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Jean Jacques Karman

Rencontre avec la direction du Parti communiste de Cuba

Fidel fumant le cigare
Novembre 2006

Je viens à Cuba pour la 4e fois. Dès la sortie de l’aéroport José Marti, à La Havane, je me dis qu’il y a quelque chose de changé ou plutôt quelque chose en plus. Contrairement à l’habitude, où seules sont présentes les affiches du Che, là, dans tous les lieux publics, en deux formats, une affiche représente Fidel Castro. La photo est très douce, la tête légèrement penchée. Elle me fait penser immédiatement à la photo de l’affiche qui annoncera sa mort.

Fidel    Je suis attendu par un représentant des relations extérieures du gouvernement cubain. Il m’annonce que je serai reçu le lendemain par le président des Affaires étrangères de l’Assemblée, et le surlendemain au siège au Comité central du Parti communiste cubain. Tout semble plus politique. En réalité, à mon avis, Cuba est entrée dans une période de transition. La maladie, puis l’opération de Fidel Castro qui a 80 ans, a fait prendre conscience au plus grand nombre que Fidel est un homme et qu’il est mortel. Un cadre du PCC me dit que le 2 décembre, ils vont fêter les 80 ans de Fidel (son anniversaire avait été reporté, du fait de son opération). Il me précise qu’il y aura du monde comme jamais, des millions, et que Fidel sera présent. Il souligne qu’après, Fidel lui-même participera au processus de « désignation » de son successeur. Le soir, dans ma chambre d’hôtel, mon oeil est attiré par la diffusion à la télévision, d’un nouveau documentaire rassemblant toutes les pages de la vie de Fidel Castro. Ce documentaire lui aussi, s’inscrit dans le processus engagé. C’est le même que l’on diffuse après la mort d’une personnalité.

        Le lendemain, le président de l’assemblée provinciale de la région de La Havane me reçoit aussi. Il me présente les problèmes liés au blocus étasunien et les progrès accomplis dans sa région. Le surlendemain, c’est comme membre de la Direction nationale du PCF et porte-parole de la Gauche Communiste que je suis reçu, au siège du Comité central du Parti communiste de Cuba, par Oscar Martinez Cordovéz, responsable des relations au département international du Parti communiste de Cuba. Pendant près de deux heures, nous échangeons nos informations et nos positions. Il a une vue juste des différentes positions de la direction du PCF. Y compris sur celle sur Cuba depuis la fin de l’URSS. Il précise qu la direction du PCF sous-estime le rôle et l’importance de Cuba dans la lutte des classes internationale. Que contrairement à la très grande majorité des PC du monde, le Parti communiste de Cuba, avec Fidel Castro, a porté et porte haut la voixFicdel affiche du socialisme, contrairement à celles choisies par d’autres, d’une voix sociale-démocrate de gauche, conduisant à faire le jeu de l’impérialisme. Il parle longuement des forces révolutionnaires en Amérique latine, surtout après la victoire récente de Daniel Ortega au Nicaragua. Le processus mondial de la lutte des classes est fortement marqué par ce qui se passe en Amérique Latine. Pour l’avenir de Cuba socialiste, il m’affirme qu’il n’y aura pas de problème. Il y a une direction collective au niveau du Parti communiste de Cuba et au niveau gouvernemental. Elle a fonctionné avec Fidel Castro, elle fonctionne actuellement sans Fidel Castro, malade, elle fonctionnera demain avec d’autres grâce au travail accompli depuis 46 ans par Fidel Castro. Il me précise que, contrairement à ce que l’on dit en Europe, ce n’est pas Fidel Castro qui a désigné Raoul Castro pour diriger le pays pendant sa convalescence. C’est simplement l’application de la constitution cubaine qui précise que le chef de l’Etat empêché est remplacé momentanément par le commandant en chef des forces révolutionnaires cubaines.

Il tient à ajouter que tant au gouvernement qu’au comité central du PCC, qu’à l’Assemblée nationale, l’écrasante majorité de leurs membres sont nés depuis la Révolution. Les pratiques de directions collégiales sont réelles, elles fonctionnent et fonctionneront. Plusieurs futurs dirigeants de cette nouvelle génération sont envisageables pour le poste le plus élevé.

D’autre part, il explique que les USA peuvent demain changer d’attitude et mener un autre combat dans le but de liquider le socialisme à Cuba. Par la pénétration économique, avec la formation de couches sociales aux intérêts de plus en plus divergents. Là aussi, il précise que même si cela se sera plus dur, ils sont prêts à la bataille idéologique. Et il termine par : « Cuba est restera socialiste ».

Jean-Jacques Karman

Novembre 2006