoire des résistants communistes anonymes, leur courage, leur dévouement, qui sont ici retracés. Caroline ANDREANI 2 janvier 2011
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