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Approches Marxistes
journal théorique de la Gauche communiste Il est publié trois fois par an. Abonnement : 10 € / an. Chaque numéro aborde des sujets théoriques et des thèmes d'actualité. Pour vous abonner : écrivez-nous à l'adresse suivante : gauche.communiste@yahoo.fr Retour à la page d'accueil d'Approches Marxistes Recherche par auteurs Classiques Numéro 1 (début 2004) Spécial congrès Numéro 2 (mi 2004) Sortir de l'Europe de Maastricht Numéro 3 (fin 2004) Où va le PCF ? Numéro 4 (début 2005) L'incontournable marxisme de Marx Numéro 5 (mi 2005) Le stalinisme du PCF Numéro 6 (fin 2005) Quelles sont les conditions du vrai changement ? Numéro 7 (début 2006) Réforme ou révolution ? Numéro 8 (mi 2006) Etat et stratégie Numéro 9 (fin 2006) Le PS, gérant loyal du capitalisme Numéro 10 (début 2007) Les présidentielles et nous ! |
LA VOIE REVOLUTIONNAIRE OU LA VOIE DES REFORMES Michel Mélinand Depuis
plusieurs décennies, le Pcf tourne le dos au
processus révolutionnaire. L’abandon, sous la
direction de G. Marchais, de la
dictature du prolétariat, puis les recherches successives
d’accords au sommet
pour la transformation de la société (Programme
commun), les accords de
gouvernement avec F. Mitterrand en 81, et avec Jospin avec la
gauche
plurielle, montrent le déclin de la pratique marxiste de
rupture
révolutionnaire. Nous
connaissons les résultats électoraux auxquels
cette
politique a abouti, notamment le score glorieux de R. Hue,
3,4 % aux
présidentielles de 2002. Depuis parmi
les militants, l’exaspération, la fronde, le
refus d’une telle orientation se sont manifestés.
Il semble pourtant qu’à ce
jour, les enseignements ne sont pas tirés de cette
dérive opportuniste
orientée, entre autre, pour la conservation des
sièges dans les différentes
assemblées. Il faut
remonter au programme de la Libération pour observer
une tentative de socialisation de la France où des
avancées décisives furent
concédées sous la pression des masses populaires,
l’essentiel étant les
nationalisations des grandes banques et grosses entreprises, la
Sécurité
sociale construite autour du salaire différé
arraché au patronat, et qui depuis
a sans cesse été remis en question. Ce furent
aussi les comités d’entreprises
qui, si la pression ouvrière s’était
poursuivie, seraient devenus des organes
de socialisation des entreprises, mais qui depuis sombrent dans la
collaboration de classe par manque d’orientation
révolutionnaire. Volonté
du parti de ne pas entraîner la France sur une voie
socialiste ? La question est en effet posée puisque
déjà les éléments
révolutionnaires furent écartés des
organes de direction (en priorité les
combattants de la Résistance, suivis par le nombre
décroissant de travailleurs
participant à la direction du Parti). Combien de
camarades issus du monde du travail sont à des
postes de direction aujourd’hui dans le Parti ? La
réponse à cette
question explique entre autre l’orientation
sociétale de notre politique qui
est axée sur des forums de
« spécialistes », en
lieu et place de
l’action de masse avec des objectifs clairs pour un
changement radical de
société. Une seconde
analyse montre que la tendance vers les réformes
est tenace. Elle est fondée dès la 2e
Internationale. C’est un
combat qui, entre la voie révolutionnaire et la voie
réformiste, a divisé les
socialistes depuis l’émergence du marxisme et qui
a abouti au Congrès de Tours,
avec la scission, à la naissance du Pcf. Ce fut
également la scission du POSDR
en Russie et la prise de pouvoir par la majorité
marxiste-léniniste de celui-ci
(le PCb). L’expérience
nous apprend que la voie réformiste ne peut
apporter que des avancées sociales précaire. Ce
n’est donc pas cette pratique
qui peut définitivement sortir le salariat de la dictature
de la bourgeoisie
capitaliste, encore moins permettre la disparition de ce salariat et
faire
disparaître la division du travail. D’une
manière générale, la
révolution se définit par le
passage d’un système social à un autre.
La théorie marxiste telle que l’ont
élaborée Marx et Engels, a mis en place une
définition d’ensemble très
cohérente de l’idée de
révolution. Primo, la
notion de l’ordre social, développée
dès 1843 dans
La question juive : Marx parle de
l’émancipation politique
réalisée
par la bourgeoisie et il précise :
« L’émancipation
politique est
certes un grand progrès, elle n’est sans doute pas
la forme ultime de l’émancipation
humaine, mais seulement l’émancipation humaine
à l’intérieur de l’ordre du
monde ayant existé jusque là ». Il ne faut donc
pas se contenter d’une émancipation
partielle, dans tel ou tel secteur ou sur tel sujet, il faut changer
l’ordre
lui-même tel qu’il existe jusque
aujourd’hui. Secundo :
La radicalité de la révolution communiste.
« Dans toutes les révolutions
passées, le mode d’activité restait
inchangé, il ne s’agissait seulement que
d’une autre forme de cette activité,
d’une autre distribution du travail entre d’autres
personnes. La révolution
communiste est dirigée contre le mode antérieur
d’activité, elle supprime le
travail et abolit la domination des classes en abolissant les classes
elles-même. » Marx et Engels
montrent donc que les révolutions antérieures
se sont contentées de déplacer
l’exploitation et donc de déplacer
l’antagonisme
de classes. La
révolution communiste doit supprimer toute exploitation
donc tout antagonisme. Il en résulte
l’impossibilité d’un quelconque
compromis
entre le mouvement ouvrier et la bourgeoisie, celle-ci ayant besoin
pour
perdurer que la séparation
« bourgeoisie-prolétariat »
reste en
l’état. Cette situation antinomique montre bien
les limites des réformes que
peut obtenir le prolétariat par la lutte, ces
réformes étant sans cesse remises
en question par l’ordre dominant. D’ou
l’impossibilité de s’en tenir aux seules
réformes pour transformer notre
société. Tertio :
le réformisme, c’est
l’impossibilité de toute
transformation radicale. En 1869
analysant le conflit mettant aux prises, autour des
salaires, capitalistes et ouvriers, Marx définit
très clairement les limites du
réformisme : « Si la
classe ouvrière lâchait pied dans son conflit
quotidien avec le capital, elle se priverait elle-même de la
possibilité d’entreprendre
tel ou tel mouvement de plus grande ampleur. En même temps et
tout à fait en
dehors de l’asservissement général
qu’implique le régime du salariat, les
ouvriers ne doivent pas s’exagérer le
résultat final de cette lutte
quotidienne. Ils ne doivent pas oublier qu’ils luttent contre
les effets et non
contre la cause de ces effets. Il faut qu’ils comprennent que
le régime actuel,
avec toutes les misères qui les accablent, engendre en
même temps les
conditions matérielles et les formes sociales
nécessaires pour la
transformation économique de la société ». Lénine
élabore un concept sur les réformes :
« Une
réforme diffère d’une
révolution par le fait que la classe des oppresseurs
reste au pouvoir et réprime le soulèvement des
opprimés au moyen de concessions
acceptables pour les oppresseurs sans que leur pouvoir soit
détruit ». La
réforme n’est donc rien d’autre,
fondamentalement, qu’un
déplacement (ce que l’on concède
à l’adversaire n’a qu’une
importance minime,
et ne met absolument pas en péril son pouvoir). Les marxistes,
à la différence des anarchistes,
reconnaissent cependant la lutte pour des réformes en vue de
l’amélioration de
la situation des travailleurs, qui laissent donc le pouvoir dans les
mains de
la classe dominante. Mais en même temps, les marxistes
doivent lutter contre le
réformisme, qui limite directement ou indirectement aux
réformes, les
aspirations et l’activité de la classe
ouvrière. Le réformisme est une duperie
bourgeoise à l’intention des salariés. Le 20e
siècle reflète de bout en bout la bataille
politique, qui fut vive, entre révolution et
réformisme. Que ce soit au plan
international ou national, les limites du réformisme ont
été mises en lumière.
En URSS les classes sociale n’avaient pas disparu, une classe
s’était au contraire
développée (une bourgeoisie étatique
composée des dirigeants des entreprises et
de l’Etat, accompagnés par une partie de la
société). L’étatisation sans
socialisation des entreprises a représenté un
recul révolutionnaire qui n’a pas
manqué de déboucher sur le réformisme
de l’époque Kroutchev et qui s’est
amplifié jusque la fin du premier Etat socialisant. En France, la
politique de l’après guerre, avec des
réformes
très importantes, qui sont restées sans suite
révolutionnaire, aboutit
aujourd’hui à la contre-offensive du capitalisme
qui rogne les acquis de cette
époque. Le démantèlement du secteur
nationalisé (plus de 600 entreprises
privatisées sous la direction de la gauche plurielle), les
attaques continues
sur les services publics, montrent bien les limites de ce
réformisme. En Chine et
ailleurs, nous assistons également au recul
révolutionnaire qui alliant étatisme et
économie de marché, porte en son sein
un risque important de retour au capitalisme. Il
reste la question centrale de la politique du Pcf qui
n’oriente son action que vers des réformes, au
niveau
national comme au niveau
européen. Il s’agit bien là
d’une
déviation réformiste de très grande
gravité
que nous devons combattre ; le prochain congrès
sera une
fois de plus le
théâtre de ce combat. Nous devons donc unir toutes
les
forces pour réorienter
la politique du Parti vers des propositions de rupture radicale avec le
capitalisme, pour ouvrir la voie a la disparition définitive
de
l’exploitation
du salariat. Le Pcf doit
reprendre l’offensive sur la question des
conquêtes (économiques, financières et
politiques). Il n’y a pas de fatalité
dans la situation actuelle. Un programme clair, pour un communisme
moderne,
conscient des erreurs commises dans les tentatives
d’émancipation passées et
profitant de leur analyse, pourra être proposé
à notre peuple. Ce communisme
offrira des perspectives de libération de la
dictature de l’argent et des actionnaires, permettant aux
salariés d’exercer
leur pouvoir réel dans les entreprises
socialisées assurant la construction
d’une société sans classe antagoniste
où l’Etat verra son amoindrissement et sa
disparition. Une société fraternelle soucieuse du
bien être de chacun,
soucieuse de son environnement, solidaire avec les peuples de la terre,
favorisant la disparition des guerres et des grands fléaux
que sont la misère
et les maladies qui tuent des millions d’humains dans le
monde chaque année. . |