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Besoin de révolution ! Texte de la Gauche communiste pour le 33e congrès du Parti communiste 3 novembre 2005 Où en sommes nous ?
En France comme dans le reste du monde, l’humanité est
victime de la crise structurelle du capitalisme et des ravages qu’elle
engendre. Cette situation empire chaque jour. Elle entraîne le monde
dans la barbarie. Les États-Unis sont le véritable cœur de l’impérialisme, à
la fois tête pensante, coffre-fort et bras armé du capitalisme. Mais ils sont
également vulnérables : leur fragilité s’est révélée au grand jour avec la
récente tragédie de la Louisiane. Leurs contradictions internes les ont
conduits depuis la première guerre du Golfe à tenter d’imposer une domination
militaire sans partage pour défendre leurs intérêts. Leur endettement est
colossal. Le système financier international étant adossé au système financier
américain, le prix de la politique américaine est également payé par le reste
du monde. En cas d’effondrement financier, les États-Unis pourraient entraîner
le reste du monde dans une faillite boursière. Deuxième impérialisme par ordre d’importance, les pays
d’Europe occidentale, avec les principales puissances que sont l’Allemagne, la
France et l’Angleterre. Ils se sont dotés d’une structure politico-économique
supra-étatique, l’Union européenne. Elle traverse de graves difficultés. Elle
connaît un manque de légitimité, mis à jour par le rejet du traité
constitutionnel par la France et la Hollande ; une opposition croissante
face à la remise en cause des acquis sociaux ; une crise économique
endémique qui s’approfondit malgré les diktats des commissaires européens qui
imposent un libéralisme à tout crin ; des difficultés internes aggravées
par l’élargissement à plusieurs pays d’Europe de l’Est. Troisième pôle impérialiste enfin, le Japon et les
« nouveaux dragons » (Corée du Sud, Taiwan). Ils ont du mal à se
remettre de la crise financière asiatique. Leur prééminence économique est
aujourd’hui battue en brèche par la montée en puissance de la Chine. Face à ces trois grands pôles impérialistes, le reste de la
planète se partage entre victimes du capitalisme et pays résistants. Les résistances à la mondialisation capitaliste sont
diverses. Parmi elles, on peut citer la Russie, à travers le renforcement de
l’État, la renationalisation de secteurs-clés de son économie dont le secteur
des hydrocarbures, et son repositionnement sur la scène internationale ;
la Chine, qui s’affirme comme une puissance économique émergente de premier
plan (ce qui inquiète les États-Unis), au prix d’un développement sauvage du
capitalisme et de l’exploitation extrême d’une fraction des travailleurs
chinois ; l’Inde, qui s’annonce comme la deuxième grande puissance
économique émergente ; l’Afrique du Sud, seule véritable puissance
économique du continent africain, qui joue un rôle diplomatique international
de premier plan ; plusieurs pays d’Amérique centrale et latine qui
desserrent l’étau américain : le Venezuela, la Bolivie, l’Argentine… et
bien évidemment Cuba. L’évolution de l’Amérique latine est d’autant plus
intéressante qu’étant l’arrière-cour des États-Unis depuis le 19e siècle, elle
vit sous leur emprise directe. Dans
le reste du monde, surtout en Afrique et en Amérique
latine, le rouleau compresseur de l’impérialisme joue
à plein. Ces pays servent
à la fois de réservoir de matières
premières – agricoles, minières – et de
réservoir
de main d’œuvre, sous forme de migrations, et à
travers les délocalisations.
C’est une véritable division internationale du travail,
qui voit la classe
ouvrière au plan mondial progresser en nombre. Ces pays sont
également mis à
contribution dans les services, les technologies de pointe, la
recherche et
développement… Dans un grand nombre de pays, on assiste à une concurrence
acharnée entre l’impérialisme américain et les impérialismes secondaires
concurrents. L’exemple du pré-carré français en Afrique est révélateur. Les
États-Unis y envoient des conseillers militaires et des associations
« caritatives », suivis de près par des hommes d’affaires :
l’impérialisme américain gagne du terrain. Cette concurrence entre impérialismes n’est pas nouvelle. La
nouveauté réside dans la stratégie systématique menée par les États-Unis pour
étendre leur domination dans tous les domaines : militaire, financier,
économique, scientifique, culturel, technique, idéologique… L’impérialisme
américain est dans une phase d’extension sans précédent qui s’explique par sa
propre crise et sa course au sur-profit. Dans le même temps, il se heurte à de
fortes oppositions. On voit émerger des résistances au niveau de certains
États, au niveau des peuples – comme le montre la résistance irakienne à
l’occupation américaine –, ainsi qu’une prise de conscience dans des milieux
divers : mouvement syndical, églises, monde intellectuel, etc. Le
mouvement alter-mondialiste, avec ses nombreuses limites, est significatif de
la prise de conscience des méfaits de l’impérialisme. Les causes de cette situation
Les causes sont multiples et pour la plupart liées à la
crise de structure du capitalisme. L’une des causes essentielles réside dans la
disparition de l’Union soviétique et du bloc des démocraties dites populaires.
Durant plus de 70 ans, quelle que soit l’analyse que l’on ait de cette
expérience, l’Union soviétique a constitué une alternative au système
capitaliste. Un autre facteur a joué pleinement : l’essor du
capitalisme financier, qui a connu une forte accélération grâce au
développement des nouvelles technologies. Le capitalisme financier a pris barre
sur le capitalisme industriel : aujourd’hui, ce sont les établissements
financiers et les actionnaires – notamment les fonds de pension – qui dirigent
les entreprises, selon des critères strictement financiers et non plus
industriels. Cette situation engendre une déconnexion totale entre le système
financier international – la Bourse –, et la réalité économique. La panique
engendrée par la crise boursière asiatique est révélatrice de la gravité de la
situation : c’est l’ensemble du système financier international qui s’est
trouvé menacé. Nous sommes dans une conjoncture qui n’est pas sans rappeler
celle qui existait à la veille de la crise de 1929. Ses conséquences pourraient
être beaucoup plus graves. Les conséquences dans le monde
Le capitalisme n’a jamais été aussi prédateur
qu’actuellement. Il a besoin de trouver sans cesse de nouveaux marchés pour
accroître son emprise. La disparition de l’Union soviétique lui a redonné du
souffle en lui permettant de faire main-basse sur des marchés jusqu’alors
inaccessibles. Mais l’embellie a été de courte durée, à peine une décennie.
Cela explique les appétits qui s’aiguisent devant la Chine. Ses marchés
pourraient donner de l’oxygène pour quelques années au système capitaliste. Dans tous les pays, y compris dans les pays riches, la
misère s’aggrave. A travers le mécanisme de la dette, les organismes
internationaux (Fonds monétaire international, Banque mondiale…) imposent des
politiques économiques libérales qui empêchent tout développement économique.
Les économies s’intègrent les unes après les autres dans le système financier
mondialisé. Pour les populations, cela se traduit par une précarité
toujours plus importante puisque les organismes financiers internationaux
imposent une réduction des services publics et des coupes dans les budgets
d’éducation, de santé, etc. Suivant les impératifs du capitalisme, cette précarité est
souvent assortie de « conflits localisés » : les États pillés,
déstabilisés, perdent toute légitimité et leurs capacités à maintenir les
fonctions régaliennes traditionnelles (paix, justice, police…). C’est le cas
entre autre de l’Ethiopie, de la Somalie, du Congo démocratique, de
l’Argentine, d’Haïti, de la Côte d’Ivoire… Dans d’autres pays, le capitalisme
suscite des guerres, comme en Irak ou en Afghanistan. Ces stratégies de chaos
ont été théorisées par les « think tanks » américains. Quand il le
juge préférable, le capitalisme peut aussi imposer des politiques intérieures
répressives pour maintenir une certaine stabilité : c’est le cas du Togo,
du Salvador, du Nicaragua, des Philippines, de l’Indonésie, etc. La situation de la France
En France, les élites politiques de droite ou de gauche ont
progressivement adopté les thèses de l’économie libérale et les ont mises en
pratique. Calquant leurs programmes sur les desiderata du Medef, ils ont
contribué à partir des années 70-80 à déstabiliser les politiques économiques
et sociales héritées de l’après-guerre, en s’attaquant principalement à la
politique industrielle de la France, en imposant une déréglementation
généralisée et en remettant en cause les acquis sociaux. Après avoir liquidé les mines et la sidérurgie, ils ont
appliqué les recettes libérales en cours aux États-Unis : abandon de la
politique industrielle nationale, restructuration du monde agricole vers une
agriculture de type industriel, réorientation vers le tout tertiaire,
développement d’un chômage de masse pour réduire le coût du travail… Ces
dernières années, le phénomène s’est encore amplifié avec les délocalisations.
En 25 ans, à l’instar de l’Angleterre ou de l’Allemagne, notre économie s’est
fragilisée et appauvrie, avec des conséquences sociales dramatiques : chômage
de masse touchant 10 % de la population active, développement de la
précarité avec 4 millions de personnes vivant sous le seuil de la
pauvreté, attaques contre le système de santé, la sécurité sociale et les
retraites, attaques contre le logement social, etc. La dégradation de la situation économique et sociale s’est
accompagnée d’une perte de crédibilité du monde politique. L’élection d’un
président socialiste en 1981, après plus de 20 ans de règne sans partage de la
droite, avait créé d’immenses espoirs. Espoirs rapidement déçus, puisque les
engagements pris ont été abandonnés pour mener une politique de régression
sociale. Le Parti socialiste a tenté une politique de gestion sociale du
capitalisme. Il a cherché à concilier une politique économique libérale et une
véritable politique sociale, en un mot à réformer le capitalisme. Cette
impossibilité à mener une politique sociale dans le cadre libéral explique en
grande partie la sanction électorale du 21 avril 2002. Quelle alternative au
capitalisme ?
La situation que nous subissons illustre parfaitement la
nature du capitalisme. Elle confirme la justesse de l’analyse marxiste :
il n’existe qu’une seule alternative à la barbarie où nous conduit le
capitalisme, l’enclenchement d’un processus révolutionnaire ouvrant la voie au
communisme. S’il n’y a pas à brève échéance un retournement de situation, nous
nous dirigeons vers un véritable recul de civilisation, dans un monde
totalement dominé par les multinationales, qui pillent le vivant et les
matières premières, exploitent sans frein les peuples, organisent sciemment des
guerres, tout cela au profit d’une minuscule élite qui accumule le capital. De
plus en plus de gens en prennent conscience. La révolution est-elle évitable comme en rêvent
certains ? Certainement pas : le capitalisme est une machine à broyer
d’une violence extrême. Il ne fait aucune concession sauf dans le cadre d’un
rapport de forces. Et comment instaurer un rapport de forces autrement que par
une révolution, c’est à dire une transformation radicale de la société ?
Cette transformation peut-elle être autre chose que le renversement du capital
dominant par le peuple ? Dans une conjoncture où le capitalisme paraît victorieux,
rendant peu perceptible la transformation de la société à court terme, il est
de la plus grande l’importance que les communistes d’élaborent un programme de
renversement du capitalisme. La propriété des principaux moyens de production
est au cœur du problème. La rupture avec le capitalisme ne peut se faire qu’à
condition de mettre en place les bases d’une véritable démocratie économique,
et donc de poser la question de la gestion par les travailleurs après la
révolution. Une première étape serait de nationaliser les secteurs
bancaire et financier, les assurances, et les entreprises dominantes des
secteurs stratégiques de l’économie : transports, agriculture, énergie,
eau, santé, etc., ce qui implique en premier lieu de sortir de Maastricht. Il
s’agit non pas de reproduire ce qui a été expérimenté en Union soviétique, qui
a montré ses limites, mais de redonner au pays les moyens de diriger son
économie. Malgré la mondialisation, malgré le poids du libéralisme en Europe et
en France, il est possible de s’extraire des règles du système capitaliste dans
un cadre national : l’expérience du Venezuela, bien plus écrasé que la
France par l’impérialisme américain, montre qu’il n’y a pas de fatalité, à
condition qu’il y ait rupture. Cette rupture ne peut être qu’une révolution. Quelle perspective communiste en
France ?
Parallèlement au discrédit de la classe politique, on a
assisté à une régression savamment orchestrée de la conscience politique. Elle
a visé au premier chef le Parti communiste français et le mouvement syndical,
dont la CGT, habituellement principaux obstacles à la progression de
l’idéologie libérale. Cette bataille idéologique a marqué d’autant plus de
points que la direction du PCF, après la chute de l’URSS, a fait des
concessions à la classe dominante sur histoire du communisme. Elle a également
abandonné la théorie marxiste, pour lui substituer un salmigondis idéologique
basé sur un retour au socialisme utopique (combiné à une obsession des
sondages), qui ne lui permet pas d’analyser correctement l’évolution du
capitalisme. D’où son glissement vers la sociale-démocratie, particulièrement
entre 1997 et 2002, qu’un certain gauchissement du discours depuis ne parvient
pas à stopper. Ce recul idéologique s’est accompagné d’une régression
politique. Le PCF, implanté dans le monde du travail, a abandonné ce terrain.
On ne peut qu’être impressionné par la dégringolade qui a suivi. Premier parti
de France à la Libération avec 28,8 % aux élections, capable d’attirer à
lui près de 20 % des suffrages à la fin des années 70, le Parti a connu
depuis une chute vertigineuse. Aux dernières élections présidentielles, le
candidat Robert Hue n’a pas atteint les 4 %. Aux élections locales, le
Parti a perdu de nombreux « bastions ». Partout,
notre influence électorale est en net recul. Les prochaines élections de 2007
et 2008, dans le rapport de forces actuel, s’annoncent très difficiles. Il ne faudrait pas que le PCF, qui a retrouvé une
crédibilité avec la campagne du referendum contre le traité constitutionnel
européen, replonge aux erreurs de 1997. Les conditions de participation à un gouvernement
dépendent du contexte : les conditions réunies en 1945 pour la
participation gouvernementale, ou pour une part en 1981, n’étaient pas réunies
en 1997. Elles ne le seront pas plus en 2007, avec un Parti communiste en perte
de vitesse, incapable d’imposer un rapport de forces favorable au monde du
travail. Aucun ministre communiste n’aurait sa place dans un gouvernement
social-libéral, même en cas d’accord sur un programme qui ne serait pas plus
respecté que les maigres accords conclus en 1997. Dans ce contexte, notre 33e
congrès est d’une importance extrême : ou, sur la base d’une analyse
marxiste, notre Parti redevient le parti de la classe ouvrière, avec pour
perspective la révolution, ou bien il risque de disparaître à brève échéance
parce qu’il n’y a pas de place pour deux partis socialistes. Le PCF est-il condamné à disparaître ? Non. On a vu
durant la campagne du referendum qu’il reste une force politique d’importance
et que ses militants, par exemple dans la CGT, jouent un rôle positif. Mais y
aura-t-il un « après 29 Mai » pour lui et les autres forces
politiques qui ont fait campagne pour le Non ? Rien n’est moins sûr si le
Parti communiste se cantonne à rechercher un simple « programme
anti-libéral » avec les « forces de gauche » qui ont fait
campagne pour le Oui… Le 29 Mai ne doit pas être qu’une éclaircie dans un ciel
plombé. Les Français ont rejeté les effets du capitalisme dans sa phase
actuelle, même s’ils n’en ont pas forcément conscience. Ils ont maintenant
besoin de perspectives : ils sont en attente de propositions. Jusqu’à
présent, les forces du Non n’ont pas réussi à traduire sur le terrain des
luttes la colère exprimée le 29 Mai. Il faut réfléchir aux causes profondes de
cette incapacité : est-ce parce que les Français se méfient de la
politique ou parce qu’il n’existe pas de force politique crédible, porteuse
d’une véritable alternative ? Il est essentiel et urgent que notre Parti se repositionne
sur l’échiquier politique intérieur. Il faut éviter deux écueils : le
rapprochement jusqu’à la fusion dans une mouvance d’alternative citoyenne ou un
tête à tête avec le Parti socialiste sous forme d’alliances électoralistes. Le
véritable défi pour notre Parti est de renouer avec son identité
révolutionnaire. Il doit poursuivre l’effort entamé et revenir dans le monde du
travail qu’il a abandonné. Il a une responsabilité majeure, non pas pour
imposer ses analyses et ses propositions, mais pour les faire comprendre et
partager dans les mobilisations et les luttes. Dans ce cadre, la dynamique du 29 Mai pourrait trouver un
prolongement politique dans l’élaboration d’un programme véritablement
anti-capitaliste, révolutionnaire et démocratique, pour aujourd’hui, qui
définisse les conditions de la rupture avec le capitalisme. Cette démarche n’est
pas réservée aux seuls communistes : elle doit être menée, aujourd’hui et
demain, dans le respect du pluralisme révolutionnaire. Des propositions immédiates
Conjointement au programme de rupture avec le système
capitaliste, le Pcf doit proposer des objectifs immédiats : l’abrogation
des ordonnances Villepin ; l’augmentation des salaires de
300 € ; l’arrêt des privatisations ; la sortie du Traité de
Maastricht… sont autant de mesures concrètes qui permettraient de faire évoluer
la situation sociale et économique du pays. A contrario, les 27 propositions de
Marie-George Buffet sont très insatisfaisantes puisque aucune ne s’inscrit dans
une perspective de remise en cause du système capitaliste. Premiers signataires M. AMOR - X. AMOR - C. ANDREANI - MC. ANDREANI - A.
ARANDA - H. ARTEAUD - M.S. BABEL - D. BALLAIS - JP. BALLAIS - C. BAUMGARTEN - R.
CANONGE - G. CHERBONNIER - F. COMBES - J. CORSET - J. DONNET - P. FOUCHERANT - M.
FRETUN - C. GAUTHIER - D. GUEHL - JA. GUIDOU - JJ. KARMAN - M. KARMAN - F.
LACHE - P. LATOUR - G. LAURENT - G. MALETRAS - P. MARTIN - G. MARTINVALET - D.
MAZANON - M. MELINAND - M. MENDY - E. MULLER - R. NADI - B. NOTTIN - G. OLLIER
- E. ORQUIN - C. PENTIER - O. POIRET - P. QUETGLAS - JL. REMANDE - A. RENAUD - N.
RENAUD - G. REQUIGNY - A. RODRIGUEZ - M. ROUSSEAU - M. RUER - I. SOAVE - F.
TLILI - N. VALERA - A. WOHLGROTH
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