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Caroline Andreani
L'après élection présidentielle
Introduction à la discussion
Comité central de la Gauche communiste
12 mai 2007

Dimanche dernier, 53 % des électeurs ont choisi d’élire Nicolas Sarkozy Président de la République. Est-ce une catastrophe, va-t-on vers une dictature fascisante, comme le dénoncent certains ?

Quels sont les grands enseignements que nous pouvons tirer de l’élection présidentielle ?

Tout d’abord, la société française bascule-t-elle à droite ? Non, les résultats le montrent, nous sommes dans le même cas de figure qu’aux précédents scrutins. La France est partagée en deux, 50-50, avec une frange qui fait basculer le pouvoir dans un camp ou un autre.

Par contre, ce que nous pouvons tirer comme enseignement de ce vote, c’est :

  • que l’électorat polarisé par le FN de puis 1984 délaisse le vieux leader du parti d’extrême droite pour lui préférer un dirigeant de droite classique, extrêmement conservateur, qui offre une perspective d’exercice du pouvoir alors que le FN est écarté des responsabilités depuis 25 ans
  • que le Parti socialiste connaît une grave crise de confiance. Le choix de Ségolène Royal avait permis de lisser les appétits des quelques grands dirigeants historiques du Parti socialiste. Son échec fait, au contraire, remonter à la surface les aspirations déçues de Strauss-Kahn, Fabius, et consorts. Les prochaines semaines pourraient voir naître des divisions au sein du Parti socialiste : Emmanuelli propose déjà la création d’un nouveau parti et d’autres divisions pourraient émerger. En tout cas, le Parti socialiste ne restera pas sous la férule Hollande-Royal.
  • que François Bayrou s’est imposé comme un dirigeant de stature nationale. Il vise aujourd’hui la consolidation de son parti et travaille à la construction d’une carrure d’homme d’Etat
  • que la droite poursuit la politique qu’elle mène depuis l’élection de Chirac en 1995 : rien de nouveau sous le soleil. La diabolisation orchestrée par les socialistes contre Sarkozy ne doit pas nous masquer la réalité : la convergence de programmes entre le Parti socialiste et la droite. C’est un leurre dans lequel nous n’avons pas à tomber.
  • les candidatures issues des partis de la gauche plurielle ont été sanctionnées durement : que ce soit MGB ou Dominique Voynet, les résultats ont été calamiteux. La candidature Bové n’a pas remporté le succès escompté : aucune recomposition en vue de ce côté-là.
  • le seul à avoir augmenté son score est Besancenot, avec 270 000 voix supplémentaires. C’est d’ailleurs le grand enseignement de ce scrutin : en France, une fraction importante de la population reste attachée à une perspective de rupture révolutionnaire. Le Parti communiste ne portant plus cette perspective, son électorat se détourne pour choisir ceux qui incarnent à leurs yeux cette perspective, en l’occurrence le candidat issu du monde du travail qu’est Besancenot.

 Quelle est la situation du Parti communiste aujourd’hui ?

Ne nous voilons pas la face, elle est catastrophique. Avec moins de 2 % des suffrages, MG Buffet et l’équipe dirigeante ont amené le Parti à un score inférieur à celui de Robert Hue. A force d’enregistrer défaite électorale sur défaite électorale, la direction nationale ne peut plus tricher : l’influence du Parti est en déclin et nous allons rejoindre les Verts et les radicaux de gauche, repliés sur quelques positions locales et vivant sous perfusion du Parti socialiste.

La réaction de la direction nationale est très caractéristique : elle a demandé une rencontre au Parti socialiste entre les deux tours de la présidentielle pour « sauver » des circonscriptions. Or, elle n’a plus rien à monnayer et la réponse du Parti socialiste a donc été un refus très net.

Les futurs scrutins – législatives, cantonales et municipales – peuvent enterrer définitivement le Parti. En effet, il est très peu probable que le groupe à l’Assemblée puisse être maintenu, nous allons glorieusement vers la perte des deux CG que nous détenons. Les municipales vont nous faire perdre des positions supplémentaires. L’influence et l’implantation du Parti au niveau national sont gravement compromis. Soit dit en passant, nous avons des rumeurs convergentes sur la vente du siège de L’Humanité à Saint-Denis qui devrait intervenir après la fête en septembre : c’est une nouvelle mesure de l’érosion de l’influence communiste en France.

Au delà de cette « cuisine » électorale, l’attitude du Conseil national est extrêmement préoccupante. Au moment de la campagne, le CN a été totalement suiviste, les membres se mentant à eux-mêmes alors que tous les sondages et que le simple bon sens auraient voulu qu’ils prennent conscience de la situation. Au lendemain du scrutin, on constate la même cécité : « nous avions un bon programme, une bonne candidate, une bonne campagne ». Nous sommes victimes du vote utile mais notre influence va bien au delà des 2 % obtenus, ont dit en substance les dirigeants. Et ils ont annoncé qu’ils poursuivaient la stratégie de la présidentielle pour les législatives, afin de « récolter ce que nous avons semé ».

Le problème, c’est le manque total de réaction de l’appareil dirigeant à tous les niveaux de responsabilité. Certes, la période n’est pas à la satisfaction comme nous l’avons vu à d’autres moments. Mais les dirigeants sont en bout de course, incapables de redresser le gouvernail et de changer de route. En fait, l’idéologie abandonnée pour le pseudo-humanisme hérité de la « mutation », le parti est en fin de vie et rien ne paraît de nature à le prolonger.

Les refondateurs l’ont parfaitement compris : c’est certainement la raison de leur implication dans les collectifs antilibéraux avec l’espoir de recomposer une force à la gauche du Parti socialiste avant le marasme général. D’autres – je pense à Gayssot – préconisent une recomposition avec composantes du Parti socialiste et les quelques mouvements du type verts, radicaux, etc. C’est une hypothèse à ne pas négliger même si elle me paraît pour le moment sans fondement puisque nous n’avons entendu parler d’aucun rapprochement ni d’aucune discussion. Mais le séisme qui va se produire avec les législatives pourrait bien lui donner du corps.

En tout cas, ce qui se pose actuellement comme question à la Gauche communiste, c’est celle de la survie du Parti. Jusqu’à présent, nous avons fonctionné en conservant un pied dans le Parti. C’est la raison de notre implication dans les batailles du congrès notamment. Je pense qu’aujourd’hui, nous devons prendre du recul, analyser notre activité des derniers mois et réfléchir aux perspectives qui s’offrent à nous dans un contexte à moyen terme où le Parti perd des positions, se replie sur lui-même et à terme pourrait totalement disparaître.

Il me paraît en tout cas complètement illusoire de penser redresser le Parti de l’intérieur. Au niveau idéologique, il n’y a plus rien de commun entre la direction nationale et nous-mêmes. Les fondements de l’idéologie communiste sont totalement abandonnés. Au niveau de l’appareil, nous n’avons pas les forces nécessaires pour nous opposer à l’équipe dirigeante qui n’a plus comme perspective que sa survie, c’est à dire s’accrocher aux restes…

 Quel bilan de l’action de la Gauche communiste ?

Notre bilan, tout d’abord, je ne fais ici que l’esquisser. Nous savons que nous sommes essentiellement implantés à Aubervilliers, mais que nos prises de position vont au delà. Chaque mois, nous éditions une Lettre de la Gauche Co, régulièrement, nous adressons des analyses à une liste de diffusion de 600 noms, et nous avons un site qui nous permet de toucher un large (?) public.

Notre participation régulière au CN nous permet d’être entendus dans ce qui reste du Parti. A ce titre, je ferai une parenthèse : je pense que notre participation est importante et qu’il faut poursuivre même si les CN et les différentes instances type conférence nationale n’ont, somme toute, qu’un intérêt limité. Par contre, on peut regretter que la « gauche » du Parti, un moment rassemblée lors du 33e congrès, ne cherche pas à travailler collectivement. Une fois de plus, nous sommes confrontés au manque de maturité des divers courants qui espèrent tous « recomposer » autour d’eux. Le seul résultat produit, c’est une atomisation et un manque total d’efficacité. A contrario, les refondateurs qui ne sont pas forcément plus nombreux que nous, ont compris depuis longtemps, malgré leurs divergences, l’intérêt d’apparaître comme une force constituée et d’intervenir comme telle.

En terme d’organisation, nous restons une poignée de militants, peu organisés. Notre mode de fonctionnement est, de plus, difficilement compréhensible pour d’autres. C’est une des raisons, pas la seule, pour laquelle nous avons du mal à travailler avec d’autres courants de la gauche du Parti : on nous reproche les positions d’un tel ou d’un tel en l’attribuant à toute la Gauche communiste. Nous avons effectivement un manque de lisibilité.

 Quelles perspectives ?

Aujourd’hui, quelles perspectives avons-nous ?

La période à venir va déterminer le maintien ou non d’une force communiste dans notre pays. La nature ayant horreur du vide, il y aura, il continuera à y avoir, en France, des forces d’opposition et de résistance au capitalisme. Mais à quel niveau de conscience et à quel niveau d’organisation, là est l’enjeu !

L’élection présidentielle a montré qu’au sein même de la Gauche co, nous n’avions pas de convergence de vues. Je pense que nous devons l’analyser en détail, non pas pour nous jeter à la figure telle ou telle prise de position : ce serait stupide et contre-productif.

Pour ma part, j’ai la conviction que notre avenir se joue maintenant. Allons-nous disparaître avec le Parti communiste, sommes-nous en mesure de reconstruire seuls ou avec d’autres, avons-nous même des perspectives de reconstruction ?

 Toutes ces questions sont en débat. Je laisse donc la paroles aux camarades.