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Approches Marxistes
journal théorique de la Gauche communiste Il est publié trois fois par an. Abonnement : 10 € / an. Chaque numéro aborde des sujets théoriques et des thèmes d'actualité. Pour vous abonner : écrivez-nous à l'adresse suivante : gauche.communiste@yahoo.fr Retour à la page d'accueil d'Approches Marxistes Recherche par auteurs Classiques Numéro 1 (début 2004) Spécial congrès Numéro 2 (mi 2004) Sortir de l'Europe de Maastricht Numéro 3 (fin 2004) Où va le PCF ? Numéro 4 (début 2005) L'incontournable marxisme de Marx Numéro 5 (mi 2005) Le stalinisme du PCF Numéro 6 (fin 2005) Quelles sont les conditions du vrai changement ? Numéro 7 (début 2006) Réforme ou révolution ? Numéro 8 (mi 2006) Etat et stratégie Numéro 9 (fin 2006) Le PS, gérant loyal du capitalisme Numéro 10 (début 2007) Les présidentielles et nous ! |
Election présidentielle Quel positionnement pour la Gauche communiste débat entre Francis Combes et Jean Jacques Karman novembre 2006 La Gauche
communiste du PCF est traversée par des débats
sur la question de la stratégie à adopter
à l’élection présidentielle.
De
nombreux camarades pensent qu’il faut un candidat communiste
à cette élection.
D’autres s’inscrivent dans la démarche
des collectifs antilibéraux. Nous avons
décidé d’en débattre en
organisant un entretien
entre Jean Jacques Karman et Francis Combes. Francis Combes :
Le point de départ de
mon raisonnement est le suivant : il y a un an, la
majorité des Français a
dit NON au referendum sur le traité constitutionnel
européen. Un an après, nous
sommes dans une situation où malgré cette
mobilisation populaire, les luttes
sociales, les émeutes dans les banlieues, le formidable
mouvement des jeunes
contre le CPE qui a amené à son retrait, le
risque est grand que les perdants
du referendum, c’est-à-dire les partisans du OUI,
UMP et PS, confisquent
l’élection présidentielle à
leur profit. Pour l’instant, tout semble indiquer
que c’est le scénario qui est écrit et
préparé. Pour moi,
l’enjeu véritable de cette élection,
c’est de
savoir si on va laisser se dérouler ce scénario
qui permet aux tenants de
droite ou entre guillemets de gauche de la globalisation capitaliste de
confisquer la vie politique française, ou si on va les
perturber en faisant que
s’affirme à cette occasion une autre voie
à gauche, avec la possibilité de
l’émergence d’une gauche alternative
porteuse d’un programme antilibéral qui
ouvre la voie à des mesures anticapitalistes et peut
être même à une
transformation révolutionnaire de la
société. Par rapport à cet enjeu
essentiel, il me semble que les intérêts de
chacune des formations ne doivent
pas l’emporter sur l’intérêt
général du mouvement. Le risque existe que les
intérêts des appareils fassent échouer
la possibilité d’un rassemblement. Du
côté de la Ligue communiste
révolutionnaire, la
majorité caresse l’idée de se mesurer
avec le Parti et d’affirmer sa
prééminence à gauche. Les dirigeants
de la Ligue communiste rêvent de
supplanter un jour le Parti communiste français. Du
côté de la direction du
Parti communiste, on est très
préoccupé du sort du groupe parlementaire, des
élus,
des municipalités, … On verrait
d’un bon œil que le mouvement
alter-mondialiste et l’ensemble de la gauche du NON nous
aident en nous portant
un peu plus haut que nous ne pouvons le faire tous seuls, pour
permettre
finalement au Parti de maintenir ses positions et de mieux
négocier avec le
Parti socialiste. On peut comprendre ces motivations, mais elles sont
subalternes par rapport à
l’intérêt du peuple. Jean Jacques
Karman :
Je partirai de la
situation de l’état de la France. Que faut-il
faire pour que la situation
change réellement en France ? Le NON majoritaire,
qu’a-t-il réellement
représenté ? Est-ce la mobilisation des
gens de gauche qui a amené à un
NON majoritaire ? Ou est-ce plutôt un
vécu des classes populaires, en
particulier de la classe ouvrière, qui a amené
à un NON majoritaire ?
Personnellement, par rapport à ce que j’ai vu dans
plusieurs endroits où la
mobilisation pour le NON de gauche était assez faible, je
pense que c’est le
vécu de la classe ouvrière qui a amené
80 % de cette classe à dire NON à
l’Europe, pas forcément au projet constitutionnel
mais à cette Europe-là. Aujourd’hui
en France, il n’y a pratiquement plus de marge
entre la nécessité des profits capitalistes et ce
que pourraient redistribuer
des forces réformistes ou des forces qui souhaiteraient
améliorer le sort du
peuple. La marge est tellement faible que si on ne sort pas de la
logique du
système, quel que soit le montage politique, s’il
n’y a pas des ruptures, on
décevra tôt ou tard. Les mêmes causes
engendrent les mêmes effets : on a
l’exemple de la gauche plurielle ou du Brésil qui
ne peuvent pas lutter contre
le système. Donc ce qui me détermine pour cette
élection présidentielle, c’est
avant tout le niveau du programme. Après, celui ou celle qui
le porte, c’est secondaire
par rapport au programme qui doit proposer des mesures de rupture
pouvant
mobiliser la classe ouvrière qui a dit NON. J’en
vois une déterminante : il faut sortir de cette
Europe, refuser non seulement tous les traités qui ont
été signés, les abroger,
mais également créer des rapports avec les autres
pays, non plus sur la base
d’une construction européenne pour favoriser les
intérêts capitalistes mais
pour instaurer des échanges équilibrés
entre les peuples et les nations. Je ne suis
pas indifférent à qui porte ce mouvement. A
l’heure actuelle, la tendance réformiste qui
dirige le Parti communiste est en
train de manœuvrer. Elle s’est mise dans une
situation catastrophique qui
conduit à un désastre : elle va
décevoir des deux côtés. Elle a promis
aux
forces anti-libérales de jouer le jeu, mais elle a aussi
décidé de présenter
Marie-George Buffet. Autrement, elle se fera hara-kiri devant les
militants
communistes parce qu’elle vient d’obtenir
96 % des suffrages en interne,
même si tous les votants ne sont pas sur la même
longueur d’ondes.
Malheureusement, il ne suffit pas d’avoir 96 % et
d’être la candidate du
Parti communiste pour pouvoir rassembler autour de soi. Il ne suffit
pas non
plus d’être la candidate d’un
rassemblement anti-libéral pour rassembler. Tout
dépend du contenu. Il faut des mesures que la classe
ouvrière et les autres
forces populaires puissent considérer comme vitales pour
elle. Je prends un
exemple : les forces anti-libérales et
la direction du Parti communiste se prononcent pour un SMIG
à 1 500 €
bruts en disant qu’en l’état actuel, le
capitalisme français ne pourrait pas
absorber plus. C’est vrai si on reste dans le cadre du
système. C’est la preuve
qu’il faut des ruptures d’un autre niveau.
1 500 € nets ne sont possibles
que si on rompt avec le système sur un certain nombre de
points. C’est la
preuve qu’il y a deux logiques, celle qui reste dans le cadre
du système –même
si certains aspects du programme antilibéral ne sont pas
à sous-estimer, aucune
mesure ne rompt avec le système, encore moins dans le
programme adopté par le
Parti communiste lors de son 33e
congrès – et celle qui propose la
rupture. Francis Combes :
Je voudrais poursuivre
sur la question du programme. Les collectifs unitaires qui rassemblent
des gens
différents – des communistes, des trotskistes, des
écologistes autour de José
Bové et d’autres, des féministes, des
syndicalistes… – ont réussi
à se mettre
d’accord sur une charte antilibérale lors des
assises de Nanterre. Ce n’est pas
un programme de gouvernement détaillé, ce
n’est pas non plus une simple
déclaration électorale. Mais c’est un
fait politique majeur, d’une grande
importance. C’est la base d’un programme de
rassemblement antilibéral qui est
potentiellement un programme de rassemblement anticapitaliste.
C’est la
plate-forme politique unitaire la plus avancée dans le
contexte politique
français, compte-tenu de l’état du
peuple, du rapport des forces et de l’état
des idées. Sur un
certain nombre de questions cruciales pour les
communistes, ce programme fait la différence. Sur les
questions sociales, la
mesure n° 1 dit textuellement : «
Le SMIG sera immédiatement porté à
1 500 € bruts et rapidement à
1 500 € nets ». Un
ensemble de mesures sociales répondent aux
problèmes mis en avant, notamment le
pouvoir d’achat, les allocations, la revalorisation des
prestations, les
conditions de vie, les problèmes du logement, etc. Sur les
questions sociales,
ce programme répond pour l’essentiel aux
revendications du mouvement populaire.
Deuxièmement, ce programme se donne les moyens politiques et
économiques de
mettre en œuvre cette politique sociale. Revenons sur
quelques questions essentielles :
d’abord l’Europe. Nous sommes tous
d’accord à la Gauche communiste : il
est impossible de faire une politique de gauche dans ce pays si on ne
rompt pas
avec la tutelle de l’Europe capitaliste. La charte dit des
choses
essentielles : il faut sortir du pacte de stabilité
européen, il faut
remettre en cause l’indépendance de la Banque
centrale européenne. C’est porté
par l’ensemble des gens qui animent le mouvement.
José Bové a très clairement
dit : il faut que la France exerce son droit de veto face
à l’Europe. Jean Jacques
Karman : Il a
aussi dit qu’on ne sortira pas de l’Europe. Francis
Combes : Ce qui est
décisif, ce
n’est pas de remettre en cause le marché commun ou
des échanges entre les
économies capitalistes, c’est
l’État supranational que les classes capitalistes
des différents pays d’Europe se sont
acharnées à mettre sur pied depuis des
années pour se prémunir contre
l’éventuelle victoire de la classe
ouvrière en
Europe. C’est la tutelle de ce super-État
européen qu’il faut remettre en
cause. Cela s’incarne très concrètement
dans le rôle de la Commission
européenne, et dans le rôle de la Banque centrale
qui est indépendante de tout
contrôle politique et démocratique. Jean Jacques
Karman : Il ne
faut pas simplement un contrôle sur la Banque centrale, il
faut la supprimer.
Il faut des banques nationales nationalisées qui reprennent
leur rôle. Francis
Combes :
C’est une autre question.
Que fait-on de l’euro ? Faut-il revenir purement et
simplement au franc ou
faut-il supprimer l’euro ? Est-ce que
l’euro peut être une monnaie
cantonnée aux échanges entre pays ? Ce
sont des débats possibles. Mais la
question centrale, c’est la sortie du Pacte de
stabilité, qui empêche un
gouvernement quel qu’il soit d’avoir sa propre
politique économique et sociale
parce qu’il doit rester dans le cadre budgétaire
fixé par l’Europe. C’est aussi
la question du contrôle de la politique économique
via le rôle des banques
centrales nationales. Donc, c’est la remise en cause du
rôle de la BCE. Troisième
point sur lequel la charte fait la différence,
c’est la question de la propriété des
moyens de production. Il est très
clairement dit qu’il faut arrêter les
privatisations, élargir les services
publics, que tout ce qui relève des besoins fondamentaux de
la société – les
grands réseaux, l’eau,
l’électricité, les transports, les
télécommunications,
les médicaments, le logement, …
– doit être assumé par des services
publics. Il y a par exemple la proposition de créer un
service public du
logement, avec maîtrise publique des sols et avec la
limitation à 20 % du
montant des revenus des locataires pour les charges locatives, ainsi
qu’un
ensemble de mesures clairement énoncées comme la
socialisation de secteurs-clés
de l’économie française, y compris dans
le domaine bancaire et financier. On
peut juger que ça ne va pas assez loin mais la question
décisive, ce n’est pas
simplement ce qui est écrit dans le programme. Quatrième
point important, sur les questions
internationales avec la proposition de rupture avec l’OTAN et
le retrait des
troupes françaises des champs de bataille de
l’OTAN. Jean Jacques
Karman : Il
n’est pas demandé la sortie immédiate
de l’OTAN. Francis
Combes : On demande
le retrait
des troupes françaises. Jean Jacques
Karman : Ce
sont toujours des demies mesures. Francis
Combes :
C’est un compromis
politique passé entre des gens différents, qui
sur les questions cruciales
traduit une avancée. Je ne dis pas que c’est un
programme révolutionnaire, que
ce serait le programme de la Gauche communiste ou le programme que
j’aurais
écrit si je l’avais fait seul dans mon coin. Ce
qui est important, ce ne sont
pas les idées mais le fait qu’elles aient pu
rassembler. Dernier point
enfin, les mesures qui concernent la réforme
institutionnelle, qui sont capitales parce qu’il
n’y a pas de démocratisation
économique et sociale possible si on reste dans le cadre de
la V° République.
La remise en cause de l’élection du
président de la République au suffrage
universel, la suppression du Sénat, le droit de vote des
étrangers ou le statut
de l’élu sont des propositions qui ont une
portée démocratique révolutionnaire. Jean Jacques
Karman : Il est
proposé aussi une VI° République, comme
dans le programme du Parti socialiste,
avec des mesures qui ne sont pas très
éloignées. En proposant une VI°
République, on reste dans la logique du système. Francis
Combes : Le Parti
socialiste
s’inscrit complètement dans la visée
d’une République présidentialiste.
Alors
que là, on propose de rompre avec. Jean Jacques
Karman : Au
contraire, relis les propositions sur le rôle de
l’Assemblée nationale. Francis
Combes : Les
socialistes ne
proposent pas la suppression de l’élection du
président de la République au
suffrage universel. Jean Jacques
Karman : Oui,
c’est vrai mais ils démocratisent dans le cadre de
la république bourgeoise
alors qu’il faudrait une 1ere
République sociale, pas une VI°
République bourgeoise. La question centrale est la rupture
avec le système
capitaliste. Tu dis que la
charte antilibérale est le programme le plus
avancé. J’ai tendance à penser comme
toi : c’est peut être le programme le
plus avancé. Mais est-ce que la position juste,
c’est l’avis moyen des forces
de gauche à un moment donné ? Pas
forcément. Malheureusement, l’histoire
nous prouve que par moment, il faut savoir être à
contre-courant sur une idée
qui peut être dominante. Si on avait choisi l’avis
moyen des forces de gauche
en 1940, je ne suis pas sûr que cela aurait
été la position juste. Aujourd’hui,
l’avis moyen des forces de gauche est au niveau de la charte
antilibérale. Il
n’est pas négatif parce qu’il y a des
avancées. Mais le problème c’est
qu’elles
ne sont jamais au niveau nécessaire compte tenu de
l’état de crise de la
société. Elles s’inscrivent dans le
cadre de la société sans rompre, même
si en
apparence elles offrent des avancées. Ma grande
peur, c’est qu’elles se heurtent à la
réalité
capitaliste, et qu’elles amènent à la
même déception que la gauche plurielle.
Dans les forces antilibérales, tu as de multiples courants
qu’on peut qualifier
de social-démocrates de gauche. Beaucoup sont souvent des
anciens du Parti
socialiste. Ils n’ont pas un raisonnement marxiste. Tant
mieux s’ils évoluent,
mais le fait qu’ils refusent d’employer le mot
anti-capitaliste, c’est une
volonté. Ils emploient toujours antilibéral.
Antilibéral, ce n’est pas un
vocabulaire marxiste. Le libéralisme est une forme de
gestion du capitalisme.
Dans le dictionnaire du marxisme de Labica, il le rejette comme un
élément
non-marxiste. Si les mesures proposées ne vont jamais
jusqu’au bout – refuser
d’être anticapitaliste, ne pas vouloir la
suppression de la BCE, ne pas sortir
de l’OTAN immédiatement – ce
n’est pas un hasard. C’est l’objet de
compromis,
mais ce n’est pas une moyenne qui amène une bonne
position. Ce n’est pas parce
qu’on n’y arrivera pas cette fois-ci
qu’il n’est pas nécessaire
d’exprimer
aujourd’hui de bonnes positions. Dans
l’état actuel des choses, on va vers une
catastrophe.
On aura un vote utile monumental qui risque de balayer pas mal de
choses. C’est
pour cela que je suis très interrogatif sur la question du
Parti communiste
français, qui est une question centrale. Tu ne peux pas la
réduire à une
concurrence entre partis. Le Parti communiste, pour la classe
ouvrière
française, pour le peuple de France, c’est une
question centrale même s’il n’en
a pas conscience. Si le Parti communiste est réduit
à un groupe comme les
antilibéraux, même si la direction du Parti
communiste actuelle est réformiste,
c’en est fini pour longtemps. C’est dans le parti
qu’on peut rétablir les
choses. Or, s’il n’est plus un parti de stature
nationale, s’il est réduit par
la perte des municipalités, des conseils
généraux, etc. à une peau de chagrin,
le capitalisme peut régner sans limite. Bien entendu
la crise est mondiale : il y aura
d’autres soubresauts parce que la lutte des classes au niveau
international
existe, en Amérique latine, en Chine... Il n’y a
pas de chemin plus court et la
victoire n’aura pas lieu en 2007. Ceux qui
prétendent que le mouvement
antilibéral peut l’emporter doivent regarder la
réalité en face. Par contre, on
peut obtenir des avancées sur la base de
l’expérience, pour progresser dans les
années futures. On sait très bien que le
mouvement de l’histoire, des fois,
s’accélère. Mais faire croire que
l’on va battre le Parti socialiste à cette
élection, c’est irréaliste. Si on ne
propose pas des mesures de rupture, on va
tromper les gens. Francis
Combes : Concernant
l’état du
monde, la question posée actuellement sur
l’ensemble de la planète n’est pas
simplement la confrontation capitalisme / socialisme. Nous sommes 17
ans après
la chute de l’Union soviétique, qui a
entraîné une catastrophe pour les peuples
du monde entier, un bouleversement du rapport de forces qui a failli
enterrer
durablement l’espérance de changer le monde. 17
ans après, on s’aperçoit que le
feu renaît de ses cendres. La globalisation, la
mondialisation capitaliste, qui
consistait en l’hégémonie sans partage
de la triade capitaliste Etats-Unis /
Europe / Japon, est en train d’être
contestée. Non pas par des mouvements que
l’on pourrait définir comme des
révolutions socialistes, mais par des pays qui
se battent pour reconquérir leur souveraineté.
D’un point de vue marxiste, il
est très important de faire cette distinction. Si on pense
que l’affrontement
est entre capitalisme et socialisme, on tombe dans une analyse
gauchiste. Le
véritable affrontement en train de se produire au niveau
mondial est la reconquête
par les pays de leur souveraineté économique. Ce
qui se passe en Amérique
latine est formidable : c’est certainement
là que le mouvement est le plus
avancé, le plus conscient politiquement. C’est en
Amérique latine que l’on
entend à nouveau parler de socialisme, par exemple dans le
discours de Chavez. Mais il
n’y a pas que l’Amérique latine. Tu
parlais de la
Chine. Que se passe-t-il en Chine ? C’est
l’émergence d’une grande
puissance, d’un capitalisme d’État,
d’une société mixte où il
reste des embryons
de socialisme. La Chine est aussi une société
capitaliste par bien des aspects.
Elle est en train d’émerger fortement, ce qui pose
de vrais problèmes aux
capitalistes occidentaux, des problèmes
d’hégémonie. Que se
passe-t-il en Russie ? Poutine n’est
certainement pas un grand démocrate, mais le fait que
l’Etat russe soit en
train de remettre la main sur ses richesses nationales montre que la
vraie
question qui est posée, c’est la
reconquête de la souveraineté. Cette
question est posée en France, aussi.
L’affrontement
qui a eu lieu sur la constitution européenne
était
décisif. L’enjeu était, oui
ou non la France peut-elle encore avoir une souveraineté
nationale ? La
majorité du peuple français a montré
qu’il
était attaché à la
souveraineté nationale.
Cette ligne de fracture, ce partage des eaux, traverse la gauche, pas
tout à
fait selon les mêmes lignes que traditionnellement. Pour
parler
clairement, la
lutte des classes traverse le Parti socialiste. Il y a bien deux
gauches dans
ce pays, une qui a décidé d’accompagner
la
mondialisation capitaliste pour que
les multinationales à base française soient les
plus
performantes possibles,
quitte à recoller les morceaux du point de vue
social ; et
une gauche qui
ne s’est pas résignée à
sortir du
capitalisme, qui est sans doute confuse,
émiettée, mais qui existe. La charte
adoptée se dit antilibérale. C’est une
question
de vocabulaire. Le libéralisme est une idéologie
du capitalisme. Comme toute
idéologie, elle est à la fois un reflet de la
réalité et son masque. Elle
exprime la réalité et elle la déforme.
Evidemment, le capitalisme, ne serait-ce
que dans le combat qu’il a mené pour
s’affirmer face au féodalisme, a
déformé
l’idée de la liberté. Il a
défendu la liberté pour le capitalisme de pouvoir
exploiter « librement » des
travailleurs qui « librement »
vont vendre leur force de travail. De ce point de vue, le terme de
libéralisme
est juste pour caractériser l’idéologie
du capitalisme. En même temps, c’est
une idéologie trompeuse parce qu’il n’y
a pas de véritable libéralisme. Ce
libéralisme est fondé sur la privation de
liberté et de dignité pour les deux
tiers de l’humanité. En plus, ce
libéralisme ne peut tenir que grâce au soutien
massif de l’Etat. Le néo-libéralisme
inauguré par Thatcher et les politiques
reaganiennes de remise en cause de tous les acquis sociaux au cours des
années
80, en fait, ne remettent pas en cause les analyses que les
économistes
marxistes faisaient dans les années 70 quand ils parlaient
de capitalisme
monopoliste d’Etat. Fondamentalement, ce capitalisme, qui se
veut débarrassé de
la tutelle de l’Etat, a besoin que l’Etat
intervienne. La question
de la mobilisation contre l’ultra libéralisme
est la question de l’heure. La plupart des acteurs
engagés dans ce mouvement ne
sont pas des anti-libéraux naïfs. Il y a un fort
courant anti-capitaliste.
Reste que le programme n’est pas suffisant. Mais aucun
programme ne peut
suffire : regarde le programme commun,
c’était un excellent programme. Il
était beaucoup plus détaillé, beaucoup
plus anti-capitaliste que la charte
adoptée par les collectifs unitaires, avec des mesures
très précises sur les
nationalisations, etc. On n’avait jamais
été aussi loin. Ça n’a pas
suffi,
parce que l’état du rapport des forces et de
conscience politique du mouvement
populaire ne suivait pas. Avoir un programme, c’est un point
d’appui pour
engager une dynamique et essayer de recréer un mouvement
populaire, ce n’est
pas un aboutissement. Dernière
chose, le rôle des communistes. On remarque tous
que ce qui fait terriblement défaut à ce
rassemblement
antilibéral, c’est sa
composante populaire. Les communistes ont une grande
responsabilité : du
fait de leurs attaches historiques avec la classe ouvrière
et le
monde du
travail, c’est eux qui pourraient apporter une dimension
populaire au
rassemblement, s’ils étaient dans un autre
état.
Des camarades sont inquiets de
voir le Parti disparaître. Je pense que l’existence
d’un parti communiste ne
dépend pas de sa présence à
l’élection présidentielle mais de sa
capacité à reprendre
pied dans les entreprises, les cités populaires, les luttes.
Je
crains même que
si le Parti essaye aux forceps de faire que Marie-George soit
désignée comme
candidate des collectifs unitaires, ça aboutisse
à une
catastrophe pour les
communistes. Ça ne nous garantit pas un bon
résultat
à l’élection. Au lieu de
sauver le Parti, on risque de précipiter sa chute, en
aggravant
nos difficultés
financières si on fait moins de 5 %, en aggravant
nos
difficultés
politiques si nous prenons nous, communistes, la
responsabilité
de casser
l’embryon de rassemblement qui est en train de se faire
à
gauche. Et on va
créer à nouveau des
générations
d’anti-communistes. La direction du Parti a une
lourde responsabilité. Jean Jacques
Karman : Je
suis d’accord quand tu dis que le programme ne suffit pas.
Mais le programme
est déterminant, il est premier. Si on met le mouvement en
tête, on revient à
une vieille théorie : le mouvement est tout et le
but n’est rien. Francis
Combes : Tu ne me
traites pas de
Bernstein, quand même ! Jean Jacques
Karman : Je
n’ai pas dit cela : comme tu es intelligent, tu as
compris ! Le
programme n’est pas seul mais il est premier. Il faut aussi
un mouvement. Mais
il y a un sens au processus. La
question de la souveraineté, c’est une mesure
anti-capitaliste.
Donc c’est une mesure pro-socialiste (non pas au sens du
Parti
socialiste, bien
sûr). A l’heure actuelle, la lutte des classes au
plan
international se définit
par : « barbarie ou
socialisme »,
capitalisme ou socialisme.
Depuis la chute de l’Union soviétique, on a vu des
partis
communistes qui ont
pris des habits de sociaux-démocrates de gauche, y compris
en
France. On en a
vu un qui a résisté, celui de Cuba, qui a
vécu une
traversée du désert, une
période spéciale très dure. Mais
idéologiquement, les communistes cubains ont
tenu. S’il y a une avancée aujourd’hui
en
Amérique latine, Cuba y est pour
beaucoup. Leurs idées ont permis ce qui se produit
aujourd’hui. Chavez, s’il a
de la force grâce à
l’économie
vénézuélienne, c’est aussi
parce qu’il
y a Cuba
avec Fidel Castro et tout ce que Cuba apporte
d’idées
socialistes. On constate
deux positions en Amérique latine : celle de Lula
qui tend
à composer avec
le Fonds monétaire international, qui applique les
mêmes
mesures qu’en France
sur les retraites, qui n’a pas réglé la
situation
des sans-terres, etc. – il a
même fait parfois le contraire de ce qu’il avait
dit. Tant
mieux s’il a été
réélu. Par contre, au Venezuela, demain peut
être
au Nicaragua, en Bolivie,
l’évolution est autre … Les
États-Unis
ne se trompent pas : ils ne
proposent pas d’intervenir au Brésil, ils
proposent
d’intervenir au Venezuela
et Chavez est en train d’armer le peuple. La lutte des
classes
est ouverte. La Chine est
une grande interrogation. Pour l’instant, on
assiste à une surexploitation de la classe
ouvrière chinoise comme on n’a
jamais vu. Dans la course impérialiste, la Chine peut
dépasser les Etats-Unis
dans la production. Et cela créerait une situation
inimaginable. Il y a plein
de points d’interrogation, mais pour l’instant la
Chine n’est pas un support au
mouvement révolutionnaire. Par sa place par rapport aux
États-Unis, elle peut
être un contre-feu, une balance, qui empêche
l’impérialisme américain de faire
ce qu’il veut au niveau international. Francis
Combes :
C’est la remise en
cause du monde unipolaire. Jean Jacques
Karman :
En
France, je pense que ce sont les positions de rupture réelle
qui
peuvent faire
avancer la situation. Par exemple, la souveraineté en
France,
c’est que l’Etat
rejoue son rôle, que le Plan, les communes, les
départements… rejouent leur
rôle. Or, à l’heure actuelle, on impose
l’intercommunalité, un rôle des
régions
dans le sens de l’Europe, et l’Etat
disparaît tout
doucement. Malheureusement,
le programme antilibéral ne remet pas cet état de
fait en
cause. On ne le
soutient pas, tant mieux, mais on ne le remet pas en cause. Cette
question est
absente alors que c’est l’une des grandes
questions. Sur la
méthode de gestion
de l’économie, s’ils ont
réalisé
l’Europe telle qu’elle est, c’est pour
défendre
les intérêts du capitalisme financier
européen. Francis
Combes : Je partage
ce que tu
dis sur Cuba et sur l’Amérique latine.
Ça devrait nous inspirer, nous
communistes français et militants de la Gauche communiste.
Ce que montrent les
événements actuels en Amérique latine,
c’est que malgré la chute de l’Union
soviétique, la lutte des classes s’impose, que les
peuples ne renoncent pas à
se battre pour leur dignité et leur liberté. Ce
que montrent aussi ces
processus révolutionnaires engagés dans plusieurs
pays, c’est que partout se
sont créés des rassemblements dans lesquels les
communistes sont présents. Mais
ils ne sont pas forcément à la direction des
rassemblements. L’état du rapport
des forces dans les gauches de ces pays fait que les communistes sont
une des
composantes. Ils jouent souvent un rôle influent du point de
vue des
idées : par exemple, dans l’entourage de
Chavez, il y a des militants
communistes, des marxistes. Chavez lui-même n’est
pas tombé de la dernière
pluie. Mais ce n’est pas le Parti communiste
vénézuélien qui est
l’initiateur
de la révolution bolivarienne. On
est, toutes proportions gardées, dans la même
situation
en France. La question qui nous est posée, c’est
d’être partie prenante d’un
mouvement politique de rassemblement sur une base
antilibérale
et
anticapitaliste, qui soit potentiellement rassembleuse du peuple. Et il
faut le
faire en tenant compte de la place qui est la nôtre
aujourd’hui. Si vraiment on
juge que nous avons les meilleures idées, les plus
radicales,
les plus
révolutionnaires, défendons-les mais soyons dans
le
mouvement, pas sur le bord
de la route. La gauche du Parti est confrontée à
la
question du gauchisme. Au
moment de Robert Hue et de la mutation, le problème que nous
avions à
affronter, c’était celui de
l’opportunisme de
droite. Maintenant, c’est le
problème du gauchisme, pas simplement pour la gauche du
Parti
mais pour le
Parti lui-même. Il y a une déviation gauchiste qui
consiste à sauter sur sa
chaise en répétant :
« révolution,
révolution » et à
être absent
s du mouvement réel. La gauche du Parti s’est mise
dans
une situation
d’impasse. D’abord, par le fait que pendant des
mois, on
ait crié :
« On veut un candidat
communiste. » On va
l’avoir : nous avons
travaillé à notre corps défendant pour
préparer le terrain à la candidature de
Marie-George Buffet. Je trouve que c’est une
contre-performance
pour ne pas
être méchant. La gauche du Parti n’a pas
gagné en autorité dans cette période,
c’est le moins qu’on puisse dire. Elle
s’est
même isolée dans le Parti,
discréditée dans une certaine mesure. Elle
apparaît
comme ayant une position
incompréhensible, pas du tout porteuse d’une
alternative.
Or, la seule
alternative à la ligne défendue par la direction
du
Parti, c’est celle que la
Gauche communiste a toujours défendue,
c’est-à-dire
la convergence
anticapitaliste. Si on trouve que le rassemblement actuel ne va pas
assez loin,
soyons partie prenante et faisons-le aller plus loin. Actuellement, les
militants de Gauche communiste sont sur le bord de la route et la
Gauche
communiste en tant que telle n’existe pas. Elle n’a
pas de
rôle, pas
d’influence sur la vie politique. C’est
catastrophique
parce qu’on pourrait
avoir une influence. Quand je vois les minoritaires de la LCR jouer un
rôle
décisif dans ce rassemblement, je pense que nous pourrions,
si
nous étions
partie prenante, jouer un rôle politique. Jean Jacques
Karman : Je ne
pense pas qu’on soit sur le bord de la route. Je
n’ai pas la prétention de
parler au nom de la gauche du Parti dans son ensemble parce
qu’il y a plusieurs
regroupements. Si on a présenté une candidature
de la Gauche communiste à la
candidature dans le Parti communiste, ce n’était
pas pour qu’il y ait un
candidat communiste : à chaque fois, j’ai
défendu le principe d’un
programme réellement communiste. Aucune
déclaration n’appelle à voter
Marie-George Buffet parce que ce n’était pas
l’objet de notre démarche. Francis
Combes : Je
reconnais que l’idée
qu’il fallait un candidat du Parti communiste
était défendue par nos camarades
Gremetz, Gérin… Jean Jacques
Karman : Si on
a présenté une candidature, ce
n’était pas pour redire ce que disaient Gremetz
ou Gérin, mais pour proposer une autre orientation.
Malheureusement, il faut
reconnaître que notre démarche n’a pas
été comprise. Pourquoi ? Parce que
la direction du Parti, par le biais de L’Humanité,
et parce que la
direction maîtrise le processus de désignation, a
refusé le débat. Elle a
présenté notre candidature comme étant
pour un candidat communiste alors que je
n’ai jamais proposé cela. Notre candidature a
été considérée comme
inutile
parce que sa valeur n’a pas été
perçue. Mais cela ne veut pas dire que ce qui
l’a motivée était faux : le
contenu de ce que nous proposions reste juste. Est-ce que
l’on reste sur le bord de la route ? Il y
a des militants de la Gauche communiste dans le mouvement
antilibéral. D’autres
n’y sont pas. Ils défendent des idées
qui sont proches même si leur conclusion
n’est pas la même. Sur les
mouvements en Amérique latine, je constate qu’ils
ne sont pas dirigés par le Parti communiste. Je constate
aussi qu’ils
sont tous dirigés par des marxistes.
C’est un peu différent avec le camarade
José Bové : il est certainement un
bon antilibéral, quelqu’un avec qui on peut faire
un, deux ou trois pas, mais
il n’est pas un marxiste. Ilne s’en revendique
d’ailleurs pas, même s’il a eu
un passé un peu maoïste. Mais les maoïstes
de cette tendance spontanéiste
étaient-ils des marxistes ? C’est une
grande question quand on voit le
trajet de tous ceux qui sont passés par là. Je ne
juge pas, chacun peut avoir
son idée. Je pense
qu’il y a nécessité que le mouvement
s’oriente
sur une position claire et nette : il n’y a pas de
chemin plus court.
Sinon encore une fois, on va décevoir. Concernant
les comités anti-libéraux, ne tournons pas
autour du pot : on va vers un éclatement. Le Parti
communiste est dedans,
il y est même dominant, d’une manière
utilitaire,
comme ont fait certains
groupements gauchistes dans le passé pour noyauter et tirer
la
couverture à
eux. Ça aboutira à des résultats qui
mécontenteront tout le monde car c’est mal
engagé depuis le début. J’ai
discuté avec
José Bové et avec Clémentine
Autain…
Par exemple Clémentine Autain, elle dit parfois de bonnes
choses. Mais je ne
comprends pas l’émission que j’ai vue
où elle
fait référence à quelque chose de
grave qui lui est arrivé il y a dix ans. Si elle
l’avait
dénoncé avant j’aurais
applaudi, mais qu’elle le fasse aujourd’hui
à la
veille de sa désignation ou
pas comme candidate, c’est pratiquement indécent.
On
utilise un fait grave, le
viol, pour attendrir le peuple de gauche et la faire
désigner
candidate. On est
loin du contenu révolutionnaire. Ça devient de la
propagande. Tous ces
candidats sont des gens intéressants. Autre
exemple, Yves Salesse : j’ai
écouté le discours qu’il a fait
à Caen. Il y
a des choses que je partage mais il se limite. Je n’oublie
pas que Salesse
aussi était dans un ministère du gouvernement de
la gauche plurielle, dans le
cabinet de Gayssot, même si à un moment
donné, il a quitté le navire parce
qu’il
a vu que ça allait trop loin. Encore une
fois, même si la question du programme n’est
pas la seule question, c’est la question première.
Et si on ne l’a pas, on va
au casse-pipe. Francis
Combes : Sur la
question de la
consultation interne au Parti, je crois qu’il faudrait
qu’on pousse un peu la
réflexion au sein de la Gauche communiste. Il y a un vrai
problème de fonds
posé pour la Gauche communiste et pour la gauche du Parti.
Nous avons une
position plus cohérente que les autres mais il y a un
problème. Depuis 10 ans,
nous sommes dans l’opposition à la direction. Il y
a un danger dans lequel on
est tombés : l’opposition
systématique. Les camarades de la gauche du
Parti n’ont pas pris la mesure que nous
n’étions plus dans la même situation
qu’avec Robert Hue. Il y a eu un recentrage de la direction
sur un discours
plus communiste qui a rassuré la majorité des
communistes. Quand j’entends des
camarades de la gauche du Parti me dire que Marie-George Buffet est
pire que
Robert Hue, ils peuvent se le dire peut être, mais ils ne
peuvent absolument
pas être compris. Ce n’est pas perçu
comme cela par la masse des communistes et
ce n’est tout simplement pas vrai. La gauche du Parti est en
train de s’isoler
sur des positions sectaires. La Gauche communiste depuis le
début se bat sur
une ligne cohérente : la convergence
anti-capitaliste, la discussion, le
dialogue, la tentative de front commun, l’action commune y
compris avec les
formations d’extrême gauche. Nous étions
les seuls à refuser les oukases et les
interdits, à travailler avec les trotskistes par exemple. Il
n’y a pas de
raison pour qu’on abandonne cette ligne que la Gauche
communiste défend depuis
des années. C’est pour cela que la Gauche
communiste devrait être naturellement
partie prenante de ce mouvement. Jean Jacques
Karman : Samedi
dernier, j’étais à la manifestation
pour la défense des finances communales
organisée par l’Association nationale des
élus communistes et républicains
(ANECR) et tout de suite après, j’ai
été à la manifestation pour la
défense des
communes, des services publics et pour la sortie de l’Europe
actuelle,
organisée par le Parti des travailleurs. Francis
Combes : Faut-il
encourager ceux
qui à l’extrême gauche refusent
l’union avec les autres ? Jean Jacques
Karman :
C’est
le contenu qui me détermine. Par rapport
à la direction du Parti, que Marie-George
Buffet ne soit pas sur la même ligne que Robert Hue,
c’est évident. Les
situations ne sont pas les mêmes. Francis
Combes : Les
communistes ont
fait le bilan de la mutation. Jean Jacques
Karman : Mais
sur le fonds, lors du congrès, peut-on dire qu’il
y a eu une différence ?
Aucun des deux ne remet au centre de notre activité la
classe ouvrière, sans
nier les autres classes. Aucun des ne considère le marxisme
comme un élément
déterminant de notre réflexion : ils le
situent au même niveau que
d’autres idéologies. Tous deux refusent de parler
de l’impérialisme, c’est un
mot pratiquement interdit. Tous deux ont une analyse
réformiste. Quand tu es à
l’extérieur du gouvernement, tu peux prendre des
positions plus
critiques : j’ai même entendu Marie-George
parler de nationalisations et
de lutte de classes, des termes qui avaient disparu de la bouche de
Robert Hue.
Mais c’est aussi les circonstances : on
n’en est plus à la même
période, à
la même situation. Marie-George Buffet était
membre du gouvernement de la
gauche plurielle. Elle est restée au gouvernement quand il y
a eu les attaques
de l’OTAN contre la Yougoslavie et elle n’a rien
dit quand son camarade Gayssot
a privatisé des entreprises ! Francis
Combes : Pour moi,
c’est une des
raisons essentielles pour lesquelles elle ne peut pas être la
candidate de
rassemblement de la gauche antilibérale. Jean Jacques
Karman : Pour
moi, les raisons pour lesquelles d’autres ne pourraient pas
l’être, c’est parce
qu’ils ont des positions qui sont celles que tu reproches
à Marie-George Buffet
de n’avoir pas eues. Je voudrais bien savoir où
ils en étaient par rapport à la
gauche plurielle ceux qui nous proposent aujourd’hui leurs
candidatures :
ils l’ont tous soutenue. Pour
conclure, je crois qu’il est sain que nous ayons ce
débat à l’intérieur de la
Gauche communiste et que nous soyons capables de
supporter des divergences qui peuvent apparaître
très importantes. Mais sur le
fonds, nous avons une même appréciation sur les
orientations. Nous divergeons
sur la mise en application. Ce sont les
résultats de 2007 et de 2008 qui nous
permettront de tirer des enseignements sur notre attitude durant la
période
actuelle. |