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Approches Marxistes
journal théorique de la Gauche communiste Il est publié trois fois par an. Abonnement : 10 € / an. Chaque numéro aborde des sujets théoriques et des thèmes d'actualité. Pour vous abonner : écrivez-nous à l'adresse suivante : gauche.communiste@yahoo.fr Retour à la page d'accueil d'Approches Marxistes Recherche par auteurs Classiques Numéro 1 (début 2004) Spécial congrès Numéro 2 (mi 2004) Sortir de l'Europe de Maastricht Numéro 3 (fin 2004) Où va le PCF ? Numéro 4 (début 2005) L'incontournable marxisme de Marx Numéro 5 (mi 2005) Le stalinisme du PCF Numéro 6 (fin 2005) Quelles sont les conditions du vrai changement ? Numéro 7 (début 2006) Réforme ou révolution ? Numéro 8 (mi 2006) Etat et stratégie Numéro 9 (fin 2006) Le PS, gérant loyal du capitalisme Numéro 10 (début 2007) Les présidentielles et nous ! |
Parti communiste français et politique internationale Marie-Catherine ANDREANI Daniel CIRERA, membre de la direction nationale du Parti
communiste français, chargé des questions internationales fait le point de la
politique étrangère du PCF dans un entretien paru au printemps 2002. le PCF
participait encore au gouvernement Jospin. * Analyse de ce texte de politique internationale Dans cet entretien, Daniel Cirera déclare que la politique
étrangère du PCF se fonde sur des valeurs humaines universelles. Mais il ne
spécifie pas quelles sont ces valeurs, ni en quoi elles ont une portée
universelle. N’importe qui aurait pu dire la même chose. Y compris à droite. L’action du parti se réfère à l’« émancipation (…à
un) dépassement possible et nécessaire des rapports sociaux capitalistes »,
constituant des « repères » de la politique étrangère du
parti. Il n’y a donc plus de ligne, mais des repères, pour une politique
« moins idéologique et plus pragmatique, (…qui) ne désigne pas d’ennemi
type ». Cette accumulation de termes ne veut pas dire grand chose.
Elle signifie qu’en politique étrangère le parti n’a plus de ligne. Daniel Cirera explique que la politique du parti est à la recherche de « rapports de force favorables à la réduction des inégalités ». Et non à la suppression des inégalités, peut-être cette vision plus « pragmatique » à laquelle il fait référence plus haut. Cirera croit au rôle que la France, entité spirituelle non définie ni historiquement ni politiquement, « peut jouer dans sa capacité de promouvoir les droits humains, un héritage de valeurs, une certaine radicalité sociale, une conception du service public, de la laïcité, de la souveraineté ouverte au monde, et enfin de l’Organisation des Nations Unies ». Plusieurs commentaires s’imposent et des questions. Qu’est-ce qu’une « radicalité sociale » en matière de politique étrangère ou de politique tout court ? Qu’est-ce également qu’une « souveraineté ouverte au monde », concept des plus flous ? Quant à la « conception du service public » de la France, on vient d’en avoir plusieurs illustrations qui nous rendent sérieusement perplexes. S’en remettre à l’ONU en politique étrangère ? Demandez aux Afghans, aux Yougoslaves, aux Palestiniens et aux Irakiens ce qu’ils en pensent ! Cirera dresse un panégyrique de la politique étrangère
française, identifiant l’action de la France à des avancées de civilisation.
Lesquelles ? S’agit-il de l’opération de police contre l’Irak en 1991, des
bombardements en ex-Yougoslavie, du largage de bombes sur l’Afghanistan en 2002 ?
Et que penser de la « résistance (française) aux visées
impériales » ? Où et quand la France a-t-elle résisté aux visées
impériales américaines ? Même Chirac plus tard n’a fait que défendre des
intérêts impérialistes contre d’autres intérêts impérialistes. Depuis il a fait
amende honorable à grand renfort de manipulation, transformant les Américains
en seuls libérateurs de la France occupée. Exit la Résistance et l’armée
soviétique. La spécificité de la politique étrangère française tiendrait
« dans ce que les questions internationales ne sont pas un domaine
réservé, mais l’affaire de tous les citoyens ». Voilà une nouvelle qui
en est vraiment une, Français qui croyions que la politique étrangère française
avait toujours été le domaine réservé du président de la République, et que ce
problème justement avait déplu au Premier ministre de l’époque, un certain
Lionel Jospin qui n’y voyait pourtant pas malice lorsqu’il s’agissait de
François Mitterrand. Selon Cirera, la Realpolitik, depuis
le 11 septembre
2001, a démontré son inadéquation aux
réalités du monde d’aujourd’hui. Il est
à
noter que le terme « d’aujourd’hui »
est récurrent à toute
intervention du PCF. Comme si ce terme à lui seul devait marquer
la coupure
entre un parti qui serait demeuré communiste et le parti tel
qu’il est devenu.
« Aujourd’hui » marque la mortification du
PCF, son éternelle
autocritique, et la demande d’absolution d’une politique
que la mutation ne
cesse de vouloir éradiquer des mémoires. Realpolitik et internationalisme Qu’est-ce que l’internationalisme aujourd’hui pour les
dirigeants du parti communiste ? C’est la mondialisation et, visionnaire,
Cirera voit « un début de reflux de l’hégémonie des idées libérales, et
des politiques libérales », dans Seattle, Gênes, Porto Alegre. Car on
ne pense plus le monde en blocs ou en camps. Le parti n’a donc plus de
politique étrangère définie, mais « une réflexion sur des alternatives
au néolibéralisme », réflexion en construction « …à travers
une multiplicité d’expériences et de dialogues politiques entre des forces très
diverses, des responsables, des chefs d’Etat, des organisations non
gouvernementales, des institutions internationales (…) » Et comment,
se demande Daniel Cirera, faire converger ces luttes sociales, politiques,
environnementales, féministes, « pour une autre sécurité » ?
En effet, comment faire converger des luttes tellement atomisées et spécifiques
que les Verts en France, par exemple, ne sont jamais intervenus sur des
questions écologiques fondamentales comme l’utilisation de l’uranium appauvri
en Yougoslavie, en Irak, en Afghanistan, la pollution de ces pays par les
fuites occasionnées par les bombardements d’usines chimiques ; Dominique
Voynet, ministre Vert du gouvernement de la gauche plurielle, a été très discrète
sur la contamination des bovins par le prion responsable de la maladie de
Creutzfeld-Jacob ; quant « à travail égal, salaire égal »,
on a
substitué à cette lutte des femmes la
« parité » qui n’intéresse
que
la bourgeoisie féminine en politique et guère la
ménagère ou l’ouvrière, etc.
Alors, pour ce qui est des autres luttes comme celle des Indiens au
Chiapas,
faut-il faire appel à cette notion fumeuse
« d’autre
sécurité » ? De quelle autre
sécurité s’agit-il ? De la
sécurité
alimentaire ? De celle de l’emploi ? De l’embargo
contre
l’Irak ? D’une sécurité militaire
garantie par des institutions si peu
fiables qu’elles s’alignent sur les desiderata américains ?
OTAN ? Guerre préventive ? Forces d’occupation onusiennes ?
Autant de questions qui ne sont pas évoquées. Encore que…L’exemple qui suit cette partie de l’entretien de
Daniel Cirera laisse rêveur, puisqu’il s’agit des « ambitions »
et de « l’influence du fondamentalisme ». Nous voilà fixés. Il
s’agit d’un fondamentalisme de « …régimes totalitaires soutenus par
l’Occident, qui ont appuyé le terrorisme et réprimé avec une brutalité souvent
féroce les militants et les organisations de gauche. » Si jamais vous
pensiez aux talibans et à Saddam Hussein, vous avez gagné un voyage pour deux
personnes, mais, « aujourd’hui », ce ne sera pas à Cuba. Orientations de la politique étrangère du PCF L’Europe, c’est « un des signes les plus visibles de
la mutation du parti communiste (…) L’illustration de notre stratégie
constructive ». Cirera ajoute même que « l’idée européenne est
une idée progressiste ». Idée qui en effet a bien évolué entre
l’opposition à Maastricht puis l’alignement du parti, dès l’entrée de ministres
communistes au gouvernement Jospin, à sa politique européenne, l’exigence d’un
referendum concernant l’euro s’est ensuite soldée par son abandon, et la
collaboration du parti à un gouvernement qui s’est appliqué à casser le service
public, et à licencier, délocaliser, signer et préparer la place à un
gouvernement de droite, qu’il a aidé à faire élire à 82 % des suffrages
exprimés (une vraie république bananière), et qui n’a plus qu’à terminer ce qui
a été mis en chantier. Mais l’exemple d’une Europe « progressiste »
cité par Daniel Cirera ne concerne aucun de ces problèmes de politique
économique et sociale. Non, c’est la « crise » du Kosovo qui retient
son attention. Car il s’agit d’une « crise où l’Europe aurait pu
être seule à (…) intervenir militairement ». Les communistes
« d’aujourd’hui » sont prêts à partir en guerre quand la politique
américaine en Europe l’exige ! Quant aux rapports d’un parti communiste français avec d’autres partis de gauche, Daniel Cirera ne veut pas d’une vision figée. Ces rapports en effet sont en constante évolution, concernant la taxe Tobin, l’Accord multilatéral sur l’investissement, l’Organisation mondiale du commerce (dont les « évolutions » ne nous ont pas marqués, davantage inégalitaires au fil du temps, le pacte de stabilité (même commentaire…), le rôle de la Banque centrale européenne. Autant d’évolutions dont nous ne saisissons pas vraiment le mieux pour les peuples ! Ni les forces de gauche à l’œuvre. Il n’y a plus de « partis frères », ajoute Cirera,
sauf à voir « dans des pays qui comptent ». Lesquels ?
Qui comptent pour qui ? Pour quoi ? Rien n’est spécifié. Car il y a
« la gauche transformatrice » au Parlement européen, présidée
par Francis Wurtz. Ainsi qu’une « structure souple, ouverte, que l’on
appelle le Forum de la nouvelle gauche européenne (…qui) transcende les a
priori idéologiques. » La direction du PCF, par la voix de Daniel Cirera, se lance
dans les grands défis de demain en ce qui concerne la politique
étrangère : le développement durable, la réduction des inégalités et la
démocratie. On croirait entendre ATTAC. Ou Terre des Hommes. Ou Survie.
N’importe quelle association humanitaire, mais pas un parti politique. Des
déclarations d’intention qui ne correspondent même pas avec les prises de
position du parti pendant sa collaboration avec le gouvernement socialiste, ni
avec celles qu’il a pu prendre par la suite. Le PCF se raccroche en politique
étrangère aux mirages et aux illusions des ONG, sans avoir les moyens
financiers de nombreuses d’entre elles. Car la solidarité internationale,
c’était cela aussi : une manne financière qui n’existe plus, et guère
d’argent à distribuer du côté des nouveaux alliés à un parti anciennement
communiste, même s’il proclame qu’il s’agissait d’une maladie de jeunesse. Déclarations d’intention du PCF à l’épreuve des faits A l’œuvre, le parti communiste, en matière de politique internationale,
a approuvé les agressions impérialistes contre la Yougoslavie et l’Afghanistan.
Il n’a pas condamné la participation française à l’opération de police menée
contre l’Irak en 1991. A été très discret sur l’embargo, même si certaines
personnalités du parti se sont engagées en faveur de la levée de cet embargo.
Il ne soutient pas Cuba, ni la Corée du Nord, dernières verrues qui déparent sa
jeune virginité. Le
nouvel internationalisme du PCF ne remet pas en cause
l’ordre établi. Il
l’« aménage », défend
l’ONU qu’il pare d’une
légitimité douteuse, ne craignant pas de soutenir la
résolution 1441 concernant
le désarmement de l’Irak avant l’agression
américaine, et se réfère au Plan de
Genève pour obtenir une paix sur la base d’accords dont
les Palestiniens ne
veulent pas, condamne les « attentats
terroristes » des Palestiniens,
renvoyant ainsi dos-à-dos, comme les autres, l’agresseur
et l’opprimé, le
voleur et le volé, la victime et le bourreau. La direction du parti communiste a progressivement abandonné
ses principes fondateurs à partir de la fin des années 70 concernant la
direction de la classe ouvrière, l’organisation du parti, et bien sur
l’internationalisme. Il a même participé aux campagnes de criminalisation du
communisme, applaudi à la chute du mur de Berlin, vu une contre-révolution dans
le coup d’Etat en Roumanie, et accusé les dirigeants yougoslaves de dictature.
Il a hurlé avec les loups à Tien An Men et désigné la Corée du Nord comme
dangereuse pour la paix. Il multiplie les prises de position hostiles contre
Cuba, n’hésitant pas à titrer dans L’Humanité du 4 avril 2003 « La
Havane remplit ses prisons », ce qui n’avait rien d’une boutade mais d’une
condamnation se référant aux témoignages d’une Zoé Valdès, dont les ouvrages
anti-castristes sont tellement ridicules qu’ils portent à rire à gorge
déployée, et de RSF, dont les prises de position sont d’un anti-communisme
digne de la Guerre froide. Et alors que la pression américaine sur Cuba ne se
relâche pas et inquiète les observateurs internationaux, le PCF, désireux de
plaire aux médias, a la stupidité de rester muet. Le Parti communiste français défend la construction d’une « Europe
sociale », slogan sans contenu impulsé par les mêmes inventeurs des « plans
sociaux » ! Il a complètement abandonné la défense des partis
socialistes existants, s’alignant sur le politiquement correct mis à
jour régulièrement par la social-démocratie. Au moment où Paris fête l’insurrection de ses habitants et
sa libération à laquelle tant de nos camarades ont donné leur vie, nous ne
sommes guère fiers de ce qu’est devenu ce grand parti communiste français qui a
su résister et se battre contre l’occupation étrangère, et un impérialisme
débridé. Une situation politique et militaire qui rappelle bon nombre d’autres que
nous sommes en train de vivre et contre lesquelles nous devons agir. Marie-Catherine Andreani avril 2004 (*) « Un nouvel internationalisme comme alternative au
néolibéralisme », La revue internationale et stratégique, n°45,
printemps 2002, Pascal Boniface, entretien avec Daniel Cirera, responsable des
relations internationales du Parti communiste français (PCF) |