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Approches Marxistes
journal théorique de la Gauche communiste Il est publié trois fois par an. Abonnement : 10 € / an. Chaque numéro aborde des sujets théoriques et des thèmes d'actualité. Pour vous abonner : écrivez-nous à l'adresse suivante : gauche.communiste@yahoo.fr Retour à la page d'accueil d'Approches Marxistes Recherche par auteurs Classiques Numéro 1 (début 2004) Spécial congrès Numéro 2 (mi 2004) Sortir de l'Europe de Maastricht Numéro 3 (fin 2004) Où va le PCF ? Numéro 4 (début 2005) L'incontournable marxisme de Marx Numéro 5 (mi 2005) Le stalinisme du PCF Numéro 6 (fin 2005) Quelles sont les conditions du vrai changement ? Numéro 7 (début 2006) Réforme ou révolution ? Numéro 8 (mi 2006) Etat et stratégie Numéro 9 (fin 2006) Le PS, gérant loyal du capitalisme Numéro 10 (début 2007) Les présidentielles et nous ! |
Où va le PCF ? Jean Jacques Karman L’appareil est un enjeu très important. Cet enjeu a toujours
été sous-estimé par les oppositionnels communistes. Et pourtant, cet appareil
communiste a été construit par le dévouement des militants communistes et
surtout par l’aide financière de l’URSS. Construire ou reconstruire un tel
appareil est une tache colossale, devant laquelle beaucoup se sont « cassé
les dents ». L’idéal serait qu’une majorité des militants communistes
opte pour le retour au marxisme et garde l’appareil. Certains nous
dirons : « Pas d’illusion, cela n’arrivera jamais ». D’autres vont jusqu’à nous traiter de complices de la
direction de PCF, en soulevant cette question. Nous ne savons pas, si cela se
fera, simplement nous nous souvenons qu’au dernier congrès, à notre initiative,
un rassemblement contre la ligne réformiste de la direction a recueilli
26,5 %, la direction passant de justesse avec seulement 51 %. Nous
constatons qu’aucune opposition communiste n’a réussit à construire un vrai
Parti Communiste. Et pourtant certains ont déclaré vouloir le faire ! Dans notre débat sur « Où va le PCF ? », ne
mettons pas de côté cette question. Des chiffres qui annoncent une catastrophe imminente! Les effectifs du PCF sont des indicateurs intéressants qui
reflètent bien les périodes de progression et les problèmes du parti. Les
chiffres annoncés sont souvent faux car il est difficile pour la direction du
PCF de dire que la ligne du dernier congrès est juste, mais que les effectifs
sont en baisse.
J’ai été, dans les années 70, responsable aux effectifs de
la fédération Seine-Saint-Denis, l’une des plus importante du PCF. Et je peux
témoigner que les chiffres étaient gonflés au niveau de la fédération d’environ
1 000 adhérents. Certaines sections, voire des cellules, gonflaient aussi
leur effectif d’adhérents, puis au niveau national, la balance était faite en
hausse pour justifier la ligne du moment. Il reste que l’on peut lire les crises du parti en analysant
les effectifs, année après année. Nous distinguons trois sommets de l’influence
du PCF : 1937 avec 328 547 adhérents (suite au rôle positif joué par
le PCF dans la victoire du Front Populaire et les grèves de juin 36), 1946 avec
814 285 adhérents (conséquence de l’action héroïque des militants du PCF
dans la Résistance et la Libération), 1981 avec 710 138 adhérents, là je
suis sûr que la direction du PCF a inversé la tendance. En réalité, c’est
l’année 1978 qui marque le troisième sommet de l’influence du PCF (résultat de
l’illusion créée par le PCF autour du « Programme Commun »). Nous remarquons aussi quatre pointes de crise du PCF :
1933 avec 28 825 adhérents (la période ultra sectaire de « classe
contre classe »), 1940 avec environ 5 000 adhérents (la
mise hors la loi du PCF et la signature du « Pacte
germano-soviétique »), 1961 avec environ 300 000 adhérents
(l’addition de plusieurs années de grandes difficultés pour la direction du PCF
à tirer les premiers enseignements des méfaits du stalinisme. Le 21 décembre
1961, on fête encore l’anniversaire de la naissance de Joseph Staline et on
édite une brochure de 22 pages à ce sujet), et aujourd’hui, en 2004 on ne
comptabilise plus que 130 352 adhérents. Cette dernière chute de près de
600 000 adhérents, en quelques années, est la plus importante de toute
l’histoire du PCF. Et nous ne sommes pas arrivés au bout de celle-ci. La direction actuelle du PCF peut dire que les chiffres sont
aujourd’hui exacts, et peut-être le sont-ils vraiment ; mais il faut
préciser qu’avec la « Mutation », la carte n’est plus annuelle et il
faut savoir aussi que nous ne sommes plus membres du Parti, pour ne plus être
comptés comme adhérents. La cause principale de la déroute actuelle est, à mon avis,
liée à la sortie difficile du stalinisme à la française. Celle-ci s’est faite
par la porte de droite, c’est à dire sur des positions social-démocrates, de
reniement du marxisme et d’abandon de la lutte des classes. Est-il encore
possible que le PCF remonte vers un nouveau sommet d’influence au service de la
révolution ? Avec la direction actuelle : NON ; mais le capitalisme
n’est pas la fin du monde et un parti communiste marxiste révolutionnaire verra
forcément le jour et sera utile pour que la classe ouvrière et le peuple de
France accomplissent le renversement de la dictature de la bourgeoisie. D’autres preuves du désastre annoncé! En 1976, au temps où l’analyse marxiste du rôle de la classe
ouvrière était encore l’une des bases de l’action du PCF, il était implanté
avec 627 cellules et 28 sections dans 60 entreprises de plus de 5 000
travailleurs et comptait 10 178 communistes parmi les 562 285
salariés de ces mêmes entreprises. Les communistes de 43 grandes entreprises étaient
en liaison directe avec le Comité Central du PCF. En 1978, il y avait 28 000 cellules du PCF dont
1 000 dans les entreprises. 11 ans plus tard, en 1999, il n’y avait plus
que 13 545 cellules (- 52 %) dont 2 799 d’entreprises
(- 65 %). Aujourd’hui, où la cellule n’est plus la structure de base
du Parti, tout cela s’est effondré et aussi l’influence dans la classe
ouvrière. (Voir les résultats électoraux épouvantables. Le PCF est aujourd’hui
le dernier parti dans la classe ouvrière). Une vente de l’Huma à 47 545
exemplaires au lieu des 532 505 en 1945 est la dernière preuve de la
dérive de la direction du PCF. En 2004, il n’y a plus un seul ouvrier dans la
direction nationale (l’ex Bureau politique), alors qu’une direction d’un parti
communiste devrait, au minimum, refléter aussi sociologiquement les couches de
la société qu’elle prétend défendre. Un retour à la lutte des classes n’est pas un retour
nostalgique, passéiste, conservateur ou encore stalinien, mais plutôt une
démarche d’avenir, ouverte, incontournable pour qu’un PCF joue pleinement son
rôle au service de la classe ouvrière et du peuple. En 2004, pour le PCF, tous les voyants sont au rouge ! Des
effectifs réels certainement en dessous de 100 000
adhérents, avec une moyenne d’âge très
élevé et des résultats électoraux au
plus bas, annoncent un avenir incertain pour le PCF. Une autre constatation : avec de 3 000 (en 2004) à
9 300 adhésions (en 1976) par an, le PCF a vu passer, dans ses rangs,
depuis 1946, plus d’un million de femmes et d’hommes. Le plus grand parti de France, c’est le parti des
« ex » membres du PCF. Il y a 10 fois plus d’« ex » membres
du PCF que de membres actuels au PCF. Beaucoup de ces « ex » sont
toujours communistes et souhaitent l’existence d’un vrai Parti Communiste. Il y
a donc un avenir pour le communisme et la révolution en France.
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