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Approches Marxistes
journal théorique de la Gauche communiste Il est publié trois fois par an. Abonnement : 10 € / an. Chaque numéro aborde des sujets théoriques et des thèmes d'actualité. Pour vous abonner : écrivez-nous à l'adresse suivante : gauche.communiste@yahoo.fr Retour à la page d'accueil d'Approches Marxistes Recherche par auteurs Classiques Numéro 1 (début 2004) Spécial congrès Numéro 2 (mi 2004) Sortir de l'Europe de Maastricht Numéro 3 (fin 2004) Où va le PCF ? Numéro 4 (début 2005) L'incontournable marxisme de Marx Numéro 5 (mi 2005) Le stalinisme du PCF Numéro 6 (fin 2005) Quelles sont les conditions du vrai changement ? Numéro 7 (début 2006) Réforme ou révolution ? Numéro 8 (mi 2006) Etat et stratégie Numéro 9 (fin 2006) Le PS, gérant loyal du capitalisme Numéro 10 (début 2007) Les présidentielles et nous ! |
GEORGES IBRAHIM ABDALLAH Marie-Catherine ANDREANI
Georges
Ibrahim Abdallah est né en 1951 au Liban. C’est un militant actif de la lutte
des peuples libanais et palestinien contre l’impérialisme et l’occupation israélienne
de la Palestine depuis son adolescence. En 1982, à
l’époque où les forces armées israéliennes envahissent le Liban, encerclent et
bombardent Beyrouth, permettent le massacre par les milices libanaises de
centaines de civils palestiniens et libanais dans les camps de Sabra et Chatila
(1), les
Fractions armées révolutionnaires libanaises (FARL), dont est membre Georges Ibrahim
Abdallah, exécutent Yacov Barsimento, responsable du Mossad de l’ambassade
d’Israël à Paris (2). Georges
Ibrahim Abdallah est arrêté par la police française à Lyon le 24 octobre 1984
pour détention de vrais faux-papiers. Il s’agissait d’un passeport algérien. Il
est condamné une première fois le 10 juillet 1986 à 4 ans de prison pour
détention d’armes et d’explosifs. Ce jugement intervient alors que la France est
sous le choc d’une série d’attentats aveugles qui font en 1986-1987 13 morts et
plus de 300 blessés. Ces attentats sont revendiqués par le Comité de solidarité
avec les prisonniers politiques arabes qui exigent la libération de Georges
Ibrahim Abdallah et d’Anis Naccache, Libanais lié aux services secrets
iraniens. Il s’avérera que ces attentats étaient commis par un réseau proche de
l’Iran qui voulait faire payer à la France son soutien à l’Irak dans la guerre
contre l’Iran. Mais à l’époque, les services secrets français accusent les
frères de Georges Ibrahim Abdallah pour couvrir des négociations avec le Comité
de solidarité avec les prisonniers politiques arabes, et rassurer l’opinion publique
française. Les frères Abdallah nient ces accusations à travers des conférences
de presse. C’est dans
ce contexte que le 1er mars
1987 Georges Ibrahim Abdallah est jugé une nouvelle
fois par un tribunal spécial antiterroriste pouvant prononcer un
verdict sur la
base des renseignements fournis par les services secrets, sans avoir
recours
aux preuves juridiques ou aux témoins, contrairement aux codes
de procédure. Il
est condamné à la réclusion criminelle à
perpétuité, accusé d’être le fondateur
des Fractions armées révolutionnaires libanaises, et de
conspiration dans des
actes terroristes. Ses juges s’appuient sur les données
fournies par les
services secrets français. Or les informations de ces services
secrets français
proviennent des rapports du Mossad et de rapports de l’avocat de
Georges Ibrahim
Abdallah, Jean-Paul Mazurier, devenu toxicomane et utilisé comme
« informateur ».
Cet avocat invente les preuves (le syndicat des avocats l’exclura
lorsque
l’affaire sera rendue publique). Enfin, il est à noter que
les Etats Unis sont
partie civile dans le procès. "Madame,
Monsieur, Qu’un
combattant arabe soit jugé par une Cour spéciale en Occident, rien de plus normal.
Qu’il soit traité de criminel et de malfaiteur, rien de vraiment nouveau, déjà les
« bandits de l’Aurès » (3), les « terroristes »
de Palestine, ainsi que les « fanatiques lépreux » d’Ansar et Khiam(4) ont été
l’objet de ces honorables qualificatifs. Ils
rappellent à tous ceux qui ont la mémoire courte le patrimoine de votre justice
occidentale ainsi que votre civilisation judéochrétienne. Mais que le criminel
yankee, bourreau de tous les déshérités de la terre, soit, en plus, le
représentant des prétendues victimes devant vous, il y a bien de quoi alors
s’abstenir de tout commentaire sur la nature de votre Cour ainsi que sur la
tâche qui lui est assignée.(…) En dépit
des souffrances de tous les peuples de la terre, vos patrons imposent la paix
et la légalité de leur système criminel dont la guerre fait partie intégrante ;
mais vous vous trompez si vous espérez que la guerre ne dépassera jamais plus
les régions des périphéries.(5) (…) Depuis
bientôt plus de quarante ans, notre peuple subit les agressions de tout poil. Aucune
arme ne fait défaut au champ d’expérimentation où notre peuple sert de cobaye.(…)
Anéantissement et balkanisation se conjuguent sous le drapeau mystificateur des
droits de l’homme occidental. (…) Bien sûr,
les esprits « tolérants » et « démocrates » ont bien de quoi s’indigner devant
la montée du « fanatisme » et du « terrorisme international » (…) Tout aussi
compréhensibles, les préoccupations et la fureur des « civilisés » chevaliers
de l’Occident des « droits de l’homme » et de la « liberté »
face à ces « barbares pestiférés » du Proche et du Moyen Orient.
Comment ne pas comprendre leur inquiétude et leur déception : alors que tous
les chefs-d’œuvre de leur civilisation sont exposés sous l’œil bienveillant de
leurs « droits de l’homme » et de leur statue de la « liberté »,
partout sur la terre arabe – que ce soit à Maaraké ou à Zrarié, à Bir el Abd (6) ou à Sabra
et Chatila, à Benghazi ou à Tripoli(7),
pour ne pas en citer
d’autres- toujours la même obstination chez ces
« barbares », déception
qui rappelle, par ailleurs, celle de vos ancêtres quand, pour la
même mission « civilisatrice »,
ils étaient allés pour des prunes aux abords de Damas. (…Votre « tolérance »)
se manifeste aussi cruellement tout au long des périphéries de votre système :
de la Grenade à l’Afrique du Sud, des frontières nicaraguayennes à celles de
l’Angola, du Salvador et du Chili à la Corée du Sud et de la Malaisie… Là où il
y a yankee, patron de votre ordre, ou ses laquais, il y a la mort et la
destruction. (…) Je tiens
simplement à signaler (…) : je suis accusé d’assassinat et de complicité pour
avoir été en France avant ou après des attentats." Extraits
de la déclaration de Georges Ibrahim Abdallah au procès, le 23 février 1987 Aujourd’hui,
la libération de Georges Ibrahim Abdallah et son retour au Liban sont possibles
par un simple arrêté administratif du ministère de la Justice. Sa libération ne
demande pas de recours en grâce particulier. En novembre 2003, sa demande de
libération conditionnelle a été acceptée en première instance par la
juridiction régionale de libération conditionnelle de Pau à condition qu’il
quitte la France immédiatement. Mais le Parquet a fait appel, et le 15 janvier 2004
la justice a décidé son maintien en prison. Même en
prison, Georges Ibrahim Abdallah n’a jamais cessé de militer et de défendre la
cause des peuples et la cause du peuple palestinien. Il a adhéré à la
Plate-forme du 19 juin 1999(8) des prisonniers révolutionnaires, communistes,
anarchistes, antifascistes et anti-impérialistes. Il a
participé à des grèves de la faim par solidarité avec les prisonniers
politiques de Turquie, et avec les prisonnières palestiniennes. Ses luttes lui ont valu des mesures punitives, comme transfert et mise à l’isolement. L’appel du Parquet est peut-être une de ces mesures punitives. Et la pression des Etats-Unis n’est pas étrangère à cette décision. Marie-Catherine
Andreani
Notes : L’invasion
israélienne du Liban en 1982 s’est soldée par la mort de 25 000 personnes,
hommes, femmes et enfants, et par 45 000 blessés (1)
L’invasion israélienne du Liban n’a été possible qu’avec la complicité des
puissances occidentales. (2)
Allusion aux combattants du FLN pendant la guerre d’Algérie qui étaient
qualifiés ainsi dans la presse française. (3)
Ansar
est un camp israélien de prisonniers, Khiam un camp de
concentration et de
torture de la milice libanaise « Armée du Liban Sud
», organisée, armée et
financée par Israël. Le camp de Khiam a
régulièrement été dénoncé par
diverses
organisations des droits de l’Homme. (4) Le
texte datant de 1987, on est encore loin de la guerre qui a été menée en
Yougoslavie… (5)
Localités libanaises où les bombardements américains provoquèrent un massacre. (6) Deux
villes libyennes bombardées par l’aéronavale américaine. (7) Cette
plate-forme du 19 juin 1999, qui a recueilli l’adhésion de nombreux prisonniers
et le soutien de plusieurs collectifs et organisations, propose cinq objectifs
concrets et prioritaires : 1° Arrêt
de la torture et de l’isolement 2°
Libération des prisonniers blessés, malades et des prisonniers dont la
libération est accessible à moyenne échéance 3°
Information à propos des prisonniers et de leur lutte 4° Soutien
matériel aux prisonniers 5°
Entraide internationale des forces de soutien aux prisonniers (notamment en
période de crise : en cas de grève de la faim dans les prisons d’un pays,
par exemple). |