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Approches Marxistes
journal théorique de la Gauche communiste

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Numéro 1
(début 2004)

Spécial congrès

Numéro 2
(mi 2004)

Sortir de l'Europe de Maastricht

Numéro 3
(fin 2004)

Où va le PCF ?

Numéro 4
(début 2005)

L'incontournable marxisme de Marx

Numéro 5
(mi 2005)

Le stalinisme du PCF

Numéro 6
(fin 2005)

Quelles sont les conditions du vrai changement ?

Numéro 7
(début 2006)

Réforme ou révolution ?

Numéro 8
(mi 2006)

Etat et stratégie

Numéro 9
(fin 2006)

Le PS, gérant loyal du capitalisme

Numéro 10
(début 2007)
Les présidentielles et nous !

La longue marche vers la démarxisation du PCF…

Gérard Réquigny


« Le Parti communiste français fonde son action sur le marxisme-léninisme, qui généralise les connaissances philosophiques, économiques, sociales et politiques les plus avancées. Cette doctrine est une conception scientifique du monde, une méthode d’analyse de la réalité, un guide pour l’action s’enrichissant sans cesse des acquisitions de la science, des expériences de l’action de classe des travailleurs en France et dans le monde, des réalisations des pays où le socialisme à triomphé. »

Statuts adoptés par le 17e congrès du Parti communiste,  14-17 mai 1964

« Dans son effort constant d’analyse de la réalité sociale, dans son activité théorique comme dans son action, le Parti communiste français s’appuie sur le socialisme scientifique, fondé par Marx et Engels, puis développé par Lénine et d’autres dirigeants et théoriciens du mouvement ouvrier. Cette théorie, matérialiste et dialectique, s’enrichit sans cesse à partir de l’avancement du savoir et de la pratique sociale, des expériences de l’action de classe des travailleurs en France et dans le monde, des enseignements positifs et négatifs de l’édification du socialisme. »

Statuts adoptés au XXIII° congrès en 1979

« C’est dans et par la démocratie que le PCF défriche une voie révolutionnaire inédite, celle de la promotion de la capacité d’intervention autonome du peuple. Son effort de construction d’une organisation politique nécessaire au processus de transformation sociale, enraciné dans plus d’un siècle d’histoire, s’inscrit dans ce choix fondamental. En dégageant les leçons des avancées comme des tragédies et des échecs de ce processus, le PCF est attentif aux enjeux et défis d’aujourd’hui, il veut trouver une efficacité nouvelle, comme l’ont voulu ses fondateurs au congrès de Tours en 1920, dans les conditions de leur temps. »

Préambule des statuts adoptés au 28e congrès, 25-29 janvier 1994

Il ne saurait exister de parti socialiste fort sans une théorie révolutionnaire qui unisse tous les socialistes, d'où ils tirent toutes leurs convictions et qu'ils appliquent à leurs méthodes de lutte et à leurs moyens d'action.  Défendre une telle théorie que l'on considère comme profondément vraie, contre les attaques injustifiées et les tentatives de l'altérer ne signifie nullement qu'on soit l'ennemi de toute critique. Nous ne tenons nullement  la doctrine de Marx pour quelque chose d'achevé et d'intangible ; au contraire, nous sommes persuadés qu'elle a seulement posé les pierres angulaires de la science que les socialistes doivent faire progresser dans toutes les directions s'ils ne veulent pas retarder sur la vie.

Lénine, Notre programme, 1899

marx est mort

Cela fait près de 30 ans que les équipes dirigeantes du PCF ont engagé ce processus qui par moment a connu des accélérations, parfois des ralentissements, de bref retours en arrière mais globalement une avancée inexorable vers une démarxisation des textes, des esprits et bien évidemment des pratiques.

Le 22ème congrès qui se voulait le Congrès de la rupture avec le stalinisme et le néo-stalinisme a été de fait, celui de la rupture avec le marxisme comme si, pour être anti-stalinien il fallait être antimarxiste.

Ce fut en effet le congrès de l'abandon d’un principe fondateur du marxisme : la dictature du prolétariat. A la nécessité de revisiter ce concept, voire d’adapter le vocabulaire à notre époque, le congrès a choisi l'abandon du concept même alors que la dictature de l’argent continue de faire chaque jour de nouveaux ravages.

Et même si la résolution du 22e congrès (« Ce que veulent les communistes pour la France ») précise que « Pour remplir avec succès sa tâche, le Parti communiste doit enrichir sans cesse sa théorie. Fondée par Marx et Engels, développée par Lénine et par le mouvement communiste mondial, celle-ci se nourrit aussi de l’avancement des connaissances et prends en considération le socialisme existant, l’évolution de la réalité sociale, les événements internationaux, les luttes des peuples. », c’est par une courte résolution annexe qu’il décide que « onsidérant que la notion de dictature du prolétariat n’exprime pas la réalité de ce que le Parti communiste français propose au pays, décide de ne plus faire figurer la dictature du prolétariat parmi les objectifs du parti. » (Résolution de 22e congrès, 7 février 1976).

Sans théorie précise de l’Etat nous nous sommes alors trouvés incapables de caractériser la période de transition révolutionnaire : le socialisme. Il faudra donc adapter les statuts, ce qui sera l’affaire du 23e congrès en 1979 qui en profitera pour une nouvelle « avancée ». Ainsi Paul Laurent précise dans son rapport au Congrès que c’est « une vue plus évolutive et plus active sur les problèmes du socialisme scientifique qui a conduit tout en soulignant l’apport premier, essentiel de Marx et d’Engels, les développements considérables de Lénine, à renoncer à la formule "marxisme-léninisme". »

Personne ne peut nier l’importance et la nécessité d’étudier et de prendre en compte les apports marxistes de Lénine, de Rosa Luxemburg, de Gramsci et des révolutionnaires, qui sans exclusive appartiennent à notre patrimoine. Mais pas plus que le terme de marxisme ne niait l’apport essentiel d’Engels, et de tous ceux qui les ont précédé, la notion de "marxisme-léninisme" ne portait en elle cette restriction et cela même s’il a bien souvent été réduit à un dogme. Cette formule indiquait justement le fait que le marxisme n’était pas figé, qu’il devait tenir compte de la réalité et de la spécificité de chaque pays, qu’il doit se renouveler en permanence à partir de l'analyse scientifique du mode de production, de la pratique sociale, et du progrès des connaissances scientifiques et techniques.

C’est ensuite au 28e congrès en 1994 que la volonté de faire du Parti Communiste, un parti « comme les autres » allait toucher à son aboutissement. L’abandon tout d’abord du « centralisme démocratique » dont la pratique a été dévoyée par ceux là même qui ont appelé à sa suppression. Pour autant, le principe est pour nous toujours valable pour une organisation révolutionnaire : « Les décisions prises après une large discussion sont applicables, la minorité doit se soumettre aux décisions de la majorité ».

L’abandon de ce principe de fonctionnement ne devait servir qu’à permettre à quelques uns de pouvoir dire ce qu’il veulent, quand ils veulent, où il veulent, sans tenir aucun compte de l’avis des communistes. Dans le même temps le Congrès décidait que les statuts ne devaient plus faire référence au marxisme. Ainsi Francette Lazard dans son rapport précise que « rien n’est prescrit ni assuré en dehors du développement effectif des initiatives humaines. (…) Nous nous sommes dégagés de l’illusion fallacieuse de détenir les clés du mouvement historique. » Elle doit cependant préciser, mais ce n’est qu’une figure de style, que « certains se sont inquiétés de ne plus voir formuler dans cette introduction des rappels de principe se référant aux fondements de la théorie marxiste pour définir l’essence révolutionnaire du Parti. »

Cette modification des statuts va aussi avoir des conséquences fortes sur les esprits. Certains voyant avec cette suppression, la disparition de la classe ouvrière, remplacée par « les gens », et même de la lutte de classe qui aurait fait son temps. Depuis 1979 déjà, les statuts précisaient que l’adhésion au matérialisme n’était pas une condition d’admission au Parti …. (mais l’avait-elle jamais été ?), il n’y avait donc plus lieu de former les adhérents à connaître le marxisme, la philosophie matérialiste et le matérialisme historique, l’économie politique marxiste… afin qu’il s’approprient les outils d’analyse leur permettant mesurer le sens historique de leur engagement.

Les conséquences de cet abandon de référence théorique s’est également fait sentir au niveau des pratiques. Le PCF n’ayant plus de « clés du mouvement historique », il n’avait plus rien à proposer et n’était plus là que pour écouter « les gens » et répercuter leurs demandes. Le travail d’analyse et de réflexion dans tous les domaines de centaines de militants durant des dizaines d’années étaient ainsi passés par pertes et profits. C’est aux « gens » de déterminer ce qu’ils veulent, le parti suivra !

Le parti communiste est donc bien maintenant un parti « comme les autres » sans théorie révolutionnaire perdant ainsi de vue la XIème thèse de Karl Marx sur Feuerbach : « Les philosophes n'ont fait qu'interpréter le monde de différentes manières - ce qui importe, c'est de le transformer ».

Cet abandon de toute doctrine officielle est le chemin suivi par la social-démocratie qui sous couvert de modernisme a abandonné toute référence au marxisme.

Cette absence de vison prospective, d’alternatives politique pour notre pays a conduit les luttes de ces dernières années dans des impasses. Le parti révolutionnaire dont notre pays a besoin doit être en capacité de proposer une alternative politique permettant de dépasser les contradictions. Comment cela serait-il possible en se limitant au seul « déploiement effectif des capacités d’intervention de tous ceux qui veulent contribuer au processus d’émancipation humaine » sans référence à une théorie révolutionnaire ?

L’absence du PCF sur ce terrain porte un coup sérieux aux lutte revendicatives elles-mêmes. « C’est en redevenant, dans la pratique, un parti d’avant-garde, un parti de la classe ouvrière, capable de procéder à l’analyse scientifique de la réalité, un parti solidement organisé en cellules dans les entreprises, les quartiers, populaires, les établissements scolaires, les villes, les villages, un parti accueillant aux travailleurs immigrés, que nous serons réellement le « parti utile » dont les travailleurs et notre peuple ont besoin ».*

Mais le renoncement touche maintenant à l’organisation politique elle même : les réunions de cellules, lieu s’il en est où « chacun compte pour un », sont remplacées par des assemblées générales de section où peuvent parader quelques « spécialistes » de la parole, la visite mensuelle des adhérents pour collecter les cotisations est remplacée par le prélèvement automatique… Le Parti communiste est aujourd’hui essentiellement un parti d’élus (tout au moins au niveau des dirigeants). Un parti qui a remplacé l’analyse de classe par l’analyse des scrutins électoraux ce qui le conduit à rechercher des alliances ponctuelles avec des groupes de pression ou des individus, responsables syndicaux ou associatifs.

Le marxisme n'est pas une explication parmi d'autres. L’âme vivante du marxisme, c’est l’analyse concrète de la réalité concrète et pas du tout une simple pensée de référence. Garder la référence au marxisme n’est pas une question doctrinaire mais un acte révolutionnaire qui aide aussi à donner une perspective. La théorie marxiste est un guide pour l'action, c’est la théorie révolutionnaire du mouvement ouvrier en dehors duquel il ne peut exister de parti révolutionnaire. Ce sont Marx et Engels qui ont démontré que «l'histoire de toute société est l'histoire de lutte des classes. Leurs analyses sur le capitalisme sont plus que jamais confirmées par la crise que nous vivons. Le Manifeste du parti communiste est toujours un texte d’une grande actualité. Ce sont eux qui ont démontré scientifiquement qu'entre le capitalisme et la classe ouvrière, c'est une lutte sans merci. Née comme critique de l’idéologie bourgeoise, cette théorie doit vivre quotidiennement de cette critique. Elle fournit des armes à la lutte révolutionnaire de la classe ouvrière, forge des instruments qui la renforcent et font ressortir les objectifs de son action.

L’esprit du marxisme c’est qu’il ne reste vivant qu’accompagné d’efforts sans cesse recommencés d’une mise en cohérence des idées, compte tenu des réalités d’une situation. Marx et Engels ont été les premiers à dire que la fidélité à leurs idées ne consiste pas à s’en tenir à leurs analyses ou à leurs anticipations. L'approfondissement théorique, l'étude du monde dans lequel nous vivons, la recherche dans tous les domaines doivent donc être partie intégrante de notre activité.

Aujourd’hui plus que jamais et parce que l'action d'un parti révolutionnaire ne relève pas du hasard l’idée léniniste que « sans théorie révolutionnaire, il n'y a pas de parti révolutionnaire », apparaît dans toute sa vérité.

* texte présenté aux militants communiste pour la discussion au 29 congrès par les initiateurs de l’appel « Nous voulons rester communistes ».

 Gérard REQUIGNY