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La « réforme » des collectivités locale

ou comment Napoléon IV (au moins IV)

détruit les acquis de la Révolution Française


V. Fère
5 décembre 2009

Tout le monde le comprend : la Nation, dans ce qu’elle a de positif encore de nos jours, s’est construite sur la base de la Révolution Française de 1789.

Pour faire simple : bien avant 1789, la classe économiquement et politiquement dominante était la noblesse, le mode de production était le servage, les paysans étaient économiquement exploités par le noble local, lui-même payant des impôts et devant allégeance au suzerain. Les paysans, les serfs, n’avaient aucun pouvoir politique car aucun parti, aucun mouvement quel qu’il soit. Le clergé était là pour veiller au grain.

Dans la période précédant 1789, le développement des forces productives, travailleurs et machines, fit coexister le servage, gros de contradictions grandissantes entre les classes, et le capitalisme naissant. Les paysans enrôlés dans des ateliers propriétés des détenteurs de capitaux, riches de l’Ancien Régime ou nouveaux riches, constituèrent les premiers bataillons du prolétariat. Qui dit prolétariat concentré dans les lieux de son exploitation (ateliers puis usines) dit débats politiques entre prolétaires pour trouver une issue. Des embryons d’organisations représentant les intérêts de la classe ouvrière sur un plan politique virent le jour.

Pour répondre aux nouveaux défis de la lutte des classes, la domination politique de la noblesse devait changer de forme : un État monarchique fort et centralisé contiendrait les tensions et contradictions entre classes.

Mais le coût des intendants, des guerres, de la Cour et de la Monarchie en général devenait faramineux. Malgré ces ressources, l’État royal garantissait de moins en moins la perpétuation du servage : le peuple survivait de plus en plus difficilement et les nobles et le Clergé le « tenaient » de moins en moins.

En 1789, le peuple français, paysannerie et prolétariat naissant, dans son mouvement contre l’exploitation par la noblesse et la bourgeoisie naissante, se saisit des Cahiers de Doléances pour exprimer ses revendications. Les regroupements qui eurent lieu à partir de Janvier 1789, manifestations d’un élan politique du peuple pour ses intérêts de classe productrice, culmineront dans le Serment du jeu de Paume et surtout l’Assemblée constituante. Celle-ci décide dès 1789 le découpage du territoire en communes. Créés peu de temps après en 1790, en tout état de cause dans la même phase politique, bien avant Napoléon, les départements complètent le dispositif.

La Révolution Française, en ce sens, est l’œuvre du mouvement populaire, paysannerie et prolétariat naissant, ainsi que la Nation qui en est issue, acquis de la lutte devenue politique de ces classes. Que la bourgeoisie ait volé le pouvoir des mains du peuple est une autre histoire, qui nous amène à l’État bourgeois actuel, sur la crise duquel il n’est pas besoin de s’étendre ici.

Depuis 1789 la lutte des classes, lutte des exploités contre les exploiteurs, devenue principalement lutte des travailleurs contre la bourgeoisie financière et ses laquais, s’est faite essentiellement dans le cadre national, qui est donc naturellement le cadre de ses acquis dans des domaines aussi importants que les relations de travail (code du travail, conventions collectives, statut de la fonction publique, confédérations syndicales, prud’hommes, etc), la couverture des risques (maladie, vieillesse, etc) et les diplômes nationaux.

En ce sens, la Nation, ses communes et ses cantons, ainsi que la démocratie que ces échelons territoriaux incarnent, ont un caractère de classe désormais essentiellement prolétarien et contradictoire aux intérêts du capital. Pour s’en rendre compte, il suffit d’imaginer ce que serait devenue la Nation si le projet du ministre de l’intérieur Sarkozy de transformer la Corse en un laboratoire législatif régional s’était concrétisé et répandu à la Bretagne, la Normandie, l’Alsace etc. : une « Nation » disloquée en régions, aux particularismes soigneusement entretenus1 et manipulées depuis Bruxelles. Détruire les communes, les départements et le cadre national, ce que l’actuelle « réforme » des collectivités territoriales de Napoléon IV Sarkozy, l’homme de la bourgeoisie déclinante, occasionne, revient à détruire un acquis de classe essentiel de la Révolution Française de 1789.

Par quoi veulent-ils donc remplacer la Nation, ses communes et ses départements, acquis et cadres de la lutte des classes ?

Leur modèle est l’Europe des régions, instrument de la bourgeoisie contre les peuples, qui permettrait de disloquer la résistance populaire au niveau des régions puis des super-régions2, chacune avec ses lois, codes et règlements particuliers, et d’éloigner les échelons de décision de l’électorat populaire, le pouvoir réel revenant en fin de compte aux dirigeants non élus de la Banque Centrale Européenne.

Leur modèle est l’État fédéral américain, construit sur la base de la colonisation du continent nord-américain et du puritanisme religieux et siège de la bourgeoisie la plus puissante.

Leur modèle est l’État fédéral « allemand de l’Ouest », construit suivant le Plan Marshall sur les ruines laissées par le fascisme et la deuxième « boucherie impérialiste » mondiale pour faire face au mouvement révolutionnaire de l’immédiat après-guerre.

Mais ce que Napoléon IV (au moins IV) tente d’achever, la destruction de ces acquis, nous pouvons l’empêcher ! Nous pouvons défaire les plans de l’ennemi de classe … sous réserve que nous luttions comme une classe consciente de ses intérêts, organisée dans un parti dont la direction soit vraiment révolutionnaire.


Mais alors pourquoi la direction du PCF ne mène-t-elle pas à l’occasion des élections régionales le combat pour la préservation de la démocratie qu’impliquent les communes, les départements et la Nation ?

Bien sûr, elle aborde la question, notamment à l’occasion des rassemblements de maires et conseillers généraux à Paris il y a quelques jours.

Que leur fait-elle dire ?

« C’est ce que soulignent les conseillers généraux communistes et républicains, lesquels, « face à un coup de force contre les collectivités, invitent habitants et élus à se mobiliser pour faire vivre un projet de réforme des institutions qui réduise les injustices sociales et les inégalités territoriales, qui garantisse l’égalité entre les collectivités en leur donnant les moyens financiers et humains conséquents »… Les élus socialistes, pour leur part, ont également décidé de « lancer une mobilisation contre une régression territoriale ». Car la seule mobilisation des élus ne suffit pas à ébranler le gouvernement. L’idée d’un référendum, pour une réforme qui changera la vie quotidienne de tous les Français, doit devenir une revendication nationale. » (L’Humanité du 17/11/2009 ; c’est moi qui souligne).

En fait, au moment précis de l’offensive bourgeoise majeure de destruction des acquis de classe, appelée « réforme », la direction du PCF demande … « une meilleure réforme » ! Comment peut-on demander une meilleure offensive contre les acquis des travailleurs et être la direction de leur parti de classe ? Je suis éberlué et pantois.

… Dans un autre domaine, comment peut-on demander des États Généraux de l’Industrie, machine de guerre pour faire accepter les licenciements, comme le fait Bernard Thibault avec Sarkozy et le ministre Estrosi, et être le dirigeant de la Confédération Générale du Travail ?

Quant aux trotskystes de La Riposte, ils font de l’ « internationalisme » … sans Nation, c’est-à-dire du mondialisme sous l’égide du capital américain et de l’Union Européenne.


V. Fère


1 Voir le statut particulier d’Alsace-Moselle confiant à la hiérarchie catholique une autorité publique.

2 L’objectif des dirigeants de l’Union Européenne est d’aboutir à 7 ou 8 super-régions en France, dont certaines pourraient être à cheval sur des frontières (espagnole et allemande notamment).