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Approches Marxistes
journal théorique de la Gauche communiste Il est publié trois fois par an. Abonnement : 10 € / an. Chaque numéro aborde des sujets théoriques et des thèmes d'actualité. Pour vous abonner : écrivez-nous à l'adresse suivante : gauche.communiste@yahoo.fr Retour à la page d'accueil d'Approches Marxistes Recherche par auteurs Classiques Numéro 1 (début 2004) Spécial congrès Numéro 2 (mi 2004) Sortir de l'Europe de Maastricht Numéro 3 (fin 2004) Où va le PCF ? Numéro 4 (début 2005) L'incontournable marxisme de Marx Numéro 5 (mi 2005) Le stalinisme du PCF Numéro 6 (fin 2005) Quelles sont les conditions du vrai changement ? Numéro 7 (début 2006) Réforme ou révolution ? Numéro 8 (mi 2006) Etat et stratégie Numéro 9 (fin 2006) Le PS, gérant loyal du capitalisme Numéro 10 (début 2007) Les présidentielles et nous ! |
Révisionnisme, réformisme, opportunisme, les trois sources d'inspiration du Secrétariat national Marie-George Buffet et la laïcitéPierre Martin La Secrétaire nationale de notre
parti a présenté le 19 septembre 2003, devant la Commission sur la laïcité [1],
le point de vue du groupe dirigeant actuel du parti sur cette question. Son
intervention nous semble intéressante à plus d'un titre. Elle témoigne en effet
du degré d'abandon total de toute référence au marxisme pour traiter d'un sujet
de société aussi important que la laïcité, de son rôle et de ses effets à
l'école. Qu'on en juge : dès les
quatre premières phrases, on assiste à un florilège de lieux communs et de
poncifs, dignes de la meilleure tradition du « socialisme » utopique,
chrétien ou pré- marxiste. 1ère phrase, premier
paragraphe : « La laïcité est le principe
social et politique qui permet à notre peuple la cohésion dans la
pluralité. » Autrement dit, elle est le noyau conceptuel central de l'idéologie
dominante. Cela ne semble choquer nullement notre Marie-George, qui ne
voit là aucune contradiction. Comment une personne qui prétend vouloir
« dépasser » le capitalisme, peut-elle se réclamer d'une valeur
qu'elle reconnaît elle-même comme étant placée au cœur de l'idéologie
bourgeoise dominante ? Certains répondront : quelle
question absurde ! Car enfin, depuis quand le Pcf se préoccupe-t-il de
combattre l'idéologie dominante ? Depuis quand le Pcf se préoccupe-t-il de
savoir pourquoi « L'École capitaliste en France »[2], celle de Jules Ferry, chantre du
colonialisme et de l’impérialisme, a-t-elle inscrite sur ses frontons
« Liberté, Égalité, Fraternité », qui sont comme le concept de
« laïcité » des purs produits de l'idéologie bourgeoise radicale[3] ? « Liberté », pour
qui ? Pas pour les milliers de mômes des milieux populaires qui se
retrouvent sur le trottoir sans diplôme et sans formation.
« Égalité », la seule que nous connaissions est celle des taux de
profit après péréquation. « Fraternité », en dehors des partisans des
Petits Frères des Pauvres, qui y croit encore ? 2ème
phrase; premier paragraphe : « Elle découle directement de
l'affirmation fondamentale des droits universels de l'être humain ». Si ce n'est pas un bel impératif
catégorique, ça ! Certes, pour un retour à Kant, ça a de la gueule, c'est
généreux en diable. Nous voilà affublés de l'idéologie des droits de l'homme
universel comme moderne conception du monde du projet révolutionnaire à
construire. Notre Rosa Luxemburg peut se réjouir, l'utopisme humaniste
bourgeois a encore de beaux jours devant lui[4].
Quant aux autres, nous les renvoyons au bilan historique des organismes de
secours mutuels créés par l'Onu pour amuser la galerie, comme L'Unesco ou la
Cnuced, véritables maisons de retraites du show-biz en mal de reconversion,
usines à produire des fonctionnaires et du budget. Alors que la misère et le
chômage ne cessent d'augmenter dans la majeure partie du monde. Il y a fort à parier que quand
elle était petite, le rêve secret de notre Marie-George n'était pas de prendre
la tête d'un parti révolutionnaire, non son rêve secret était de remplacer le
secrétaire général de l'Onu. Depuis, elle essaie en vain de transformer notre
organisation en Croix Rouge du capital. 3ème
phrase, premier paragraphe : « Ces droits ne sont pas liés
à l'appartenance à tel ou tel groupe social, ils ne sont pas non plus liés à
telle ou telle opinion qu'elle soit politique ou religieuse ». Oui camarades, vous ne rêvez pas,
vous l'avez bien lu, le fond du fond, le renoncement total à tout point de vue
de classe a été atteint. Un droit idéaliste surgit de nulle part tient lieu de
socle idéologique, de valeur suprême à l'actuelle Secrétaire nationale du Pcf.
Marie-George communique directement avec des valeurs qui sont au-delà de la
société. Nous dirons dans un vocabulaire un peu compliqué que notre
Marie-George transcende, elle est au-dessus des classes, son « Dieu »
s'appelle « Khofhi », son église « l'Onu », son message
« le droit de l'hommisme ». Impérialisme est un mot que Marie-George
ne connaît pas, exploitation, non plus. 4ème
phrase, premier paragraphe : « Ces droits sont assortis de
façon inaliénable à la conditions de l'être humain ». Nous connaissons maintenant les
références idéologiques de notre Marie-George. Elles ont pour noms Sartre et
Camus. Son « credo » doit lui être fourni par une lecture régulière
de la revue Esprit. Arrivé à ce
stade de lecture du document – quatre phrases, quatre perles d'opportunisme et
d'idéologie sociale-libérale –, tout militant communiste digne de ce nom peut
légitimement se demander s'il est bien utile de continuer. Cela n'aurait qu'un
intérêt anecdotique et symptomatique, s'il n'y avait ces jours-ci la
possibilité de se souvenir, qu'il y a trente ans, un même débat avait déjà eu
lieu alors que se mettait en place toutes les conditions qui allaient conduire
à la destruction orchestrée du
Parti communiste, faisant passer le parti de 20 % de l'électorat à moins
de 6 %, divisant par six le nombre d'adhérents. On se souviendra que
sévissait alors à la tête du parti le « camarade » Marchais. En ce temps-là, un certain Louis
Althusser répliquait à un frère en humanisme bourgeois de Marie-George, le
philosophe « communiste » anglais John Lewis, (l'un de ceux sans
doute, dont la brillante présence au sein de ce parti a conduit à le faire
disparaître) : « Le bonhomme de J. Lewis est un petit dieu laïc qui est comme tout le
monde, je veux dire comme tous les êtres vivants, dans le bain, mais qui est
doté d'un formidable pouvoir de liberté de sortir à chaque instant la tête hors
de l'eau et de changer le niveau de l'eau, un petit dieu sartrien en situation
dans l'histoire, doté du pouvoir inouï de dépasser toute situation et de
dominer toute situation toute servitude de résoudre toutes les difficultés de
l’histoire et d’aller vers les surlendemains qui chantent de la révolution
humaine et socialiste… »[5] Mais Marie George n’en est même
plus au niveau de J.Lewis. Pour elle, il s’agit de faire des enfants des
milieux populaires des enfants dociles parce que mieux intégrés aux « valeurs de la République ». On pourra toujours lui
demander : quelles « valeurs » et quelle « République » ? Mais c’est une question qui
doit dépasser son niveau de compréhension. On peut, par contre, soupçonner le
véritable auteur de cette prose de savoir, lui, ce qu’il veut exactement. Si
Marie-George l’avait écrite directement, elle aurait sûrement fait plus
attention à ne pas oublier la dimension « sociale » car nos brillants
dirigeants, quand ils ne savent plus quoi dire, n’oublient jamais d’entonner le
refrain du « social », sans doute pour mieux cacher leur reniement
d'un processus conduisant à une révolution socialiste. Louis Althusser poursuit :
« L’homme (de J.Lewis) est par essence un animal révolutionnaire
parce qu’il est un animal libre ». Une thèse voisine est présente
dans le texte de Marie-George, par son incessant recours au terme
« d’individu ». C’est un concept dont nous avions l’innocence de
croire qu’il avait disparu du vocabulaire des militants communistes. En effet,
depuis 1966 (le Comité central d’Argenteuil), après la victoire du courant
centriste représenté à l’époque par Lucien Sève et son concept de
« personnalité », l’accord des centristes et des droitiers de la
direction (le tristement célèbre Roger Garaudy, partisan à cette époque de
« l’humanisme total », le véritable maître à penser des actuels
nègres du Secrétariat national), se fit aux dépens de la gauche du parti. La gauche soutenait la thèse
althusérrienne de « l’assujettissement ». Pour rappeler rapidement les
enjeux, nous dirions que cette thèse nie que dans une société capitaliste, même
constituée d’individus « s’interpellant » en sujets libres, ils aie
la moindre chance de l’être vraiment (ce que sont venues confirmer les études
sociologiques de Pierre Bourdieu et de son équipe sur des thématiques aussi
variées que le choix des couleurs, le choix du conjoint etc. (Revue Acte de la Recherche en Sciences Sociales).
A l’opposé la thèse de « l’individu », issue du comportementalisme et
du bio-psychologique, était à l’époque encore très marquée de « ses
récupérations » par les systèmes policiers russes et américains (notamment
le darwinisme eugéniste américain et le pavlovisme). Le Philosophe G.
Canguilhem disait de la psychologie de cette époque, qu’elle fleurait bon la
préfecture de police. (En effet, la systématisation des études de psychologie a
été en partie le fait des commandes des services de police avec les fiches
anthropométriques et psycho-morphologiques). Apparemment, cette histoire là,
notre Marie-George l’ignore : pas de passé = pas d’histoire. C’est pratiquement tout le livre
d’Althusser qu’il faudrait reproduire pour répondre à notre Marie-George. Mais
je ne peux résister au plaisir de vous citer encore quelques perles : « L’affirmation d’une laïcité
ouverte est la condition d’une république vivante et dont les citoyennes et
citoyens se sentent partie prenante et propriétaires. » (p. 4) L’idéal de
notre profonde philosophe est l’idéal bourgeois du citoyen propriétaire. « La laïcité fait de la
république un espace accueillant toutes les représentations du monde dès lors
qu’elles ne contestent pas son principe » Vive donc la laïcité garante de l’ordre bourgeois. « La
Laïcité, légitime l’existence (par sa reconnaissance) des corps
intermédiaires » Autrement
dit : vive la société civile libérale bourgeoise et ses corps
constitués ! Etc., etc. Face a un tel déferlement de
valeurs, sans doute inspirées des meilleurs intentions du monde, mais recopiées
d’une conception idéologique qui ne correspond plus à la réalité, un peu
d’histoire et de pédagogie s’imposent. La laïcité, comme tous les
impératifs catégoriques humanistes bourgeois (Liberté, Égalité, Fraternité,
Citoyenneté etc.), a eu ses heures de gloire durant la Révolution française
ainsi que dans toutes les révolutions bourgeoises depuis 89, en1830 comme en
1848. Nous ne ferons pas l'injure de rappeler à nos brillants dirigeants que,
depuis la commune de Paris de 1871, pour tout militant marxiste conséquent, nous avons changé de période. Nous
n'en sommes plus à assumer les tâches libérales bourgeoises, mais au contraire
à montrer que derrières ses mots d'ordre se dissimule la réalité de la
dictature de la bourgeoisie. Voilà pourquoi, un certain Karl Marx décida dans
se préface célèbre de (1872), de rectifier son texte Le Manifeste du Parti Communiste. Avec la commune de Paris, qui
démontra, au nom de la liberté d'entreprendre (inscrite dans la constitution de
91), la férocité du capital, il n'existe, depuis cette période, qu'une seule
réponse qui vaille celle de la
dictature du prolétariat. Toute
l'œuvre de Lénine est basée sur cette rectification et sur le
fait que le passage du capitalisme libéral concurrentiel, au monopolisme
impérialiste, change fondamentalement la nature du système et donc la nature du
combat à mener dans les métropoles impérialistes. Les tâches démocratiques sont
derrières nous, combattre pour restaurer les valeurs du 18e siècle
(le fameux siècle des Lumières), c'est développer une idéologie tournée vers le
passé, jouer un rôle à tout le moins conservateur. Et quand la remise en selle
de ces valeurs sert à nier la nécessité de la révolution, c’est jouer un rôle
réactionnaire ! C'est ce que dit très clairement Lénine dans La Révolution
prolétarienne et le renégat Kautsky. A propos de deux autres impératifs
catégoriques, « la Dictature » et « la Démocratie », il
faut toujours se poser la question : pour qui ? Et non opposer de
façon idéaliste des valeurs entre elles comme le fait Karl Kautsky, dans son
ouvrage La
dictature du prolétariat, qui
constitue la véritable source d’inspiration des tenants du XXII congrès de
notre parti. Nous sommes donc habilités à traiter Marie-George de
« renégate-révisionniste » (sic ! sic ! sic !). Pour notre malheur, un certain
Staline a utilisé cette invective à toutes les sauces, mais avouez qu'il n'y a,
parfois, pas de mal à se faire du bien, et pour une fois qu'on peut partager
une idée en commun avec les camarades du Prcf sans l'avoir négociée pendant des
heures au sein de la Convergence Communiste, allons-y ! P.S : Nous traiterons
ultérieurement du procès de décomposition du marxisme-léninisme, dans les
années 70 et du fait que la sensibilité anti-stalinienne (althussérienne) ait
échoué dans son projet de tentative de redressement de ce courant en essayant
de séparer définitivement le léninisme du stalinisme. D'où une dérive des
anciens militants de cette mouvance vers l'alter-mondialisme, la Nouvelle
Citoyenneté Mondiale (Balibar), idéologie de survie des intellectuels de
gauche, issuede la décomposition du mouvement ouvrier. « La crise de la civilisation est la crise de
la direction ouvrière. », Trotsky. [2] L'École capitaliste en France de Baudelot et Establet (coll. Maspéro, 1971) : un ouvrage qui garde encore toute son importance pour qui veut comprendre le mode de fonctionnement du premier appareil idéologique d'État, celui qui joue un rôle central dans l'inculcation des valeurs bourgeoises, « l'école ». [3] L’idéologie radicale-socialiste est un courant extrêmement intéressant à analyser. Elle a joué et joue encore un rôle important dans l’histoire de notre pays. Elle survit aujourd’hui et connaît même un second souffle dans le courant dit « souverainiste ». Diabolisée par Trotsky, au moment du Front Populaire, qui y voit l’idéologie de toutes les trahisons (« pas d’alliance entre mouvement ouvrier et courant bourgeois »), elle est aujourd’hui portée par un courant au sein de la mouvance trotskiste, Le PT, qui 20 ans auparavant s’était spécialisé dans la chasse aux radicaux de gauche, comme symboles de toutes les turpitudes et de toutes les trahisons de l’union de la gauche. Encore l’un des nombreux exemples du parcours pour le moins sinueux de « l’étrange » monsieur Lambert, qui n’hésite pas à faire entrer ses militants au sein de la franc-maçonnerie ou encore de La Libre Pensée. Nous rappellerons pour mémoire aux camarades « laïques » que les militants communistes appliquent les 21 conditions définies par Lénine, « pas de francs-maçons chez nous », pas de Laïcité, mais soutien total au matérialisme athée. L’idéologie du « citoyen » Robespierre, assassin de l’aile gauche de la révolution, combattant acharné des philosophes matérialistes, partisan d’un dieu sans « Dieu » (le culte de l’être suprême) et de son triangle déiste des francs-macs. Cette idéologie petite bourgeoise, a joué au stade du développement concurrentiel du capital, un rôle révolutionnaire progressiste, reconnu comme tel par Lénine. Depuis 1848 et l’opposition entre drapeau bleu-blanc-rouge et drapeau rouge, tel n’est plus le cas.
Pierre
Martin |