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Approches Marxistes
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GEORGES IBRAHIM ABDALLAH

Marie-Catherine ANDREANI

GI AbdallahQui se souvient de Georges Ibrahim Abdallah, communiste libanais, militant de la cause palestinienne, emprisonné en France depuis 21 ans à la suite d’un procès inique organisé pour rassurer l’opinion publique française et satisfaire les ambassades des Etats-Unis et d’Israël ?

Georges Ibrahim Abdallah est né en 1951 au Liban. C’est un militant actif de la lutte des peuples libanais et palestinien contre l’impérialisme et l’occupation israélienne de la Palestine depuis son adolescence.

En 1982, à l’époque où les forces armées israéliennes envahissent le Liban, encerclent et bombardent Beyrouth, permettent le massacre par les milices libanaises de centaines de civils palestiniens et libanais dans les camps de Sabra et Chatila (1), les Fractions armées révolutionnaires libanaises (FARL), dont est membre Georges Ibrahim Abdallah, exécutent Yacov Barsimento, responsable du Mossad de l’ambassade d’Israël à Paris (2).

Georges Ibrahim Abdallah est arrêté par la police française à Lyon le 24 octobre 1984 pour détention de vrais faux-papiers. Il s’agissait d’un passeport algérien. Il est condamné une première fois le 10 juillet 1986 à 4 ans de prison pour détention d’armes et d’explosifs. Ce jugement intervient alors que la France est sous le choc d’une série d’attentats aveugles qui font en 1986-1987 13 morts et plus de 300 blessés. Ces attentats sont revendiqués par le Comité de solidarité avec les prisonniers politiques arabes qui exigent la libération de Georges Ibrahim Abdallah et d’Anis Naccache, Libanais lié aux services secrets iraniens. Il s’avérera que ces attentats étaient commis par un réseau proche de l’Iran qui voulait faire payer à la France son soutien à l’Irak dans la guerre contre l’Iran. Mais à l’époque, les services secrets français accusent les frères de Georges Ibrahim Abdallah pour couvrir des négociations avec le Comité de solidarité avec les prisonniers politiques arabes, et rassurer l’opinion publique française. Les frères Abdallah nient ces accusations à travers des conférences de presse.

C’est dans ce contexte que le 1er mars 1987 Georges Ibrahim Abdallah est jugé une nouvelle fois par un tribunal spécial antiterroriste pouvant prononcer un verdict sur la base des renseignements fournis par les services secrets, sans avoir recours aux preuves juridiques ou aux témoins, contrairement aux codes de procédure. Il est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, accusé d’être le fondateur des Fractions armées révolutionnaires libanaises, et de conspiration dans des actes terroristes. Ses juges s’appuient sur les données fournies par les services secrets français. Or les informations de ces services secrets français proviennent des rapports du Mossad et de rapports de l’avocat de Georges Ibrahim Abdallah, Jean-Paul Mazurier, devenu toxicomane et utilisé comme « informateur ». Cet avocat invente les preuves (le syndicat des avocats l’exclura lorsque l’affaire sera rendue publique). Enfin, il est à noter que les Etats Unis sont partie civile dans le procès.

 "Madame, Monsieur,

Qu’un combattant arabe soit jugé par une Cour spéciale en Occident, rien de plus normal. Qu’il soit traité de criminel et de malfaiteur, rien de vraiment nouveau, déjà les « bandits de l’Aurès » (3), les « terroristes » de Palestine, ainsi que les « fanatiques lépreux » d’Ansar et Khiam(4) ont été l’objet de ces honorables qualificatifs.

Ils rappellent à tous ceux qui ont la mémoire courte le patrimoine de votre justice occidentale ainsi que votre civilisation judéochrétienne. Mais que le criminel yankee, bourreau de tous les déshérités de la terre, soit, en plus, le représentant des prétendues victimes devant vous, il y a bien de quoi alors s’abstenir de tout commentaire sur la nature de votre Cour ainsi que sur la tâche qui lui est assignée.(…)

En dépit des souffrances de tous les peuples de la terre, vos patrons imposent la paix et la légalité de leur système criminel dont la guerre fait partie intégrante ; mais vous vous trompez si vous espérez que la guerre ne dépassera jamais plus les régions des périphéries.(5) (…)

Depuis bientôt plus de quarante ans, notre peuple subit les agressions de tout poil. Aucune arme ne fait défaut au champ d’expérimentation où notre peuple sert de cobaye.(…) Anéantissement et balkanisation se conjuguent sous le drapeau mystificateur des droits de l’homme occidental. (…)

Bien sûr, les esprits « tolérants » et « démocrates » ont bien de quoi s’indigner devant la montée du « fanatisme » et du « terrorisme international » (…)

Tout aussi compréhensibles, les préoccupations et la fureur des « civilisés » chevaliers de l’Occident des « droits de l’homme » et de la « liberté » face à ces « barbares pestiférés » du Proche et du Moyen Orient. Comment ne pas comprendre leur inquiétude et leur déception : alors que tous les chefs-d’œuvre de leur civilisation sont exposés sous l’œil bienveillant de leurs « droits de l’homme » et de leur statue de la « liberté », partout sur la terre arabe – que ce soit à Maaraké ou à Zrarié, à Bir el Abd (6) ou à Sabra et Chatila, à Benghazi ou à Tripoli(7), pour ne pas en citer d’autres- toujours la même obstination chez ces « barbares », déception qui rappelle, par ailleurs, celle de vos ancêtres quand, pour la même mission « civilisatrice », ils étaient allés pour des prunes aux abords de Damas.

(…Votre « tolérance ») se manifeste aussi cruellement tout au long des périphéries de votre système : de la Grenade à l’Afrique du Sud, des frontières nicaraguayennes à celles de l’Angola, du Salvador et du Chili à la Corée du Sud et de la Malaisie… Là où il y a yankee, patron de votre ordre, ou ses laquais, il y a la mort et la destruction. (…)

Je tiens simplement à signaler (…) : je suis accusé d’assassinat et de complicité pour avoir été en France avant ou après des attentats."

Extraits de la déclaration de Georges Ibrahim Abdallah au procès, le 23 février 1987

Aujourd’hui, la libération de Georges Ibrahim Abdallah et son retour au Liban sont possibles par un simple arrêté administratif du ministère de la Justice. Sa libération ne demande pas de recours en grâce particulier. En novembre 2003, sa demande de libération conditionnelle a été acceptée en première instance par la juridiction régionale de libération conditionnelle de Pau à condition qu’il quitte la France immédiatement. Mais le Parquet a fait appel, et le 15 janvier 2004 la justice a décidé son maintien en prison.

Même en prison, Georges Ibrahim Abdallah n’a jamais cessé de militer et de défendre la cause des peuples et la cause du peuple palestinien. Il a adhéré à la Plate-forme du 19 juin 1999(8) des prisonniers révolutionnaires, communistes, anarchistes, antifascistes et anti-impérialistes.

Il a participé à des grèves de la faim par solidarité avec les prisonniers politiques de Turquie, et avec les prisonnières palestiniennes.

Ses luttes lui ont valu des mesures punitives, comme transfert et mise à l’isolement. L’appel du Parquet est peut-être une de ces mesures punitives. Et la pression des Etats-Unis n’est pas étrangère à cette décision.

Marie-Catherine Andreani

Notes :

L’invasion israélienne du Liban en 1982 s’est soldée par la mort de 25 000 personnes, hommes, femmes et enfants, et par 45 000 blessés

(1) L’invasion israélienne du Liban n’a été possible qu’avec la complicité des puissances occidentales.

(2) Allusion aux combattants du FLN pendant la guerre d’Algérie qui étaient qualifiés ainsi dans la presse française.

(3) Ansar est un camp israélien de prisonniers, Khiam un camp de concentration et de torture de la milice libanaise « Armée du Liban Sud », organisée, armée et financée par Israël. Le camp de Khiam a régulièrement été dénoncé par diverses organisations des droits de l’Homme.

(4) Le texte datant de 1987, on est encore loin de la guerre qui a été menée en Yougoslavie…

(5) Localités libanaises où les bombardements américains provoquèrent un massacre.

(6) Deux villes libyennes bombardées par l’aéronavale américaine.

(7) Cette plate-forme du 19 juin 1999, qui a recueilli l’adhésion de nombreux prisonniers et le soutien de plusieurs collectifs et organisations, propose cinq objectifs concrets et prioritaires :

1° Arrêt de la torture et de l’isolement

2° Libération des prisonniers blessés, malades et des prisonniers dont la libération est accessible à moyenne échéance

3° Information à propos des prisonniers et de leur lutte

4° Soutien matériel aux prisonniers

5° Entraide internationale des forces de soutien aux prisonniers (notamment en période de crise : en cas de grève de la faim dans les prisons d’un pays, par exemple).