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Caroline Andreani L'après élection présidentielle Introduction à la discussion Comité central de la Gauche communiste 12 mai 2007 Dimanche dernier, 53 % des
électeurs ont choisi d’élire Nicolas Sarkozy Président de la République. Est-ce
une catastrophe, va-t-on vers une dictature fascisante, comme le dénoncent
certains ? Quels sont les grands
enseignements que nous pouvons tirer de l’élection présidentielle ? Tout d’abord, la société française
bascule-t-elle à droite ? Non, les résultats le montrent, nous sommes dans
le même cas de figure qu’aux précédents scrutins. La France est partagée en
deux, 50-50, avec une frange qui fait basculer le pouvoir dans un camp ou un
autre. Par contre, ce que nous pouvons
tirer comme enseignement de ce vote, c’est :
Quelle est la situation du Parti
communiste aujourd’hui ? Ne nous voilons pas la face, elle
est catastrophique. Avec moins de 2 % des suffrages, MG Buffet et l’équipe
dirigeante ont amené le Parti à un score inférieur à celui de Robert Hue. A
force d’enregistrer défaite électorale sur défaite électorale, la direction
nationale ne peut plus tricher : l’influence du Parti est en déclin et
nous allons rejoindre les Verts et les radicaux de gauche, repliés sur quelques
positions locales et vivant sous perfusion du Parti socialiste. La réaction de la direction
nationale est très caractéristique : elle a demandé une rencontre au Parti
socialiste entre les deux tours de la présidentielle pour « sauver »
des circonscriptions. Or, elle n’a plus rien à monnayer et la réponse du Parti
socialiste a donc été un refus très net. Les futurs scrutins –
législatives, cantonales et municipales – peuvent enterrer définitivement le
Parti. En effet, il est très peu probable que le groupe à l’Assemblée puisse
être maintenu, nous allons glorieusement vers la perte des deux CG que nous
détenons. Les municipales vont nous faire perdre des positions supplémentaires.
L’influence et l’implantation du Parti au niveau national sont gravement
compromis. Soit dit en passant, nous avons des rumeurs convergentes sur la
vente du siège de L’Humanité à Saint-Denis qui devrait intervenir après la fête
en septembre : c’est une nouvelle mesure de l’érosion de l’influence
communiste en France. Au delà de cette
« cuisine » électorale, l’attitude du Conseil national est
extrêmement préoccupante. Au moment de la campagne, le CN a été totalement
suiviste, les membres se mentant à eux-mêmes alors que tous les sondages et que
le simple bon sens auraient voulu qu’ils prennent conscience de la situation.
Au lendemain du scrutin, on constate la même cécité : « nous avions
un bon programme, une bonne candidate, une bonne campagne ». Nous sommes
victimes du vote utile mais notre influence va bien au delà des 2 %
obtenus, ont dit en substance les dirigeants. Et ils ont annoncé qu’ils
poursuivaient la stratégie de la présidentielle pour les législatives, afin de
« récolter ce que nous avons semé ». Le problème, c’est le manque total
de réaction de l’appareil dirigeant à tous les niveaux de responsabilité.
Certes, la période n’est pas à la satisfaction comme nous l’avons vu à d’autres
moments. Mais les dirigeants sont en bout de course, incapables de redresser le
gouvernail et de changer de route. En fait, l’idéologie abandonnée pour le
pseudo-humanisme hérité de la « mutation », le parti est en fin de
vie et rien ne paraît de nature à le prolonger. Les refondateurs l’ont
parfaitement compris : c’est certainement la raison de leur implication
dans les collectifs antilibéraux avec l’espoir de recomposer une force à la
gauche du Parti socialiste avant le marasme général. D’autres – je pense à
Gayssot – préconisent une recomposition avec composantes du Parti socialiste et
les quelques mouvements du type verts, radicaux, etc. C’est une hypothèse à ne
pas négliger même si elle me paraît pour le moment sans fondement puisque nous
n’avons entendu parler d’aucun rapprochement ni d’aucune discussion. Mais le
séisme qui va se produire avec les législatives pourrait bien lui donner du
corps. En tout cas, ce qui se pose
actuellement comme question à la Gauche communiste, c’est celle de la survie du
Parti. Jusqu’à présent, nous avons fonctionné en conservant un pied dans le
Parti. C’est la raison de notre implication dans les batailles du congrès
notamment. Je pense qu’aujourd’hui, nous devons prendre du recul, analyser
notre activité des derniers mois et réfléchir aux perspectives qui s’offrent à
nous dans un contexte à moyen terme où le Parti perd des positions, se replie
sur lui-même et à terme pourrait totalement disparaître. Il me paraît en tout cas
complètement illusoire de penser redresser le Parti de l’intérieur. Au niveau
idéologique, il n’y a plus rien de commun entre la direction nationale et
nous-mêmes. Les fondements de l’idéologie communiste sont totalement
abandonnés. Au niveau de l’appareil, nous n’avons pas les forces nécessaires
pour nous opposer à l’équipe dirigeante qui n’a plus comme perspective que sa
survie, c’est à dire s’accrocher aux restes… Quel bilan de l’action de la
Gauche communiste ? Notre bilan, tout d’abord, je ne
fais ici que l’esquisser. Nous savons que nous sommes essentiellement implantés
à Aubervilliers, mais que nos prises de position vont au delà. Chaque mois,
nous éditions une Lettre de la Gauche Co, régulièrement, nous adressons des
analyses à une liste de diffusion de 600 noms, et nous avons un site qui nous
permet de toucher un large (?) public. Notre participation régulière au
CN nous permet d’être entendus dans ce qui reste du Parti. A ce titre, je ferai
une parenthèse : je pense que notre participation est importante et qu’il
faut poursuivre même si les CN et les différentes instances type conférence
nationale n’ont, somme toute, qu’un intérêt limité. Par contre, on peut
regretter que la « gauche » du Parti, un moment rassemblée lors du 33e
congrès, ne cherche pas à travailler collectivement. Une fois de plus, nous
sommes confrontés au manque de maturité des divers courants qui espèrent tous
« recomposer » autour d’eux. Le seul résultat produit, c’est une
atomisation et un manque total d’efficacité. A contrario, les refondateurs qui
ne sont pas forcément plus nombreux que nous, ont compris depuis longtemps,
malgré leurs divergences, l’intérêt d’apparaître comme une force constituée et
d’intervenir comme telle. En terme d’organisation, nous
restons une poignée de militants, peu organisés. Notre mode de fonctionnement
est, de plus, difficilement compréhensible pour d’autres. C’est une des
raisons, pas la seule, pour laquelle nous avons du mal à travailler avec
d’autres courants de la gauche du Parti : on nous reproche les positions
d’un tel ou d’un tel en l’attribuant à toute la Gauche communiste. Nous avons
effectivement un manque de lisibilité. Quelles perspectives ? Aujourd’hui, quelles perspectives
avons-nous ? La période à venir va déterminer le
maintien ou non d’une force communiste dans notre pays. La nature ayant horreur
du vide, il y aura, il continuera à y avoir, en France, des forces d’opposition
et de résistance au capitalisme. Mais à quel niveau de conscience et à quel
niveau d’organisation, là est l’enjeu ! L’élection présidentielle a montré
qu’au sein même de la Gauche co, nous n’avions pas de convergence de vues. Je
pense que nous devons l’analyser en détail, non pas pour nous jeter à la figure
telle ou telle prise de position : ce serait stupide et contre-productif. Pour ma part, j’ai la conviction
que notre avenir se joue maintenant. Allons-nous disparaître avec le Parti
communiste, sommes-nous en mesure de reconstruire seuls ou avec d’autres,
avons-nous même des perspectives de reconstruction ? Toutes ces questions sont en
débat. Je laisse donc la paroles aux camarades.
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