Dans notre texte du 34ème
congrès, nous affirmions dès le préambule : « Nous
avons une conviction, faire vivre et renforcer le PCF est une
exigence de notre temps », et nous affirmions la nécessité de
reconstruire l'organisation du PCF en plaçant la cellule au cœur de
la vie du parti, comme le lieu où les militants seront les maîtres
de leurs choix et de leurs initiatives.
Nous disions aussi :
« La forme d'organisation originale du PCF apparaît plus
valide que jamais, donnant la priorité à l'action politique dans
les luttes, à l'intervention directe des travailleurs, sans se
détourner des institutions. »
Depuis la chute du mur de
Berlin, la liquidation du PCF est à l'ordre du jour des
représentants du capital, ce qui ne nous surprend pas, mais aussi de
la direction du parti. Cette dernière, au nom des difficultés, de
la modernité, de la nécessité d'une nouvelle force politique, n'a
de cesse de démanteler ce parti, de transformer cette construction
humaine, populaire, intelligente en une force croupion tout juste
bonne à entretenir un réseau d'influence autour de quelques élus.
Pourtant, malgré ce
décervelage organisé, les communistes ont fortement exprimé ces
derniers mois ( assemblée extraordinaire de décembre 2007 et
congrès de 2008) la volonté de continuer le PCF et de le renforcer.
La direction a bien été
obligée d'acter cette volonté et de renvoyer « la
métamorphose » aux calendes.
Pour autant , les
ruptures nécessaires avec les stratégies de dilution et les actes
permettant la reconstruction de l'organisation communiste n'ont pas
été engagés. L'existence du PCF n'est pas assurée à ce jour.
Lorsque nous avons
officialisé l'existence du réseau « Faire vivre et renforcer
le PCF » à Malakoff, nous avons affirmé l'actualité des
fondamentaux théoriques marxistes, la nécessité de l'existence du
PCF, l'importance cruciale de l'organisation communiste dans la lutte
des classes, nous avons proposé de redonner un nom à la perspective
que doit porter notre parti, le socialisme.
C'est bien sur ce que
nous avons commencé à faire partout où nous nous organisons et
tout particulièrement pendant cette formation.
Pour autant, alors que la
bataille de classe fait rage, que la recomposition politique est en
route pour fermer toute perspective politique au peuple et que le
prochain congrès du parti est sur les rails, nous sentons bien la
nécessité de passer un cap nouveau qui lève l'hypothèque de
l'existence du PCF et de son projet révolutionnaire.
Comment sortons nous de
cette situation apparemment contradictoire, une majorité de
communistes convaincus de la nécessité de garder le PCF et
incapables en même temps de déjouer les pièges tendus par les
réformistes de l'intérieur, acceptant au final des orientations
politiques qui vont à l'encontre de leur volonté?
Comment sortir de la
criminalisation du communisme, de la diabolisation du passé et de
1920, de la banalisation du marxisme, de l'oubli du léninisme, de la
réduction du communisme à un courant d'idées, de l'enfermement du
courant révolutionnaire dans des institutions que la bourgeoisie
cherche à blanchir de tout l'apport de la révolution et du CNR –
depuis 1958 jusqu'à la réformes des collectivités locales en
passant par le quinquennat?
En somme, comment
construire les ruptures nécessaires avec des stratégies d'abandon
mises en œuvre depuis plus d'une décennie?
Parmi ces questions, une
me semble fondamentale, celle de l'organisation du PCF, condition
essentielle du rassemblement, du projet communiste, de la bataille
idéologique.
Le PCF, un choix
historique toujours valide
Surement pas comme le dit
le texte du dernier congrès parce que « la voie de la
transformation du PCF nous apparaît plus féconde que celle de la
recherche d'un autre parti aux contours incertains », ce qui
est une manière de tirer l'exigence des communistes vers le bas en
continuant à travailler l'idée d'une organisation communiste
dépassée !
Un petit détour par
l'histoire peut être utile.
En 1902, Lénine dans
« Que faire ? » affirme la nécessité en Russie
pour faire la révolution d'un parti qui organise la classe ouvrière
et lui permette d'intervenir sur toutes les questions.
Il s'agit dans la
continuité de la théorie marxiste de donner au prolétariat une
arme qui est son organisation politique- le parti- avec les taches
d'un parti, la formation, la propagande, le travail théorique. Cette
affirmation rencontre l'opposition de ceux qui limitaient aux seules
questions revendicatives l'organisation des prolétaires ( les
économistes) ou de ceux qui ne voulaient pas d'une organisation
révolutionnaire ( les spontanéistes, les opportunistes).
En 1920, les communistes
français font avec l'adhésion à l'Internationale le choix de
l'autonomie du mouvement révolutionnaire avec un parti le PCF.
Que lisait-on sur le
sujet dans les écoles du Parti, quand il y en avait encore ?
« Le rôle
indispensable du Parti communiste français, les formes d’activité
et de fonctionnement du parti tiennent à ce qui fait l’identité,
l’originalité révolutionnaire, un choix de classe. »
Et je verse aussi à la
réflexion ces quelques phrases de Georges Marchais au moment de
l’inauguration de Draveil, lieu dédié aux écoles du parti :
« Parti de lutte,
nous sommes une association volontaire d’hommes, de femmes, de
jeunes, d’une extrême diversité quant à leur expérience, leur
personnalité, leur manière d’être et de faire ; mais tous
unis par la volonté de résister à la crise engendrée par la
domination du capital, de rassembler largement toutes celles et tous
ceux qui refusent de subir et veulent changer les choses.
Parti révolutionnaire,
nous combattons pour passer d’un monde fondé sur l’ignorance,
l’exploitation, l’oppression et la guerre à un monde fondé sur
la connaissance, la justice, la liberté et la paix, pour faire vivre
dans notre pays une société neuve en harmonie avec les possibilités
de notre époque : le socialisme à la française.
Pour être efficace, une
telle action ne peut se faire à l’aveuglette. Ce qui la motive,
c’est le révolte contre l’injustice, le mépris, l’oppression.
Tous les révolutionnaires ont intacte cette révolte en eux, mais
ils ne peuvent s’en tenir à elle. Pour pouvoir être efficace
l’action pour changer la société suppose la compréhension du
mouvement de cette société, de la portée et du sens de ce qui
grandit dans combats du peuple à travers le monde, du rôle des
hommes comme acteurs de ces avancées.
Elle suppose en un mot
une théorie permettant de voir loin sur ce que sont les enjeux réels
de notre époque et de combattre du même coup les faux-semblants de
tous les défenseurs de l’ordre établi. »
Ces raisons fondamentales
de l’existence du PCF sont elles encore valides aujourd’hui ?
Posons-nous ces trois
questions :
Avons nous besoin
aujourd’hui, alors que la classe ouvrière est ballotée
entre « s’en sortir le moins mal possible » dans
une situation où le capital dispose des cartes et le désespoir de
ceux qui se disent « faisons tout péter », d’une
organisation qui permette de réfléchir et d’agir face à la
machine de guerre du capital ?
La théorie marxiste,
enrichie de la réflexion et de l’expérience de plus d’un siècle
des révolutionnaires, reste-t-elle l’outil essentiel pour
comprendre le monde dans lequel nous vivons ?
Le socialisme, avec le
point essentiel de l’appropriation collective des moyens de
production, est-il le projet dont nous sommes porteurs ?
Si nous répondons oui à
ces trois questions auxquelles depuis 20 ans nos textes de congrès
répondent au mieux « oui mais » et le plus souvent
non, alors nous affirmons que faire vivre et renforcer le PCF est
déterminant.
Nous inscrivons cette
volonté dans notre histoire – de Marx à 1920 en passant par
Lénine -, dans une analyse de classe marxiste, dans un projet, le
socialisme. C’est un choix de fond qui n’a rien de conjoncturel.
Laisser le PCF se diluer,
voire disparaître, c’est ramener le mouvement révolutionnaire un
siècle en arrière, renoncer à la lutte des classes, affaiblir les
exploités en les privant de leur outil.
Le PCF, un parti
gênant
Depuis la chute du mur de
Berlin, le PCF est dans le collimateur.
Cela ne saurait nous
étonner de la part des forces de droite et du capital, mais c’est
plus surprenant quand c’est la direction qui explique que le parti
a la gale, et qu’incurable, il faudrait le tuer !
Dans une situation
d’affaiblissement électoral et de difficultés à faire vivre nos
organisations, c’est une véritable attaque qui est lancée et qui
culmine au congrès de Martigues.
L’organisation du parti
est d’abord fragilisée par l’abandon de tous les repères
communistes qui se traduit notamment par « la mutation ».
Elle l’est aussi par
notre effacement au profit du PS : Gauche plurielle, listes
communes aux régionales, absences de candidats du PCF aux
législatives et aux cantonales. Autant d’occasions ratées pour
que les communistes développent leurs idées, rencontrent les
citoyens.
La participation
gouvernementale, avec son cortège d’abandons - sur la question de
la propriété publique des moyens de production, des institutions,
de la défense des plus pauvres- entraîne des découragements, des
départs. C’est une période où un très grand nombre de militants
d’entreprises quittent le parti, souvent sur la pointe des pieds.
A Martigues, il y a
attaque directe contre l’organisation du parti, avec la
normalisation-soumission du PCF aux institutions.
La clef de voute de cette
normalisation, c’est la suppression de la cellule.Il nous faut réfléchir
aussi aux conséquences d’un certain nombre de décisions
stratégiques : abandon de la dictature du prolétariat, du
centralisme démocratique, de la référence au marxisme comme
fondement théorique, de l’acceptation du financement par l’état,
de l’adhésion au PGE.
Je ne mets pas toutes ces
décisions sur le même plan. Mais il y a besoin d’avoir un retour
critique sur leurs motivations et leurs conséquences, sur ce qui
leur a été substitué.
Les mécanismes nouveaux
de fonctionnement mis en place vont profondément modifier
l’organisation communiste.
J’en prendrai quelques
exemples :
Auparavant, l’adhésion
se faisait dans la cellule. Le responsable local en avait
l’initiative du début à la fin(adhésion, remise de carte,
collecte d’argent) et cette action de base permettait au parti de
vivre. Aujourd’hui, l‘adhésion nationale est redistribuée du
haut vers le bas, le communiste sur le terrain n’a plus ni
l’initiative, ni la maîtrise de l’organisation. Ne parlons pas
des cartes éditées nationalement et de leur cortège d’erreur et
d’oubli sans compter celles qui n’arrivent jamais.
La cellule mettait tous
les communistes à égalité et permettaient que tous les sujets
soient abordés par tous, ce que ne garantit pas une organisation par
thème. La disparition des cellules va contribuer à distendre le
lien entre les communistes et leur organisation, particulièrement
dans les quartiers populaires et les entreprises. Un très grand
nombre de communistes ne sont plus associés à l’élaboration et à
la prise de décision.
Les consultations
enferment la volonté des communistes dans un cadre pré-établi, en
évitant d’ouvrir vraiment des confrontations sur la stratégie.
Faute de vie réelle du parti, beaucoup de communistes se trouvent
démunis et renoncent à participer, d’autant qu’ils ont le
sentiment que là-aussi, leur vote ne changera rien.
Le financement du PCF
s’est lui aussi profondément modifié. On est passé d’une
cotisation versée dans les organisations de base jusqu’à la
direction du parti à un financement drainé par les fédérations et
distribués aux organisations locales ensuite, encore que nous
constatons beaucoup d’exceptions à ce reversement pourtant prévu
dans les statuts.
De fait, les cellules et
les sections sont ainsi placés sous la dépendance des fédérations.
Le prélèvement
automatique, la carte pluriannuelle vont encore contribuer à
éloigner les communistes les plus confrontés aux difficultés
sociales et à la misère de leur organisation.
Dans notre texte du 34éme
congrès, nous disons : « le choix de la direction depuis
le 30ème congrès de délaisser la vie des cellules, d’abandonner
leurs activités structurantes jusqu’à la remise de la carte, puis
de les supprimer au 31ème congrès a eu de graves conséquences. Il
a fortement contribué à un affaiblissement sans précédent des
effectifs du parti, particulièrement dans les quartiers populaires
et les entreprises, conduisant contrairement à l’objectif annoncé
à un recul de l’ouverture et de la diversité de notre
organisation.
Nous réaffirmons que la
cellule est le cœur de la vie du PCF, le lieu où les militants
seront maîtres de leurs choix et de leurs initiatives. »
Il n’est pas inutile de
se rappeler que l’organisation du parti en cellules fut l’objet
d’une bataille politique dans l’histoire du parti. Cette forme
d’organisation illustrait la volonté de rompre avec l’orientation
électoraliste des partis sociaux-démocrates. Est ce un hasard si la
suppression des cellules intervient alors que la stratégie du parti
s’enferme dans les institutions ?
Quelle définition, quels
objectifs pour la cellule :
- Permettre l’expression
des aspirations des salariés
- Aider à formuler les
propositions correspondant aux questions posées
- Participer aux luttes en
faisant tout pour obtenir satisfaction
- Tirer les leçons de
l’expérience
- Replacer en permanence
les luttes particulières dans le contexte de la crise de la société
- Éclairer la voie et
l’issue
Le choix de faire
vivre et renforcer le PCF
Il s’agit pour nous de
prendre le contre-pied de ce démantèlement du PCF et de faire la
démonstration de la vitalité et de la validité de l’organisation
communiste.
Chaque fois qu’une
cellule, une section se créent, se renforcent, rayonnent, les
stratégies d’abandon reculent.
La carte des votes pour
notre texte au 34éme congrès est de ce point de vue instructive :
nos meilleurs résultats correspondent aux départements où le parti
est resté vivant et lié au catégories populaires.
N’est ce pas le moment
de passer un cap sur cette question et de faire de l’existence et
du renforcement du parti notre priorité à partir de ce que nous
portons évidemment ?
Cela ne va pas de soi. Il
y a eu des débats chez les communistes qui contestaient les lignes
d’abandon.
Des situations locales
très difficiles ont découragé des camarades. Plus profondément,
des camarades ont estimé que le PCF, après plusieurs années
d’abandon, ne pouvaient retrouver une identité révolutionnaire.
Notre conviction, nourrie
de nos expériences dans le parti et avec la population, nous conduit
à faire le choix de faire vivre et renforcer le PCF.
Pour autant, nous ne
considérons pas que le débat avec les camarades qui ont fait un
autre choix est clos et il est nécessaire de trouver avec eux des
moments d’échanges en considérant que leur position n’est pas
figée.
Nous aurons aussi besoin
de faire connaître notre initiative présente, le contenu des
interventions et débats, la diversité des participants. L’exigence
de formation est forte chez les adhérents, particulièrement chez
les jeunes.
La direction du parti
reste dans une logique d'abandon du PCf, j'en prends quelques
exemples :
- Le refus de recréer le
groupe communiste à l'Assemblée nationale alors que le règlement
l'autorise.
- La campagne des dernières
élections européennes et la coordination des élus confiée à
Marie-Christine Vergiat
- Les annonces concernant
les régionales
- L'usine à gaz de la
commission transformation
- le dernier congrès de
l'ANECR
Les mois qui viennent
d'ici le congrès de juin vont être décisifs.
Ce que nous écrivions
dans notre texte sur les questions du rassemblement reste
complètement d'actualité.
Il faut rompre avec la
stratégie d'union de sommet à gauche pour battre la droite qui
s'est traduite par deux participations gouvernementales en 25 ans et
par deux échecs. Notre action ne peut pas s'enfermer dans la
perspective de préparer en 2012 une nouvelle alternance électorale
derrière le PS.
L'expérience des
collectifs anti-libéraux, et j'ajouterai celle du front de gauche, a
été menée par certains avec l'espoir de substituer à l'alliance
avec le PS une alliance à la gauche de la gauche, par d'autres par
opportunisme électoral, sans compter ceux qui veulent créer une
nouvelle force politique.
De fait, le monde
populaire est resté en dehors de ces rassemblements marqués par une
acceptation du cadre institutionnel ( cf construction européenne).
Il est grand temps
d'opérer un changement radical pour mettre en œuvre une stratégie
qui repose sur la conscience politique du mouvement populaire.
Cela nécessite que le
PCF présente ses propres candidats aux élections sur la base d'un
projet de société et d'un programme populaire de rupture.
Cela ne met pas en cause
les éventuelles alliances nécessaires, à condition qu'elles ne
nous détournent ni de nos orientations fondamentales, ni du
rassemblement populaire et que notre parti préserve toujours son
indépendance politique.
Et nous concluions sur la
nécessité que le PCF mette en œuvre un rassemblement populaire
anticapitaliste, avec l'objectif d'unir les travailleurs autour d'un
projet de société remettant en cause les fondements du système
capitaliste, c'est à dire une stratégie d'union à la base qui
s'appuie sur les luttes avec pour perspective politique la rupture
avec le capitalisme.