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Approches Marxistes
journal théorique de la Gauche communiste

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(fin 2006)

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Numéro 10
(début 2007)
Les présidentielles et nous !



LA VOIE REVOLUTIONNAIRE
OU LA VOIE DES REFORMES


Michel Mélinand

Depuis plusieurs décennies, le Pcf tourne le dos au processus révolutionnaire. L’abandon, sous la direction de G. Marchais, de la dictature du prolétariat, puis les recherches successives d’accords au sommet pour la transformation de la société (Programme commun), les accords de gouvernement avec F. Mitterrand en 81, et avec Jospin avec la gauche plurielle, montrent le déclin de la pratique marxiste de rupture révolutionnaire.

Nous connaissons les résultats électoraux auxquels cette politique a abouti, notamment le score glorieux de R. Hue, 3,4 % aux présidentielles de 2002.

Depuis parmi les militants, l’exaspération, la fronde, le refus d’une telle orientation se sont manifestés. Il semble pourtant qu’à ce jour, les enseignements ne sont pas tirés de cette dérive opportuniste orientée, entre autre, pour la conservation des sièges dans les différentes assemblées.

Il faut remonter au programme de la Libération pour observer une tentative de socialisation de la France où des avancées décisives furent concédées sous la pression des masses populaires, l’essentiel étant les nationalisations des grandes banques et grosses entreprises, la Sécurité sociale construite autour du salaire différé arraché au patronat, et qui depuis a sans cesse été remis en question. Ce furent aussi les comités d’entreprises qui, si la pression ouvrière s’était poursuivie, seraient devenus des organes de socialisation des entreprises, mais qui depuis sombrent dans la collaboration de classe par manque d’orientation révolutionnaire.

Volonté du parti de ne pas entraîner la France sur une voie socialiste ? La question est en effet posée puisque déjà les éléments révolutionnaires furent écartés des organes de direction (en priorité les combattants de la Résistance, suivis par le nombre décroissant de travailleurs participant à la direction du Parti).

Combien de camarades issus du monde du travail sont à des postes de direction aujourd’hui dans le Parti ? La réponse à cette question explique entre autre l’orientation sociétale de notre politique qui est axée sur des forums de « spécialistes », en lieu et place de l’action de masse avec des objectifs clairs pour un changement radical de société.

Une seconde analyse montre que la tendance vers les réformes est tenace. Elle est fondée dès la 2e Internationale. C’est un combat qui, entre la voie révolutionnaire et la voie réformiste, a divisé les socialistes depuis l’émergence du marxisme et qui a abouti au Congrès de Tours, avec la scission, à la naissance du Pcf. Ce fut également la scission du POSDR en Russie et la prise de pouvoir par la majorité marxiste-léniniste de celui-ci (le PCb).

L’expérience nous apprend que la voie réformiste ne peut apporter que des avancées sociales précaire. Ce n’est donc pas cette pratique qui peut définitivement sortir le salariat de la dictature de la bourgeoisie capitaliste, encore moins permettre la disparition de ce salariat et faire disparaître la division du travail.

D’une manière générale, la révolution se définit par le passage d’un système social à un autre. La théorie marxiste telle que l’ont élaborée Marx et Engels, a mis en place une définition d’ensemble très cohérente de l’idée de révolution.

Primo, la notion de l’ordre social, développée dès 1843 dans La question juive : Marx parle de l’émancipation politique réalisée par la bourgeoisie et il précise : « L’émancipation politique est certes un grand progrès, elle n’est sans doute pas la forme ultime de l’émancipation humaine, mais seulement l’émancipation humaine à l’intérieur de l’ordre du monde ayant existé jusque là ».

Il ne faut donc pas se contenter d’une émancipation partielle, dans tel ou tel secteur ou sur tel sujet, il faut changer l’ordre lui-même tel qu’il existe jusque aujourd’hui.

Secundo : La radicalité de la révolution communiste. « Dans toutes les révolutions passées, le mode d’activité restait inchangé, il ne s’agissait seulement que d’une autre forme de cette activité, d’une autre distribution du travail entre d’autres personnes. La révolution communiste est dirigée contre le mode antérieur d’activité, elle supprime le travail et abolit la domination des classes en abolissant les classes elles-même. »

Marx et Engels montrent donc que les révolutions antérieures se sont contentées de déplacer l’exploitation et donc de déplacer l’antagonisme de classes.

La révolution communiste doit supprimer toute exploitation donc tout antagonisme. Il en résulte l’impossibilité d’un quelconque compromis entre le mouvement ouvrier et la bourgeoisie, celle-ci ayant besoin pour perdurer que la séparation « bourgeoisie-prolétariat » reste en l’état. Cette situation antinomique montre bien les limites des réformes que peut obtenir le prolétariat par la lutte, ces réformes étant sans cesse remises en question par l’ordre dominant. D’ou l’impossibilité de s’en tenir aux seules réformes pour transformer notre société.

Tertio : le réformisme, c’est l’impossibilité de toute transformation radicale.

En 1869 analysant le conflit mettant aux prises, autour des salaires, capitalistes et ouvriers, Marx définit très clairement les limites du réformisme : « Si la classe ouvrière lâchait pied dans son conflit quotidien avec le capital, elle se priverait elle-même de la possibilité d’entreprendre tel ou tel mouvement de plus grande ampleur. En même temps et tout à fait en dehors de l’asservissement général qu’implique le régime du salariat, les ouvriers ne doivent pas s’exagérer le résultat final de cette lutte quotidienne. Ils ne doivent pas oublier qu’ils luttent contre les effets et non contre la cause de ces effets. Il faut qu’ils comprennent que le régime actuel, avec toutes les misères qui les accablent, engendre en même temps les conditions matérielles et les formes sociales nécessaires pour la transformation économique de la société ».

Lénine élabore un concept sur les réformes : « Une réforme diffère d’une révolution par le fait que la classe des oppresseurs reste au pouvoir et réprime le soulèvement des opprimés au moyen de concessions acceptables pour les oppresseurs sans que leur pouvoir soit détruit ».

La réforme n’est donc rien d’autre, fondamentalement, qu’un déplacement (ce que l’on concède à l’adversaire n’a qu’une importance minime, et ne met absolument pas en péril son pouvoir).

Les marxistes, à la différence des anarchistes, reconnaissent cependant la lutte pour des réformes en vue de l’amélioration de la situation des travailleurs, qui laissent donc le pouvoir dans les mains de la classe dominante. Mais en même temps, les marxistes doivent lutter contre le réformisme, qui limite directement ou indirectement aux réformes, les aspirations et l’activité de la classe ouvrière. Le réformisme est une duperie bourgeoise à l’intention des salariés.

Le 20e siècle reflète de bout en bout la bataille politique, qui fut vive, entre révolution et réformisme. Que ce soit au plan international ou national, les limites du réformisme ont été mises en lumière. En URSS les classes sociale n’avaient pas disparu, une classe s’était au contraire développée (une bourgeoisie étatique composée des dirigeants des entreprises et de l’Etat, accompagnés par une partie de la société). L’étatisation sans socialisation des entreprises a représenté un recul révolutionnaire qui n’a pas manqué de déboucher sur le réformisme de l’époque Kroutchev et qui s’est amplifié jusque la fin du premier Etat socialisant.

En France, la politique de l’après guerre, avec des réformes très importantes, qui sont restées sans suite révolutionnaire, aboutit aujourd’hui à la contre-offensive du capitalisme qui rogne les acquis de cette époque. Le démantèlement du secteur nationalisé (plus de 600 entreprises privatisées sous la direction de la gauche plurielle), les attaques continues sur les services publics, montrent bien les limites de ce réformisme.

En Chine et ailleurs, nous assistons également au recul révolutionnaire qui alliant étatisme et économie de marché, porte en son sein un risque important de retour au capitalisme.

Il reste la question centrale de la politique du Pcf qui n’oriente son action que vers des réformes, au niveau national comme au niveau européen. Il s’agit bien là d’une déviation réformiste de très grande gravité que nous devons combattre ; le prochain congrès sera une fois de plus le théâtre de ce combat. Nous devons donc unir toutes les forces pour réorienter la politique du Parti vers des propositions de rupture radicale avec le capitalisme, pour ouvrir la voie a la disparition définitive de l’exploitation du salariat.

Le Pcf doit reprendre l’offensive sur la question des conquêtes (économiques, financières et politiques). Il n’y a pas de fatalité dans la situation actuelle. Un programme clair, pour un communisme moderne, conscient des erreurs commises dans les tentatives d’émancipation passées et profitant de leur analyse, pourra être proposé à notre peuple.

Ce communisme offrira des perspectives de libération de la dictature de l’argent et des actionnaires, permettant aux salariés d’exercer leur pouvoir réel dans les entreprises socialisées assurant la construction d’une société sans classe antagoniste où l’Etat verra son amoindrissement et sa disparition. Une société fraternelle soucieuse du bien être de chacun, soucieuse de son environnement, solidaire avec les peuples de la terre, favorisant la disparition des guerres et des grands fléaux que sont la misère et les maladies qui tuent des millions d’humains dans le monde chaque année.

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