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Approches Marxistes
journal théorique de la Gauche communiste Il est publié trois fois par an. Abonnement : 10 € / an. Chaque numéro aborde des sujets théoriques et des thèmes d'actualité. Pour vous abonner : écrivez-nous à l'adresse suivante : gauche.communiste@yahoo.fr Retour à la page d'accueil d'Approches Marxistes Recherche par auteurs Classiques Numéro 1 (début 2004) Spécial congrès Numéro 2 (mi 2004) Sortir de l'Europe de Maastricht Numéro 3 (fin 2004) Où va le PCF ? Numéro 4 (début 2005) L'incontournable marxisme de Marx Numéro 5 (mi 2005) Le stalinisme du PCF Numéro 6 (fin 2005) Quelles sont les conditions du vrai changement ? Numéro 7 (début 2006) Réforme ou révolution ? Numéro 8 (mi 2006) Etat et stratégie Numéro 9 (fin 2006) Le PS, gérant loyal du capitalisme Numéro 10 (début 2007) Les présidentielles et nous ! Numéro 11 (mi 2007) Pour une V° Internationale Numéro 12 (fin 2007) Le communisme et ses fondements marxistes sont-ils dépassés ? Numéro 13 (début 2008) Et demain pour le PCF ? L'enjeu de 2008 Numéro 14 (mi 2008) Radiographie de l'élection municipale d'Aubervilliers Numéro 15 (fin 2008) Sur le 34e congrès du Pcf... |
Non à la CEE, ses traités, sa constitution Oui à l'Europe socialiste des peuples La CEE et les contraditions de la bourgeoisie Pierre Martin Le
traité de Rome (1958) a créé L’Union
Européenne, conçue dès le départ comme un
instrument de guerre contre le monde du travail et le bloc des pays
socialistes. Elle prenait la suite de différentes tentatives de
regroupement
conduite par les Etats –Unis (O.E.C.E). Les bourgeoisies des
différentes
formations sociales européennes ont décidé que le
partage du marché pouvait
désormais être résolu par des voies pacifiques
pourvu que chacune d’entre elles
reconnaisse que l’espace national était un frein à
leur bonne entente. La libre
circulation des hommes et des marchandises, réaffirmée
comme principe fondateur
de l’Europe libérale, présentait pour elles un
double avantage : d’abord
les débarrasser des Etats providences constitués par les
conquêtes sociales et
les compromis avec le mouvement ouvrier du fait de la victoire sur le
fascisme.
Ensuite, éviter qu’elles soient obligées de se
réfugier à nouveau dans les bras
de ce même fascisme qui constitue un recours ultime mais dont la
défaite et les
excès ne présentaient pas les garanties
nécessaires pour lutter contre le
communisme. Le fascisme « historique »
s’opposant à la libre
expansion du capital, au profit d’une surdétermination
d’un impérialisme
politique militariste, via un ultra étatisme à base
nationaliste. On
remarquera, pour l’anecdote, que les différents courants
fascistes modernes se
sont adaptés aux exigences de leur maître en passant tous
à des positions ultra
libérales. Ce n’est
pas vrai que sans la C.E.E, le commerce européen n’existerait pas. Dès 1913, il
représente près de 40%*, des échanges entre les pays de la zone. Non, la C.E.E
a simplement permis que derrière la politique de réglementation chargée de
constituer « un cadre » sur lequel l’opinion publique garde les yeux
fixés, se mette en place la politique des trusts et des monopoles pour régler à
leur profit la contradiction capital- travail. Si l’on
s’intéresse aux instruments de régulation les plus intégrés de la C.E.E, ceux
que l’on n’a cessé de nous présenter comme le moteur de l’Europe nouvelle, on
voit que la Communauté Européenne Acier- Charbon n’a été qu’un instrument de
destruction des forces productives en Europe au profit d’un redéploiement inter
impérialiste lui même basé sur la politique des coûts comparatifs. De l’acier
et du charbon, dans la partie la plus intégrée, il n’y en a plus ! Quant à
la Politique Agricole Commune, elle a surtout servi à ce que se mettent en
place les firmes agroalimentaires en rapport avec quelques très grosses
exploitations, l’exode rural et la désertification des campagnes, prenant dans
certaines régions des dimensions catastrophiques. La C.E.E et la
reproduction mondiale de la bourgeoisie
La
création de zones de libre commerce en Europe, en Asie, et aujourd’hui en
Amérique Latine (MERCOSUR) a été facilitée par les Etats-Unis qui y ont vu
d’abord le moyen de stabiliser des régions en y plaçant de mini
« gendarmes ». L’émergence de pays leaders dans chaque zone a
correspondu à la fin de conflits où à la mise en place de plate-formes de
distributions des produits et équipements militaires par les Etats Unis. Ce fût
le cas pour l’Allemagne de l’Ouest, pièce centrale des U.S.A en Europe pendant
des années. Du Japon après sa défaite face au conflit en Corée, de la Corée du
sud durant la guerre de Vietnam etc. Tous ces « nouveaux » pays
industrialisés ont eu ou ont encore, une économie extrêmement dépendante du bon
vouloir de la politique américaine (voir la crise financière asiatique de la
fin du XX° siècle). Malgré ses velléités d’indépendance il en est guère
différemment aujourd’hui de l’espace C.E.E. L’économie
mondiale est bien « Un tout structuré à dominante » pour
reprendre une expression chère aux économistes marxistes des années 70. Ce
dominant, ce sont les U.S.A, la bourgeoisie mondiale se reproduit sous l’égide
de l'Etat - nation américain et de sa bourgeoisie. Un manif contre
l’Europe de Maastricht
Cela
n’est pas sans conséquences sur la stratégie que nous devons mettre en place,
c’est bien un Etat-nation qui est le gendarme du monde, et non pas comme le
soutend la thèse de la dissolution des Etats-nations, une bourgeoisie mondiale
pure (unifiée) face à un prolétariat pur : les contradictions inter
impérialistes existent. Le monde du
travail face à la C.E.E
Dans le
cadre de la Division Internationale du Travail, ce sont bien les firmes
multinationales qui constituent aujourd’hui le vecteur d’unification du marché.
Elles placent les centres de productions dans les P.V.D et les centres de
recherches et les bureaux dans les pays dominants. Même si avec « la
toile » informatique ceci est de moins en moins vrai. Cela produit un
effet d’unification - éclatement sur la main d’œuvre en Europe. Unification,
pour les salariés occupés au sein des firmes, qui quel que soit le pays
européen, connaissent aujourd’hui des normes de production et de reproductions
des rapports de production de plus en plus similaires. Il y a donc création
d’intérêts communs au-delà des espaces nationaux sur cette zone, il est
fondamental que les communistes s’emparent de cette question pour apporter une
réponse objective à la construction d’une autre Europe. Mais en même temps les
firmes cherchent à lutter contre ces tendances objectives en externalisant le
plus possible des segments de productions sur lesquels, elle souhaite faire
jouer la concurrence, d’où le phénomène d’éclatement. C’est
sur
la zone euro, la création de sous-traitants (souvent
d’anciens cadres) qui, sur
des segments particuliers du produit, décident de se lancer dans
la création
d’une mini-entreprise. A ce stade, ils contribuent au
procès objectif de
prolétarisation d’une partie de la main
d’œuvre, y compris l’encadrement et la
maîtrise. L’unique objectif étant la recherche de
différentiels sur la
politique salariale intra-firmes. C'est aussi le recours massif
à un
prolétariat émigré sous qualifié et sous
payé extérieur à la zone euro. C’est
surtout pour finir, l’expédition dans les pays à
faible coût de main-d’œuvre,
de tout ce qui constitue la dimension « atelier »
du processus de
production d’où cette constatation d’une diminution
sociologique de la classe
ouvrière en Europe. *in “
Tableaux de l’économie Française 2002-2003 ” édition de l’ I.N.S.E.E (page 186) Position
de la Gauche Communiste et unité du prolétariat européen La Gauche
communiste se revendique du Manifeste Communiste de K. Marx. Si « Un
spectre hante l’Europe », c’est à la suite de la réunion à
Londres, « de communistes de différentes nationalités » pour
rédiger ce manifeste. La question européenne est posée d’emblée par Marx comme
une question centrale. Pour lui, l’unité de l’économie anglaise, la politique
française, et la philosophie allemande empêchent d’aborder la question par le
petit bout de la lorgnette d’une quelconque supériorité culturelle, économique ou sociale d’une formation sur
les deux autres. Il pose la question de façon transversale. Marx sa vie, son
oeuvre, sont d’emblée européennes. « Un
prolétaire n’a pas de patrie on ne peut lui ravir ce qu’il n’a pas ». Il n’y a donc pas parité dans
l’unité supposée du drapeau rouge et du drapeau national. Le rouge n’est pas
une spécificité du national, littéralement, il est le produit. « comme
le prolétariat de chaque pays doit en premier lieu conquérir le pouvoir
politique, s’ériger en classe nationale devenir lui-même nation, il est encore
par-là national quoique nullement au sens bourgeois du mot ». La
nation prolétarienne n’a donc rien à voir avec la nation bourgeoise, elle n’en
est ni le pendant ni la reprise stricto sensu. Elle est le produit de
l’activité du « Prince moderne : le parti » pour reprendre une
expression chère à Gramsci dans un « Royaume nouveau : la république des
conseils ». Dès lors
comment passer des compromis avec tous ceux qui sont eux aussi
« victimes » du monopolisme sans abandonner la classe ouvrière au
profit d’une politique interclassiste ? C’est à cette question que le Pcf
a toujours eu beaucoup de mal à répondre (exceptée dans la courte période du
Front Populaire qui ne se comprend que dans la situation d’extrême urgence de
l’antifasciste, ce que n’a pas compris Trotski, qui l’a réduit à une vulgaire
politique de collaboration de classe de temps de paix). La
politique dite du « socialisme dans un seul pays » n’a rien
arrangé, en établissant une parité fictive entre classe ouvrière et petite
bourgeoisie, voire en accordant dans certains pays sous développés la
prédominance organisationnelle aux Fronts Nationaux sous domination de cette
dernière. Cette politique portait en elle les germes de dérives nationalistes.
L’évolution des ex pays socialistes n’a que trop confirmé ce point de vue.
Multiplications des guerres ethniques en collusions avec les intérêts des
anciens bureaucrates transformés en bourgeoisie privée etc. La
Gauche Communiste dans le débat fraternel qu’elle entretient avec les autres
sensibilités de gauche au sein du Pcf a le devoir de résister aux thèses qui
nourrissent ces dérives. C’est
pourquoi nous ne pouvons accepter celles qui tentent de façon idéaliste de
reconstituer l’idée d’un eldorado perdu “Le bloc socialiste ” et qu’il
conviendrait de ressusciter via la construction d’une Europe d’Etats
Socialistes Indépendants. L’histoire a prouvé que l’indépendance politique à
une époque où ne subsiste aucune indépendance économique ne garantit nullement
de la théorie des dominos. Il nous faut réfléchir à un devenir commun des
peuples d’Europe un devenir dont on ne sait pourquoi, il n'intégrerait pas
aujourd'hui la Russie et la Turquie sinon que dans la tête de nos eurocrates
capitalistes modernes, il s'agit en permanence de recréer des espaces de
ségrégation afin de maintenir un volant de main d’œuvre exploitable extérieur à
la zone sans oublier le racisme latent propre à la phobie anti-musulmane. Enfin
aucun peuple de l’ex bloc de l’est ne veut retrouver le glacis et l’isolement
face à un groupe social dominant qu’on assimile ce denier à une bureaucratie ou
à une bourgeoisie d’Etat. Au contraire comme l’a montrée la participation de
nombres de ces travailleurs aux manifestations du Forum Social Européen, ils
lient leurs sorts au « devenir monde » du mouvement ouvrier européen
sur des bases qui rompent définitivement avec le stalinisme. Salariat et prolétariat Inversement,
les auteurs qui se sont opposés le plus clairement aux compromis
interclassistes et ses risques nationalistes, sont ceux qui également se sont
battus avec le plus de clarté contre les atteintes aux libertés et aux coups
portés contre le monde du travail, ceci tant à l’ouest qu’à l’est. Les plus
connus sont Rosa Luxemburg et Trotski. Leur internationalisme conséquent leur a
évité ce type de dérives. Cependant, on s’est interrogé sur le risque d’un
certain économisme ouvriériste contenu dans leurs thèses et sur cette volonté
d’indépendance absolue de la classe ouvrière qui rendrait difficiles les
politiques d’union face aux effets néfastes du capitalisme. Ce présupposé
théorique dans la situation des pays développés, conduirait à reporter le
projet révolutionnaire aux calendes grecques compte tenu du déclin sociologique
de la catégorie ouvrière dans les pays développés. C’est
selon nous confondre, le concept de classe dans le marxisme et l’approche
sociologique de catégorie sociale telle qu’elle peut par exemple, exister dans
les statistiques. Là aussi le développement actuel du capitalisme permet de
trouver au sein du salariat des catégories dont la situation actuelle se
rapproche de plus en plus de celle du prolétariat historique (procès de
prolétarisation), même si les conditions de production et les activités de
production ne sont plus les mêmes. En effet, notre période se caractérise par
le double procès de dématérialisation de l’acte productif du fait de
l’informatisation du procès de production et de la prolétarisation généralisée
qui affecte de nombreux secteurs des services qui autrefois étaient considérés
comme extérieurs à la dimension productive au sens marxiste. Il devient très
difficile dans certains secteurs économiques de distinguer qui est productif (et
donc exploité) de qui ne l’est pas. Dès lors le concept de classe est un
concept beaucoup plus large que celui de catégorie sociale. La « classe
ouvrière » même si elle est difficile statiquement à percevoir (au même
degré d’ailleurs que l’exploitation est difficile à calculer en partant d’un
plan comptable) est sans doute déjà majoritaire, puisque le salariat rassemble
aujourd’hui plus de 80 % de la population active, même en ôtant les faux
salariés que sont les patrons, le groupe « des producteurs » est
largement majoritaire. Cette
thèse aussi importante soit-elle, nous dispense-t-elle cependant de réfléchir à
une politique d’union avec les secteurs traditionnels de la petite
bourgeoisie ? Nullement. Cependant il convient de remarquer que ces
secteurs sont en déclins numériques, alors que les secteurs liés à des formes
déguisées de salariat « externalisé » augmentent comme nous l’avons
rappelé précédemment (création de chaînes dans les services comme dans
l'industrie etc.) Toutefois,
pour tout communiste conséquent, la question de la nature de l’hégémonie
ouvrière au sein du bloc progressiste reste pleine et entière, et le
triptyque : classe, Parti, idéologie scientifique reste sans support tant
que l’on a pas clairement posé qui domine. Cette question est au cœur du
concept de « dictature du prolétariat » pour autant qu’elle se pose
comme alternative à la dictature de la bourgeoisie sous laquelle nous vivons
aujourd’hui. Le terme de prolétariat fait problème : soit il est entendu
comme le noyau dur de la classe ouvrière (le groupe sociologique des O.Q et des
O.S), soit il est perçu de façon beaucoup plus large comme substitut à celui de
classe ouvrière. Nous pensons qu’il convient de le concevoir comme concept
miroir de celui de « dictature de la bourgeoisie » sans lequel il
perd tout son sens pour ne laisser subsister qu’une bouillie idéologique
suivant laquelle les communistes seraient pour l’instauration d’une
« dictature ». La conception que développe Marx dans ses écrits de
cette réalité, mériterait à elle seule un ouvrage car elle n’est ni unifiée ni
homogène. Cependant il parle bien de la bourgeoisie et pas d’une fraction
d’entre elle (ex : monopoliste ou non, petite bourgeoise ou non etc.). De plus,
toute « dictature » au sens marxiste du terme, dans son rôle
hégémonique, doit réaliser un bloc qui dépasse ses seuls bénéficiaires
« réels ». C’est pourquoi la « dictature de la
bourgeoisie » se présente sous la forme de la République des droits de
l’homme (i.e : libre circulation des hommes et des marchandises) qui est par
essence un message interclassiste. Il vise à unifier autour de la bourgeoisie
des fractions des autres classes sociales. Dans leurs réponses les marxistes
ont longtemps hésité entre plusieurs solutions, soit mettre « l’idéologie
socialiste scientifique » au poste de commande soit mettre « le
Parti », soit mettre la « classe ». Chaque point de vue présente
un avantage et un inconvénient. L’idéologie peut conduire à l’idéalisme, le
parti au substituisme (Considérer que c'est au parti d'exercer la dictature et
non à la classe), la classe au Réformisme. L’alchimie semble difficile à
trouver et beaucoup y renoncent (Pcf, Lcr). Ce que de
nombreuses organisations renonçant au concept d’avant-garde oublient, derrière
leur bonne volonté démocratique affichée, c'est que c’est le rôle du parti de
proposer et d'aider à mettre en oeuvre un projet d'unification de la classe
(ouvrière). Que cela se fait au moyen d’une « représentation » du
monde qui doit être la plus juste possible. Mais que c’est à la classe de
réaliser ce projet. D’où le passage à un autre triangle : Parti, Etat,
Conseils Ouvriers. Cependant, la pointe commune entre ces 2 triangles, c’est
bien le Parti. C’est à lui qu’incombe de travailler à la résolution des
contradictions au sein du peuple. Construction
mondiale et / ou construction européenne du mouvement communiste La
question de la construction d’une nouvelle internationale est au cœur de la
réflexion des communistes révolutionnaires aujourd’hui. Sa nécessité urgente se
fait sentir. Mais le problème se pose de la nature de cette organisation et de
la forme de sa construction. Elle est liée au devenir des Etats-nations, de
leur intégration aux zones de libre-échange (CEE etc.). Qu’est-ce qui doit
rester déterminant, en dernière instance, dans le principe d’internationalisme
prolétarien ? La dimension internationale du phénomène capitaliste ou
l’expression qu’il prend au sein des Etats-nations quand ils se dissolvent dans
une zone de libre échange ? Brisons les
chaînes du prolétariat international
La
dimension internationale n’est pas à prendre en compte seulement pour des
raisons idéologiques abstraites. Elle est aussi extrêmement présente dans le
champs de segmentation du salariat des différentes formations sociales. Si on
s’intéresse au cas de la France, on voit que le cœur du prolétariat est
aujourd’hui de plus en plus constitué d’émigrés extérieurs à la zone euro. Dans
le même temps la « nouvelle aristocratie ouvrière » composée des
ingénieurs, cadres et techniciens est amenée de plus en plus à circuler en
Europe. Cette situation conduit à une coupure, à une contradiction au sein de
la classe ouvrière qui peut devenir antagoniste. Elle doit retenir l’attention
des communistes. On sait que la social-démocratie se sert de telles contradictions
pour vendre son projet d'unification du salariat sous hégémonie de la petite
bourgeoisie et de l'aristocratie ouvrière. Sa politique dite social-libérale, à
base de réduction d’impôts, a pour ambition de faire éclater les solidarités
entre salariés assujettis et salariés non imposables. La
question du mouvement communiste européen doit donc être posée en rapport à la
situation du monde du travail non seulement en Europe mais aussi dans le monde.
Partout de petits groupes de communistes isolés cherchent des voies pour
avancées. En Angleterre, les camarades du Parti Communiste de
Grande-Bretagne nous proposent le projet de construire un parti communiste
européen. C'est un projet intéressant, qui a le mérite de la nouveauté et
surtout de la rupture avec l’ostracisme dans lequel nous avons vécu depuis trop
longtemps du fait de la volonté de Staline. Mais outre son risque de dérive
vers un eurocentrisme, ne risque-t-il pas de favoriser une partie du monde du
travail au dépend d’une autre (travailleurs nationaux contre travailleurs
immigrés), des inclus qualifiés (C.D.I) face aux exclus, sous- qualifiés,
sous-citoyens (C.D.D) ? D'autre part, un tel projet présente le risque
d'un dévoiement vers les ambitions de contrôle des eurocrates et leur volonté
de brider la démocratie via la reconnaissance et le financement de partis
« jugés » proeuropéens contre ceux qui ne le seraient pas. Nous
sommes européens comme nous sommes mondialistes, mais nous récusons la CEE
comme instance institutionnelle capable d'apporter les moyens de construire une
Europe fraternelle et citoyenne. Au
contraire, tout concours à nous faire penser que plus la taille de l'Europe
s'agrandit en liaison avec les seuls attributs de l'élargissement du marché,
plus les risques de conflits se réaffirment. La CEE ne contient aucun avenir
pour les peuples. Il faut construire une autre Europe, et celle-ci ne peut
advenir que dans le cadre d'une transformation révolutionnaire de toute la
zone. Dans ce cadre, vouloir conserver le non de CEE pour désigner un autre
avenir, ne nous semble pas judicieux, de même qu'affirmer que nous souhaitons
seulement réorienter la politique européenne. Cette thèse, qui est la thèse de
la direction de notre parti, présuppose que le bilan de ce montage
institutionnel, politique et économique est globalement positif. Alors qu'il
est en réalité, globalement négatif, y compris sur des thèmes comme le social
dont on voit mieux aujourd'hui la dimension poudre aux yeux quand la
sociale-démocratie elle-même attaque les avantages acquis (conventions
collectives, retraites etc.) Il nous
semble plus judicieux dans la période que nous connaissons de profiter de la
nécessité dans laquelle se trouve le mouvement communiste européen de se
construire un avenir commun. Il faut rassembler les gauches en leurs seins afin
de travailler à un projet commun sur l’avenir de la classe ouvrière en Europe
comme hors d’Europe. Pour ce faire, le modèle italien de la
« Refondation » nous semble le mieux correspondre à ce que nous
voudrions voir se développer en France. Cela évite l’émiettement en une
multitude de petites chapelles qui prétendent toutes détenir la vérité au nom
d’un prétendu léninisme, trotskisme, conseillisme etc. Ces
constructions idéologiques se veulent des « marqueurs » programmatiques
justifiant une organisation différente, alors qu’il ne s’agit trop souvent que
d’un succédané d’un polycentrisme et d’un fédéralisme anarchisant. Au de là
de nos différences, auxquelles répond dans le mouvement communiste le droit de
tendances, pour un avenir commun de gauche, rassemblons-nous pour faire face
tant à la dérive de droite du mouvement ouvrier que du centrisme stalinien qui
a sévi durant tant d'années et qui n'a plus d'avenir. Construisons
ensemble cette 5e Internationale mondiale, marxiste révolutionnaire,
que nous appelons de nos vœux. Pierre
Martin |