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Approches Marxistes
journal théorique de la Gauche communiste. Il est publié trois fois par an. Abonnement : 10 € / an. Chaque numéro aborde des sujets théoriques et des thèmes d'actualité. Pour vous abonner : écrivez-nous à l'adresse suivante : gauche.communiste@yahoo.fr Retour à la page d'accueil d'Approches Marxistes Recherche par auteurs Numéro 1 (début 2004) Spécial congrès Numéro 2 (mi 2004) Sortir de l'Europe de Maastricht Numéro 3 (fin 2004) Où va le PCF ? Numéro 4 (début 2005) L'incontournable marxisme de Marx Numéro 5 (mi 2005) Le stalinisme du PCF Numéro 6 (fin 2005) Quelles sont les conditions du vrai changement ? Numéro 7 (début 2006) Réforme ou révolution ? Numéro 8 (mi 2006) Etat et stratégie Numéro 9 (fin 2006) Le PS, gérant loyal du capitalisme Numéro 10 (début 2007) Les présidentielles et nous ! |
Qu'est ce que
l'Opposition
ouvrière ? Faut-il, du point de vue de notre parti et de la
révolution ouvrière
internationale, se féliciter de son existence, ou bien
est-ce au contraire une
chose nuisible et de nature à dissocier notre parti, un
phénomène
"politiquement dangereux" comme l'a déclaré
dernièrement Trotsky
pendant la discussion publique sur les syndicats ? Pour
répondre à ce
doute, qui intéresse et trouble beaucoup de nos camarades,
ouvriers et
ouvrières, il faut avant tout se poser les deux questions
suivantes : De
quoi est composée l'Opposition Ouvrière et
comment elle s'est constituée ?
En quoi consiste au fond le différend entre nos camarades
des centres directeurs
du parti et l'Opposition Ouvrière ? Un fait
très caractéristique et sur
lequel on ne saurait trop attirer l'attention de nos dirigeants, c'est
que
parmi les communistes, l'Opposition groupe la portion
avancée des prolétaires
organisés. L'opposition comprend presque uniquement des
professionnalistes ; les noms dont sont signées les
thèses de l'Opposition
sur le rôle des syndicats en sont la preuve. Or que sont les
professionnalistes ? Ce sont des ouvriers, la pointe
d'avant-garde qui
tient la tête du prolétariat russe, qui a
supporté tout le fardeau de la lutte
révolutionnaire et qui , au lieu de se disperser
à travers les administration
d’État en perdant sa liaison avec les masses
ouvrières est restée au contraire
liée à ses masses. Être
professionnaliste, conserver des relations fortes et
vivantes avec son syndicat, c'est à dire avec les ouvriers
de sa branche
d'industrie, au cours de ces années d'orage où le
centre de gravité de la vie
sociale et politique s'est transporté par-delà le
terrain professionnel, c'est
là la chose qui n'était ni facile ni simple. La
vague révolutionnaire a saisi
et emporté bien loin des syndicats les
éléments les meilleurs, les plus
capables et les plus actifs du prolétariat industriel,
abandonnant l'un sur le
front, l'autre dans telle ou telle administration, asseyant le
troisième devant
le tapis vert de quelque bureau ou devant des monceaux de
"pièces
sortantes" de "devis" et de "projets". Les syndicats
sont dépeuplés. Seuls les ouvriers les plus
solides les plus pénétrés d'esprit
prolétarien, la fleur véritable de la classe
révolutionnaire ascendante,
résistant à la corruption du pouvoir, aux
mesquineries de la vanité, à la
tentation des "carrières administratives", en un mot
à tout le
"bureaucratisme soviétiste", a gardé son union
intime avec les
masses, avec les ouvriers, avec ses "couches inférieures"
dont elle
est elle-même sortie, et a su défendre son
attachement organique avec ces
couches contre les hauts postes de l'État
soviétiste. Dès
que la situation est devenue
calme sur les fronts et que le balancier de la vie a penché
d'avantage du côté
de l'organisation économique, ces prolétaires
typiques et inébranlables, ces
représentants les plus fermes et les plus marquants de leur
classe, se sont
hâtés de jeter bas l'habit militaire et de
remettre au rancart "les pièces
sortantes" ou "entrantes" pour répondre à l'appel
tacite de
leurs frères de classe, les ouvriers des usines, les
millions de prolétaires
russes qui traînent encore, dans la république
soviétiste du travail, une
existence misérable et honteuse de bagnards… Avec
leur instinct de classe, ces
camarades qui sont à la tête de l'Opposition
ouvrière ont compris que quelque
chose clochait. Ils ont compris ceci qu'en trois ans de
révolution, nous avons
sans doute édifié l'État
soviétiste et affirmé le principe de la
République
ouvrière et paysanne des travailleurs, mais que la classe
ouvrière elle-même,
en tant que classe, en tant qu'unité sociale indivisible et
douée de besoins,
d'intérêts et de buts unanimes et
homogènes, et possédant par conséquent
une
politique une, constante, claire et distincte, joue un rôle
dans la république
soviétiste de moins en moins important, colore de plus en
plus faiblement les
mesures de toutes sortes prises par son propre gouvernement, dirige de
moins en
moins la politique, influe de moins en moins sur l'action et sur les
organes
centraux du pouvoir. Au début de la révolution,
qui donc aurait parlé de
couches "inférieures" ou "supérieures" ?
Les masses,
c'est-à-dire les masses ouvrières et les centres
directeurs du parti ne
faisaient qu'un. Les
aspirations, la vie et la
lutte faisaient naître en bas de l'échelle,
trouvaient leur expression plus
exacte, leur formule plus nette et plus solidement appuyée
dans les centres
dirigeants du parti. Il n'y avait pas d'antagonisme entre le sommet et
la base,
et il ne pouvait pas y en avoir. Aujourd'hui, cet antagonisme existe,
et aucun
artifice de propagande, aucun procédé
d'intimidation ne chassera de la
conscience des masses cette idée que les sommets de
l'administration soviétiste
et du parti communiste sont devenus une nouvelle "couche sociale"
bien caractérisée. Les professionnalistes, qui
sont le noyau essentiel de
l’opposition ouvrière, ont bien compris cela, ou
plutôt l’ont senti grâce à
leur sûr instinct de classe. Leur premier
souci a été de se
lier avec ces masses, d’entrer dans l’organe
naturel de leur classe, les
syndicats, celui qui, de tous les organes, a le moins souffert de
l’influence
dissolvante des intérêts de toutes sortes
étrangers au prolétariat (provenant
de la classe paysanne et des éléments bourgeois
adaptés au régime soviétiste),
de ces intérêts qui déforment nos
administrations d’État et détournent
notre
politique de la rectitude de son lit prolétarien, dans le
marais de l’opportunisme… Ainsi
l’Opposition ouvrière, ce
sont avant tout les prolétaires demeurés
attachés
à l’établi où à
la mine, la
chair de la chair de la classe ouvrière. L’Opposition
ouvrière, étonne
parce qu’elle ne possède pas de grand leaders en
vedette, de ce qu’on est
convenu d’appeler les
« chefs ». Comme tout mouvement
sain et
découlant nécessairement des rapports sociaux,
elle est sortie du sein même des
masses ouvrières, et aussitôt elle a
jeté de profondes racines dans toutes les
directions, même dans ces coins de Russie
soviétiste où la nouvelle de
l’existence d’une opposition
n’était pas encore parvenue. « Chez
nous, on n’avait
pas idée qu’il y avait à Moscou des
désaccords et des discussions sur le rôle
des syndicats, disait un
délégué sibérien au
congrès des mineurs, et
déjà nous étions troublés
par ces mêmes questions qui se posent ici. »Derrière
l’Opposition ouvrière se dressent les masses
prolétariennes, ou mieux
encore ; l’Opposition ouvrière,
c’est la partie
la plus cohérente, la plus
consciente, la plus ferme en tant que classe, de notre
prolétariat industriel,
celle qui estime qu’il n’est pas permis, au moment
où l’on construit l’édifice
économique communiste, de substituer à la grande
force
créatrice du prolétariat
l’enseigne toute extérieure de la dictature de la
classe
ouvrière. Plus on
s’élève sur
l’échelle des postes de
l’État soviétiste ou du parti
communiste,
moins on rencontre de partisans de l’Opposition. Plus on
pénètre profond dans
les masses, plus le programme de l’Opposition
ouvrière
trouve d’écho. C’est
là un fait caractéristique
et significatif dont les centres dirigeants de notre parti doivent
tenir
compte. Si les masses s’éloignent des
« sommets » si une
brèche, une
fissure se creuse entre les centres dirigeants et les couches
inférieures,
c’est signe que dans les sommets tout ne va pas bien, surtout
si les masses ne
restent pas silencieuses, mais réfléchissent,
agissent, se défendent, font
triompher leurs idées. Les sommets ne peuvent
détourner les masses du droit
chemin qui conduit à la victoire du communisme que si les
masses se taisent, se
soumettent, suivent passivement et aveuglément les chefs.
C’est ce qui s’est
produit en 14, au début de la guerre mondiale, lorsque les
ouvriers crurent les
chefs et décidèrent « Ils
savent mieux que nous les voies de l’histoire.
Notre instinct de protestation contre la guerre nous égare,
réprimons-le,
taisons nous et écoutons les anciens ».
Mais au contraire, quand la
masse s’agite, fait travailler son cerveau, critique, quand
elle vote opiniâtrement
contre des chefs aimés et qu’elle doit pour cela
combattre le sentiment de
sympathie qu’elle éprouve à leur
égard, alors le cas devient sérieux. Alors le
devoir du parti est de ne pas dissimuler le différend, de ne
pas chercher à
déconsidérer l’Opposition
ouvrière en lui accolant des épithètes
que rien ne
justifie et qui n’expliquent rien, mais au contraire de se
demander en toute
sincérité où et en quoi
réside le fond du désaccord et ce que veut la
classe
ouvrière, interprète du communisme et son unique
créateur… Ainsi
l’Opposition ouvrière est la
partie avancée du prolétariat qui n’a
pas rompu sa liaison vivante avec les
masses ouvrières organisées en syndicats, et qui
ne s’est pas dispersée à
travers les administration d’État.
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