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Approches Marxistes
journal théorique de la Gauche communiste Il est publié trois fois par an. Abonnement : 10 € / an. Chaque numéro aborde des sujets théoriques et des thèmes d'actualité. Pour vous abonner : écrivez-nous à l'adresse suivante : gauche.communiste@yahoo.fr Retour à la page d'accueil d'Approches Marxistes Recherche par auteurs Classiques Numéro 1 (début 2004) Spécial congrès Numéro 2 (mi 2004) Sortir de l'Europe de Maastricht Numéro 3 (fin 2004) Où va le PCF ? Numéro 4 (début 2005) L'incontournable marxisme de Marx Numéro 5 (mi 2005) Le stalinisme du PCF Numéro 6 (fin 2005) Quelles sont les conditions du vrai changement ? Numéro 7 (début 2006) Réforme ou révolution ? Numéro 8 (mi 2006) Etat et stratégie Numéro 9 (fin 2006) Le PS, gérant loyal du capitalisme Numéro 10 (début 2007) Les présidentielles et nous ! |
KARL MARX INTELLECTUEL ET MILITANT Caroline ANDREANI
L’apport de Karl Marx est rarement remis en cause, même dans les milieux dans les plus rétrogrades. Ce que l’on sait moins, c’est que K. Marx a concilié, tout au long de sa vie, activité intellectuelle et engagement politique. Karl Marx est
né à Trèves le 5 mai
1818, dans une famille de la bourgeoisie. Son père
était avocat. Ses parents
qui étaient juifs, durent se convertir au protestantisme,
car la législation
prussienne empêchait les juifs d’exercer la
profession d’avocat. Les questions
de religion semblent avoir été très
secondaires dans sa formation : il fut
élevé dans une famille où
l’on admirait Rousseau, Voltaire, et la Révolution
française. Marx a suivi
une scolarité classique.
En 1835, il s’inscrit à
l’Université de Bonn où il suit des
cours de droit. De
retour à Trèves, il se fiance à Jenny
von Westphalen, la fille d’un conseiller
d’État privé, haut fonctionnaire
prussien issu de la bourgeoisie, dont le père
avait été anobli pour son engagement dans la
guerre de Sept ans. Mais le père
de Karl Marx, opposé à ce projet, envoie son fils
à l’Université de Berlin.
D’abord inscrit en droit, Karl Marx
préfère suivre des études de
philosophie.
Il découvre le système philosophique de Hegel,
auquel il est foncièrement
hostile car Hegel justifie l’ordre social et politique
existant. Mais Karl Marx
découvre également dans la pensée de
Hegel la méthode dialectique, qui
l’influence profondément. Il rejoint
d’ailleurs d’un groupe de jeunes
philosophes, influencés comme lui par Hegel et critiques
vis-à-vis de son
idéologie, le Club des docteurs. Le
père de Karl Marx meurt en
1838. L’année suivante, Karl Marx entame ses
recherches de thèse de doctorat,
qu’il consacre à la différence entre la
philosophie de Démocrite et celle
d’Epicure. C’est d’Epicure,
matérialiste et athée, dont Marx se sent le plus
proche. Mais dès cette époque, Karl Marx est en
bute à des difficultés :
il est contraint à soutenir sa thèse hors de
Prusse. Reçu en avril 1841 docteur
à l’Université de philosophie de
Iéna, il préfère ne pas poursuivre de
carrière
universitaire, conscient des difficultés qu’il
pourrait y rencontrer à cause de
son indépendance intellectuelle. En 1842, il
s’installe à Bonn et
devient journaliste à La Gazette Rhénane.
Il consacre un de ses premiers
articles à la condition des paysans de Prusse. En
travaillant comme
journaliste, il prend conscience des réalités et
des problèmes économiques. Il
devient rapidement directeur du journal, dont il fait une tribune
contre le
gouvernement prussien réactionnaire. A la suite
d’un article consacré au régime
totalitaire en Russie qui déclenche des plaintes du tsar, le
gouvernement de
Berlin interdit le journal en avril 1843. En juin de la même
année, Karl Marx épouse
Jenny von Westphalen. Toujours en 1843, il publie deux essais, La
question
juive et Critique de la Philosophie du droit de
Hegel. Dans le
premier ouvrage, il dénonce les limites de
l’émancipation politique quand elle
ne s’accompagne pas de l’émancipation
sociale. Dans le deuxième, il démontre
que les législations expriment les rapports existants entre
les classes
sociales et l’évolution de ces rapports
à travers l’histoire. L’adhésion
au communisme
Fin 1843, Karl
Marx et sa femme
s’installent à Paris. Ils y séjournent
jusqu’au début 1845. À Paris, Marx se
met à étudier la Révolution
française. La capitale française compte des
milliers d’émigrés allemands opposants
au régime et Karl Marx fréquente
notamment Heinrich Heine. Il prend langue avec les
sociétés révolutionnaires
françaises, mais il est critique face aux socialistes
français tels que Cabet,
Fourier ou Saint-Simon auxquels il reproche de limiter leur horizon
à
l’humanisme. En 1844, alors
que l’Allemagne vit
la révolte des tisserands silésiens, Karl Marx
prend fait et cause pour leur
lutte dans un journal d’émigrés
allemands, Vorwärts. Il y explique que
leur combat est l’expression d’une prise de
conscience du prolétariat, et que
sa pertinence réside dans le fait que les tisserands ne
s’en prennent pas
seulement aux industriels qui les exploitent, mais également
aux banquiers.
Pour la première fois, il exprime
l’idée que la bourgeoisie n’est plus la
force
révolutionnaire qu’elle avait pu être
à d’autres moments dans l’histoire, et
que la nouvelle force révolutionnaire est le
prolétariat, à condition qu’il
prenne conscience de ses intérêts et
qu’il soit capable de s’organiser. En septembre
1844, Marx rencontre
Friedrich Engels à Paris. Ils se découvrent une
convergence de vues et nouent
une amitié profonde qui se traduira au cours des
décennies suivantes par une
collaboration intellectuelle régulière, intense
et fructueuse. Mais Marx ne
peut pas rester à
Paris : les critiques à
l’égard du gouvernement prussien
publiées dans Vorwärts
attirent sur de nombreux émigrés allemands, dont
Marx, les foudres de la
répression. Début février 1845, Marx
et sa famille sont expulsés à Bruxelles. Engels rejoint
Bruxelles en avril
1845. C’est là que Marx élabore la
théorie de la conception matérialiste de
l’histoire qu’il expose à Engels. Puis
en juillet-août 1845, Engels et Marx se
rendent en Angleterre. Ils y rencontrent notamment, les dirigeants de
la Ligue
des Justes, une organisation qui rassemble des opposants politiques
allemands
exilés en France, en Suisse, en Belgique et en Angleterre,
dont certains sont
des militants ouvriers révolutionnaires. Puis
début 1846, Marx et Engels
constituent les Comités de correspondance communistes. Ils
espèrent qu’ils
seront l’embryon d’un parti ouvrier
révolutionnaire international. Marx anime
un comité à Bruxelles, Engels un
comité à Paris et à Londres, des
animateurs de
la Ligue des Justes s’en détachent pour constituer
un comité. C’est
à cette époque que Marx
prend contact avec Proudhon pour qu’il rejoindre les
Comités. Proudhon, sans
refuser clairement, conteste les conceptions économiques
développées par Marx.
Ce sera le début de plusieurs essais de Marx et
d’Engels contre le réformisme
de ce dernier. La Ligue des communistes En 1847, la
Ligue des Justes
s’adresse à Marx pour opérer un
rapprochement avec les Comités. Ce
rapprochement a lieu lors d’un congrès avec
réorganisation et modification du
programme, où la Ligue se rebaptise Ligue des communistes.
Le 1er
paragraphe de ses statuts proclame : « Le
but de la .Ligue est le
renversement de la bourgeoisie, la domination du
prolétariat, la suppression de
l’ancienne société bourgeoise
fondée sur l’antagonisme des classes, et
l’établissement d’une nouvelle
société sans classe ni
propriété individuelle. »
Les Comités de correspondance communistes y
adhèrent. Lors du 2e
congrès, la
Ligue charge Marx et Engels de rédiger le programme de
l’organisation. Cela
donnera naissance au Manifeste du Parti communiste,
à la fois tableau
historique de la lutte des classes, critique des courants socialistes
et
communistes existants et programme d’action de la Ligue des
communistes. Début
1848, un vent
révolutionnaire secoue l’Europe. Marx et sa
famille sont expulsés de Belgique
et se rendent en France. Avec la victoire de la révolution
à Berlin et à
Vienne, Marx décide de rentrer en Allemagne et
s’installe à Cologne. Estimant
qu’il n’est plus nécessaire
d’avoir une organisation clandestine et que les
communistes doivent agir au grand jour, il décide de
dissoudre la Ligue des
communistes et il lance un journal, La Nouvelle Gazette
Rhénane. Il s’en
servira comme tribune. C’est dans ce journal qu’il
salue les ouvriers parisiens
victimes de la répression du gouvernement provisoire en juin
1848. La
contre-révolution triomphe en
Allemagne. Marx reste à Cologne jusqu’en juin1849,
son journal lui servant
d’arme contre le gouvernement de Berlin. Il est traduit
à deux reprises devant
les tribunaux pour outrage et rébellion. Mais les jurys
l’acquittent et le
gouvernement s’emploie alors à éliminer
le gêneur. En mai 1849, il est condamné
à être expulsé et il quitte
l’Allemagne en juin 1849 pour l’Angleterre
où sa
famille le rejoint. Il a englouti dans La Nouvelle Gazette
Rhénane
le
peu d’argent qu’il possédait.
Malgré tout, il
organise la solidarité avec les
réfugiés
allemands. La Ligue des
communistes s’est
reconstituée à Londres mais les dissensions sont
si fortes que Marx propose que
le siège soit transféré à
Cologne. L’organisation va péricliter. L’exil
à Londres Pour Marx et sa
famille commencent
des années noires marquées par une
très grande pauvreté, malgré
l’aide
financière d’Engels. La Nouvelle Gazette
Rhénane a englouti toute la
fortune des Marx et ce dernier ne vit pas de sa plume : les
journaux
bourgeois refusent de le faire écrire, et il publie dans des
journaux
révolutionnaires qui ne peuvent pas le payer. Sa
collaboration régulière avec
un journal américain anti-esclavagiste constitue sa
principale, mais
irrégulière, source de revenus. Au cours de cette
période, les Marx perdent
trois enfants à cause de l’extrême
précarité de leurs conditions de vie, et
Marx voit sa santé se détériorer. En 1852, il
rédige un livre sur le
coup d’État de décembre 1851 en France,
Le Dix-huit Brumaire de Louis
Bonaparte. Marx y analyse la stratégie de la
bourgeoisie qui favorise
l’accession au pouvoir de Louis Bonaparte pour asseoir son
pouvoir économique.
Il y dénonce également la démagogie du
Second empire face à la classe ouvrière. Cette
année là, il consacre une partie de son temps
à défendre ses camarades de la Ligue
des communistes de Cologne, victimes de la répression du
pouvoir prussien. Marx
aide les avocats de la défense et fait connaître
l’iniquité du procès par la
presse. Plusieurs des accusés sont condamnés
à des peines de prison, mais
surtout, le procès sonne le glas de la Ligue des communistes. Lorsque
survient la crise économique de 1857 en Amérique,
crise qui n’aura pas
répercussions révolutionnaires en Europe, Marx
décide d’étendre son analyse et
d’approfondir sa compréhension des
mécanismes économiques. Lors de ces
recherches, il découvre que la marchandise et
l’argent procèdent de rapports
existants entre les capitalistes et les salariés. De 1857
à
1864, Marx déploie l’essentiel de son
énergie aux recherches économiques qui
donneront la matière au Capital. Il
n’est pas coupé de toute activité
militante. Il conserve des relations régulières
avec le mouvement ouvrier
allemand, notamment avec Lassalle, devenu le chef du parti ouvrier
allemand.
Mais les relations entre les deux hommes se
détériorent à la suite d’une
visite
de Lassalle à Londres, puis de son rapprochement avec
Bismarck que Marx
désapprouve. La disparition de Lassalle en 1864 va permettre
à Marx se
rapprocher du mouvement ouvrier allemand. L’Association
internationale des
travailleurs
En septembre
1864, à l’occasion d’un meeting de
solidarité avec le peuple polonais dans le
Hall de Saint-Martin à Londres, est lancée la
proposition de constituer une
Association internationale des travailleurs. Marx, qui assistait
à la réunion,
fut désigné avec une cinquantaine
d’autres, pour rédiger les statuts et le
programme de l’Association qui devient la Première
Internationale. Critiquant
les approches sentimentalistes des Français et la
prééminence de la question
nationale chez les Italiens, il rédige l’Adresse
inaugurale de
l’Association en reprenant les idées principales
du Manifeste. Marx fait
prévaloir dans ce texte l’importance de
l’indépendance du mouvement ouvrier et
du développement d’une stratégie
révolutionnaire. Les statuts affirment
d’entrée de jeu : « L’émancipation
des travailleurs sera l’œuvre
des travailleurs eux-mêmes. » L’Internationale
accueille dans ses rangs les organisations et les individus qui
adhèrent à son
programme dont l’objectif est clairement
défini : « Dans sa
lutte
contre le pouvoir collectif des classes possédantes, le
prolétariat ne peut
agir comme classe qu’en se constituant lui-même en
parti politique distinct,
opposé à tous les anciens partis
formés par les classes possédantes. Cette
constitution du prolétariat en parti politique est
indispensable pour assurer
le triomphe de la révolution sociale et de son but
suprême : l’abolition
des classes. » En développant
la conciliation et l’absence de
sectarisme, Marx s’impose comme le principal dirigeant de
l’Internationale et
de son organe de direction, le Conseil général.
Pourtant la tâche n’est pas
simple, l’Internationale regroupant des courants de
pensée extrêmement divers,
parfois opposés. Marx privilégiera à
chaque fois l’intérêt de la classe
ouvrière face aux différentes
sensibilités. En juin
1865, lors de séances du Conseil, Marx donne lecture
d’un texte fondamental qui
annonce le Capital, Salaires, prix,
profits. Dans ce texte, il
démontre que le prix d’une marchandise comporte le
salaire qui rétribue
l’ouvrier et le profit accaparé par le patron.
L’augmentation du salaire réel
se traduit donc par un recul du profit patronal. Il
détermine également que le
salaire est le paiement d’une marchandise
déterminée, la force de travail. En
septembre 1866 se tient le 1er
congrès de l’Association
internationale des travailleurs. Mais Marx ne peut y assister pour des
questions de santé et de sécurité. Le
congrès est l’occasion d’une charge des
disciples de Proudhon, qui prétendent que
l’émancipation des travailleurs se
fera par des coopératives ouvrières de
production. Ils tentent d’obtenir
l’exclusion de l’Association de tous ceux qui ne
sont pas ouvriers, à commencer
par Marx. Leur tentative échoue. Les marxistes, eux,
plaident pour la
nécessaire organisation de la classe ouvrière en
un parti politique
révolutionnaire, et proposent de combiner les revendications
économiques et les
revendications politiques. Ce premier congrès permet en tout
état de cause aux
mouvements ouvriers de différents pays de se retrouver, et
aux différents courants
de pensée révolutionnaires de
s’exprimer. Les
congrès suivants – 2e
congrès à Lausanne en septembre 1867 ; 3e
congrès à Bruxelles en septembre 1868 ; 4e
congrès à Bâle en
septembre 1869 – seront l’occasion de
débats entre les diverses sensibilités
révolutionnaires.
À chaque fois, Marx aura à cœur de
maintenir le cadre politique de
l’Internationale, tout en empêchant les tentatives
de prise en mains. C’est
ainsi qu’il s’opposera à Bakounine lors
du 4e congrès, où
s’expriment de profondes divergences. Le
Capital L’année
suivante, Marx publie le Livre Premier du Capital.
Il a conçu le Capital
comme une œuvre scientifique devant servir d’outil
à la classe ouvrière pour
organiser le renversement de la société
capitaliste. Marx y analyse la
constitution et le fonctionnement du capital, dont il montre
qu’il ne relève
pas d’une « loi
naturelle » mais d’un processus
historique. Dans le Capital,
Marx montre que travail salarié et capital appartiennent au
mode de production
capitaliste dont la naissance se situe au 15e
siècle. Il établit que
ce mode de production, comme ceux qui l’ont
précédé, aboutira à sa fin
à cause
de l’antagonisme entre travail et capital. Le Capital
est immédiatement reconnu par le monde intellectuel comme un
ouvrage majeur. Il
est d’ailleurs très vite traduit en russe et en
français. La traduction
anglaise n’interviendra qu’après la mort
de Marx. Quant aux
volumes suivants du Capital, ils seront
publiés après sa mort. Marx n’a
pas eu le temps de mener à bien la publication des tomes
suivants, mais ses
recherches et son analyse étaient suffisamment
avancées pour que Engels puisse
publier le Livre II en 1885 et le Livre III en 1894. Le Livre IV sera
publié en
1905-1906 par Karl Kautsky. La
Commune de Paris
Marx et
Engels avaient analysé de longue date les risques de
conflits entre la France
impériale de Napoléon III et la Prusse
de Bismarck. Aussi Marx rédige-t-il
une Adresse de l’Internationale lors de
la déclaration de guerre de la
France à la Prusse en juillet 1870 où il
dénonce l’agression de la France, et
tente de coordonner les manifestations contre la guerre en France et en
Allemagne. Après la défaite de Sedan (septembre
1870), Marx demande au Parti
social-démocrate d’Allemagne se
s’opposer publiquement à l’annexion de
l’Alsace
et de la Lorraine. Il rédige d’ailleurs une
deuxième adresse où il analyse le
retournement du conflit, la Prusse devenant l’agresseur face
à la France
défaite. Mais les Parisiens refusent la capitulation de Thiers face à Bismarck. Thiers tente de faire désarmer la Garde nationale, sans succès, et le gouvernement provisoire doit se replier à Versailles. Le 26 mars 1870, dans Paris assiégé, se déroulent des élections qui mettent en place la Commune de Paris. Cette expérience politique originale, par bien des aspects révolutionnaire, ne manque pas de fasciner Marx. Dès le déclenchement de la Commune, il lance le Conseil général de l’Internationale dans une campagne de solidarité internationale en faveur des Parisiens. Parallèlement à cette activité politique, il rédige une adresse pour le Conseil sur l’expérience, qu’il terminera peu de temps après la fin des combats, La guerre civile en France. Il définit la Commune comme étant : « … essentiellement un gouvernement de la classe ouvrière, le résultat de la lutte de la classe des producteurs contre la classe des appropriateurs, la forme politique enfin trouvée qui permettait de réaliser l’émancipation économique du travail ». Il définit ce gouvernement de la classe ouvrière comme la dictature du prolétariat, phase de transition entre l’État bourgeois et la société communiste, sans classe et sans État. Déliquescence
de l’Internationale
La
violente répression contre la Commune, puis contre les
sections et les
adhérents de l’Internationale dans les pays
où elle est présente, créent une
situation de crise au sein de l’Internationale. Une partie
des membres,
notamment les dirigeants syndicalistes anglais, prennent leurs
distances de
peur d’être frappés à leur
tour. La situation provoque des dissensions dans la
direction de l’Internationale, dissensions auxquelles Marx ne
peut faire face
parce qu’il est gravement malade. C’est Engels,
installé à Londres, qui prend
le relais de Marx et tente d’empêcher
l’implosion. Une
attaque importante vient en 1872 des partisans de Bakounine. Marx et
Engels
rédigent une brochure, Les prétendues
scissions de l’Internationale, à
cette occasion. L’Internationale décide de tenir
son congrès à La Haye en
septembre 1872, unique congrès auquel Marx pourra assister.
Les partisans de
Marx sont majoritaires et l’offensive des partisans de
Bakounine pour obtenir
la suppression du Conseil général
échouent. Marx obtient même le renforcement
des pouvoirs du Conseil. Pour préserver
l’Internationale des intrigues de
Bakounine et pour la soustraire à la répression,
Engels propose de transférer
le siège du Conseil de Londres à New York. La
proposition étonne, mais elle
l’emporte. Ce transfert ne devait avoir aucun
avenir : en juillet 1876, le
Conseil réuni à Philadelphie décida de
dissoudre l’Association internationale
des travailleurs. C’était la fin de la
Première Internationale, qui du point de
vue de Marx et d’Engels avait fait son temps. Les dernières
années Dans les
dernières années de sa vie, la santé
de Marx se détériore,
l’empêchant de
travailler au même rythme et de mener à bien les
livres suivants du Capital.
Il poursuit néanmoins sa production intellectuelle et son
activité militante. Après
l’écrasement de la Commune de Paris, le mouvement
ouvrier français est en
sommeil pour plusieurs années. Le mouvement ouvrier allemand
connaît, lui, un
essor important avec le rapprochement des deux principaux partis
ouvriers
allemands, qui donne naissance en 1875 au Parti ouvrier
social-démocrate
allemand lors du Congrès du Gotha. Marx, qui a pris
connaissance du projet de
programme du parti, rédige alors un texte critique, qui
reste dans les mémoires
sous le nom de Critique du programme de Gotha. Les
dirigeants allemands
empêchèrent la publication du texte
jusqu’en 1891. À la même
époque, Engels
rédige, à partir des matériaux que
Marx lui confie, un texte important, L’anti-Dühring.
Dühring, universitaire allemand, a alors une influence
importante sur les
dirigeants du Parti social-démocrate allemand et se
positionne contre le
matérialisme historique. L’anti-Dühring,
qui paraît en plusieurs
articles dans Vorwärts, organe central du
Parti social-démocrate, est
une exposition complète du marxisme. En 1880, Marx reçoit à Londres Lafargue – un de ses gendres – et Jules Guesde. Ils discutent ensemble du programme du futur Parti ouvrier français, dont Marx dicte à Guesde le préambule. L’année suivante, il se rend en France dans la famille Longuet (sa fille, Jenny, est marié à ce dirigeant politique français) : il y rencontre plusieurs dirigeants du mouvement ouvrier français auxquels il donne son avis sur la situation française. Fin 1881, alors qu’il est gravement malade, sa femme décède. Son état de santé s’aggrave. Sur les conseils des médecins, il se rend en Algérie où il découvre la réalité coloniale. Début 1883, sa fille Jenny décède à son tour. Karl Marx la suivra de peu : il meurt en Angleterre le 14 mars 1883. Atypique,
grand travailleur jusqu’à
l’épuisement de ses forces, Karl Marx
s’est fixé
comme choix de vie ne n’être pas seulement un
intellectuel. Victime d’une répression
politique constante, d’une misère
économique profonde qui a certainement
précipité sa fin, Karl Marx aura durement
payé ce choix. Il aura réussi dans
ses objectifs : l’apport théorique de ses
ouvrages a révolutionné la
pensée économique, philosophique et politique de
son temps. Aujourd’hui encore,
les analyses de Marx restent d’une parfaite
d’actualité. |